La taxe santé abolie un an plus tôt

Carlos Leitão lors du dépôt du budget de 2015
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Carlos Leitão lors du dépôt du budget de 2015

À la faveur de son budget de jeudi, le ministre des Finances, Carlos Leitão, doit annoncer que l’abolition totale de la taxe santé se fera un an plus tôt, soit en 2018.

En campagne électorale, Philippe Couillard s’était engagé à abolir la taxe santé dans le premier mandat de son gouvernement. Cette taxe représente une ponction de 750 millions de dollars. Or dans son budget de l’an dernier, Carlos Leitão n’avait pu respecter cette promesse : son abolition complète ne surviendrait qu’en 2019, soit après les prochaines élections. Le budget prévoyait qu’une première tranche de contribuables, en commençant par les moins bien nantis, ne paieraient plus la taxe santé en 2017, puis une autre tranche en 2018 et une dernière en 2019. Or, selon les informations obtenues par Le Devoir, la taxe santé sera complètement éliminée à compter de 2018.

Pour le gouvernement, la beauté de l’affaire, c’est que la baisse de revenus qu’entraîne pour l’État cette abolition devancée ne surviendra qu’en 2019, soit après le scrutin, puisque les contribuables paient leur taxe santé quand ils produisent leur déclaration de revenus pour l’année précédente. Il n’y a donc aucun impact financier à court terme.

Selon l’économiste en chef du Mouvement Desjardins, François Dupuis, le troisième budget Leitão sera « très serré ». Malgré l’équilibre budgétaire, les réinvestissements que fait miroiter le premier ministre Philippe Couillard seront, somme toute, modestes.

Dans son discours devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain vendredi, le premier ministre Philippe Couillard a affirmé qu’il fera de l’éducation « une priorité nationale ». Selon La Presse, Carlos Leitão annoncera un relèvement de 3 % du budget de l’éducation, soit quelque 500 millions de dollars. Or, l’essentiel de cette augmentation ne permettra qu’à couvrir les « coûts de système », ou l’accroissement naturel des charges du réseau scolaire, des cégeps et des universités. Ce n’est pas l’austérité des dernières années : un famélique 0,6 % avait été accordé à l’éducation en 2015-2016, ce qui s’est traduit par des coupes réelles que le gouvernement Couillard a tenté, plutôt mal que bien, d’occulter.

De l’oxygène pour la santé

Le secteur de la santé et des services sociaux aura aussi besoin d’oxygène. Au terme du dernier rapport mensuel des opérations financières du gouvernement, rendu public par le ministère des Finances, soit celui de novembre, les dépenses de santé et services sociaux avaient crû non pas de 1,4 % comme prévu, mais à un rythme de 2,6 % après les deux tiers de l’année financière.

En 2016-2017, on s’attend à une augmentation des dépenses de cet ordre en santé, d’autant plus que Gaétan Barrette a signifié que le gouvernement Couillard injecterait des sommes dans les soins à domicile. Négliger pendant trop longtemps les soins à domicile risque d’entraîner des coûts importants dans les réseaux hospitaliers et d’hébergement en raison du vieillissement de la population.

Même si Carlos Leitão la voyait d’un bon oeil, la recommandation principale de la commission Godbout sur la fiscalité, soit hausser la taxe de vente pour diminuer l’impôt des particuliers, ne pourra pas être appliquée, du moins pour le moment, en raison de l’incertitude qui entoure le commerce de détail, a souligné François Dupuis.

LE COURRIER DE LA COLLINE

Nouvelle infolettre

Chaque jeudi, l'équipe du Devoir à Québec résume l'essentiel de la semaine parlementaire. Retrouvez aussi la note de Michel David, notre chroniqueur politique. Inscrivez-vous, c'est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

15 commentaires
  • Jacques Lamarche - Inscrit 15 mars 2016 05 h 42

    Jean Charest dans la mire de Philippe Couillard!

    Il suffisait de bien prévoir les prévisions à venir pour annoncer enfin de bonnes nouvelles! Ouf!

    Après les fabuleuses augmentations accordées par Jean Charest aux médecins, c'est au tour de ¨sa¨ taxe santé de subir les foudres de M. Couillard! Les gouvernements se suivent et heureusement ne se ressemblent pas!

    A quand une analyse des conséquences de l'héritage Jean Charest?

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 15 mars 2016 08 h 47

      Vous voulez parler de la taxe santé que le PQ avait promis d'abolir et qu'il a reconduite en la rendant plus progressive ? Dommage qu'on soit conduit à se réjouir que les plus riches paient moins juste pour le très douteux plaisir de voir un libéral en récuser un autre...

    • Jacques Lamarche - Inscrit 15 mars 2016 09 h 17

      Et qu'il aurait dû abolir. J'estime que Pauline Marois a eu tort de reculer devant l'énorme pression exercée! Cette taxe, fruit d'un calcul politique de bas étage, était indue et injuste pour tout le monde, pour les riches également! Il faut tourner cette autre page du testament de Jean Charest, plus dans la douleur que dans une quelconque réjouissance! Rien de drôle voir l'un corriger les fautes de l'autre! Cet épisode sombre, mon propos voulait le souligner, sans rigoler!

      Merci de votre commentaire! Il m'a permis de préciser ma pensée!

    • Sylvain Auclair - Abonné 15 mars 2016 09 h 31

      Monsieur Maltais Desjardins,

      Si le PQ minoritaire n'a pas aboli la taxe santé, c'est faute d'avoir eu l'appui de la CAQ ou du PLQ. Un parti minoritaire ne peut pas abolir une taxe tout seul.

      Et là, avec Trudeau, le taux marginal maximum va dépasser 50%, et ce qui était un crime contre l'humanité sous Marois devient soudain acceptable sous Trudeau (et Couillard, qui pourrait bien baisser son taux maximum pour éviter cet apocalypse).

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 15 mars 2016 11 h 30

      Il faudrait vérifier, monsieur Auclair, mais il me semble que la CAQ avait d'abord exigé que le PQ remplisse sa promesse. Ce n'était peut-être que pour se donner bonne bouche, mais on ne peut quand même pas se feindre qu'il n'ont pas feint de s'y opposer ;)

    • P. Raymond - Inscrit 15 mars 2016 11 h 53

      Notez quand même qu'il ne s'agit que de la promesse d'une annonce de promesses de pré-campagne électorale à être dévoilées dans un futur incertain et devant un certain public... C'est évidemment promis pour beaucoup plus tard et seulement si l'incertitude le permet...

    • Sylvain Auclair - Abonné 15 mars 2016 12 h 53

      Monsieur Maltais Desjardins,

      Pour abolir la taxe santé, il fallait augmenter les impôts à quelque part. Le PQ avait choisi d'augmenter, si je me souviens bien, le taux de la tranche supérieure. C'est cela que la CAQ refusait.

      Faudrait qu'un journaliste retrouve les débats d'alors.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 15 mars 2016 14 h 03

      @rmd Je trouve vos commentaires un peu, beaucoup bâclés...
      "S. Auclair a éclairé votre lanterne par deux fois." il faudrait le remercier et faire amende honorable au PQ...
      Le retour du pendule peut être parfois douloureux.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 16 mars 2016 09 h 23

      bonjour Nicole "..." D. Sévigny

      si vous trouvez qu'une question est un commentaire bâclé "...", je me rends. C'était une question, un peu scandaleuse pour ceux qui n'aiment pas qu'on en pose à propos du PQ, mais une question néanmoins.

      Monsieur Auclair l'a reconnu lui-même, il me semble. "...", admettant que les éléments de réponse dont il disposait n'épuisaient pas le sujet.

  • Christian Montmarquette - Abonné 15 mars 2016 10 h 42

    Le principe du bonheur libéral...

    À les entendre, il semble que le principe du bonheur libéral, c'est de frapper sur la tête des citoyens avec un marteau durant des années et de leur dire ensuite..

    - Voyez comme on vous rend heureux et qu'on vous fait du bien quand on arrête.. !

    Non, mais sans blague..

    Mieux aurait valu ne pas se frapper à coups de marteaux dutout!

    Christian Montmarquette

  • Claude Richard - Abonné 15 mars 2016 12 h 09

    Et la taxe médicaments, elle?

    Abolir la taxe santé de 200$, c'est bien! Mais qu'en est-il de la taxe médicaments de 625$, appelée prudement cotisation à l'assurance médicaments? Cette taxe frappe de plein fouet des gens aux revenus aussi bas que 30 000$. Souvent ces gens ne dépensent pas 50$ en médicaments prescrits dans leur année. C'est un scandale permanent et personne n'en parle.

    Si les médicaments sont une composante essentielle des traitements santé, leurs coûts devraient faire partie des sommes assumées par l'ensemble des contribuables, comme les soins. Les contributions de chacun devraient être assujetties à la progressivité comme le reste des impôts. À l'heure actuelle, les petits paient pour les gros. Partis d'opposition, dormez-vous?

    • Sylvain Auclair - Abonné 15 mars 2016 15 h 35

      Le problème, c'est que de nombreuses personnes sont assurées par des entreprises privées, via leur travail, et que les assureurs ne veulent pas perdre cette manne.

  • Gilles Delisle - Abonné 15 mars 2016 12 h 44

    Règle élémentaire

    Toujours préférable d'abolir une taxe , un impôt, des frais accessoires, des frais de garderie, ou tout autre type de frais à la veille d'une élection.

  • Donald Bordeleau - Abonné 15 mars 2016 13 h 27

    Une erreur de corrigée.

    Charest a trouvé une façon d'augmenter les revenus de 750 millions le revenu du gouvernement.

    Maintenant Couillard corrige cette erreur.

    Mais, il semble que la pagaille est pris dans la santé. Il y a une sorte d'omerta des acteurs, plusieurs signes avant courreur pour de grands problèmes pour le système de santé.