Controverse autour d’un prêt pour les frais de garde

Les partis de l’opposition ont appelé le ministre des Finances à réinvestir dans les centres de la petite enfance (CPE) dans le budget qui sera déposé ce jeudi à Québec.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Les partis de l’opposition ont appelé le ministre des Finances à réinvestir dans les centres de la petite enfance (CPE) dans le budget qui sera déposé ce jeudi à Québec.

Incapable de payer la hausse des frais de garde ? « Bonne nouvelle », Desjardins vous offre un prêt à 16 % pour acquitter la facture qui dépasse 4000 $ pour certaines familles.

Cette publicité du Mouvement Desjardins, envoyée à 25 000 foyers, a provoqué une tempête à l’Assemblée nationale mercredi. Les partis de l’opposition ont brandi cette offre inusitée de prêt personnel comme un symptôme de « l’étouffement » de la classe moyenne par le gouvernement Couillard.

Ils ont appelé le ministre des Finances à réinvestir dans les Centres de la petite enfance (CPE) dans le budget qui sera déposé ce jeudi à Québec.

En faisant leur déclaration de revenus, des centaines de parents ont découvert un ajout — la ligne 434 — qui met en vigueur la « modulation » des tarifs de garde en fonction du revenu familial, pourtant annoncée il y a un an. Trois familles sur dix n’auront rien à ajouter au tarif de base de 7,55 $ par jour qu’elles ont déjà déboursé, selon le gouvernement, mais les autres devront payer une somme additionnelle qui peut atteindre 2300 $ par enfant.

Cette facture soudaine fait mal au portefeuille. Des parents se plaignent d’avoir à payer ces frais supplémentaires à même leur déclaration de revenus.

« Le premier ministre n’a jamais voulu reconnaître le choc fiscal qu’il imposait aux Québécois et aux Québécoises. Or, il se trouve que les institutions financières l’ont fait à sa place. Les banques offrent des produits de financement pour les dépenses des ménages et, comme la nature a horreur du vide, pour la première fois, ils considèrent dorénavant que les frais de garde en font partie », a lancé Pierre Karl Péladeau, chef du Parti québécois.

« En 2016, les familles n’économisent plus pour se payer des REER, on va économiser maintenant pour payer l’hypothèque famille. On leur dit : “ Faites des enfants, envoyez-les à la garderie puis empruntez à la banque  », a renchéri François Bonnardel, de la Coalition avenir Québec.

Les revenus considérés

La modulation des frais de garde permet de renforcer le réseau des CPE, a fait valoir le premier ministre Philippe Couillard. Le Parti québécois est mal placé pour dénoncer le gouvernement : il proposait de hausser les tarifs de garde à 9 $ par jour pour tous les parents, peu importe leur revenu, a rappelé M. Couillard.

Or, 60 % des familles paieront 9 $ et moins avec les règles édictées par le gouvernement. Les autres paieront davantage en fonction de leurs revenus. C’est une politique davantage progressiste que celle du PQ, a fait valoir le premier ministre.

Les parents peuvent aussi demander à leur employeur de déduire à la source les contributions supplémentaires pour éviter d’avoir de mauvaises surprises au moment de produire leur déclaration de revenus.

Chez Desjardins, on explique que le financement pour frais de garde proposé aux clients est un simple prêt personnel accordé via AccordD. Le taux d’intérêt varie entre 11 % et 16 %. « Bonne nouvelle. Il y a AccordD pour régler la contribution additionnelle pour les frais de garde », indique la publicité.

2 commentaires
  • Gilbert Troutet - Abonné 17 mars 2016 08 h 51

    Soyons « coopératifs » comme chez Desjardins

    Après avoir fermé des centaines de comptoirs et de guichets (dont celui de mon quartier), Desjardins offre maintenant un taux de 12% aux familles qui ont besoin d'un prêt pour des frais de garde. C'est la philosophie de Monique Leroux, présidente sortante du mouvement « coopératif » Desjardins, qui s'en tire elle avec un salaire de 3.9 millions $ pour la dernière année. Même pas une petite gêne.

  • Patrick Daganaud - Abonné 17 mars 2016 09 h 02

    Desjardins et l'éthique

    Il fut un temps où le mouvement Desjardins avait une âme.
    Une conscience morale.


    Ce temps est révolu.

    « Bonne nouvelle. Il y a AccordD pour régler la contribution additionnelle pour les frais de garde » : à 16 % d'intérêt, ce n'est pas un prêt pour aider et la pub le dit bien. C'est pour régler...

    À 16 %, on peut en effet parler d'un règlement de comptes!