Des groupes d’aide aux femmes craignent le pire

Des organismes qui oeuvrent auprès des femmes éloignées du marché du travail ont vu leur financement coupé de plus de moitié ces dernières années.
Photo: iStock Des organismes qui oeuvrent auprès des femmes éloignées du marché du travail ont vu leur financement coupé de plus de moitié ces dernières années.

Seize groupes spécialisés dans le développement de la main-d’oeuvre féminine craignent que Québec mette fin à leur financement servant à répondre aux besoins de leur clientèle la plus vulnérable.

Ces organismes qui oeuvrent auprès des femmes éloignées du marché du travail ont vu leur financement être coupé de plus de moitié ces dernières années. Entre 2006 et 2015, ils s’étaient vu octroyer annuellement 1,2 million par l’entremise du Fonds québécois d’initiatives sociales (FQIS). Pour l’année financière 2015-2016, le Secrétariat de la condition féminine (SCF) et le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale (MESS) n’ont versé que 500 000 $ à ces groupes.

Or, une rencontre avec le SCF et le MESS, le 26 février dernier, s’est conclue sans aucune garantie de voir renouveler, d’ici le 1er avril, l’enveloppe consacrée à leur action.

Interrogé par Le Devoir, le MESS s’est limité à dire que d’autres discussions pourraient avoir lieu. Le SCF a indiqué pour sa part avoir tenu des rencontres exploratoires afin de trouver des collaborations possibles dans le cadre du prochain Plan d’action.

« On n’a pas de garantie et il y a des mois et des mois qu’on essaie d’en avoir », déclare Thérèse Belley, présidente du comité consultatif Femmes en développement de main-d’oeuvre. La plupart des organismes touchés ne sont pas menacés de fermeture, en raison des ententes de service qu’ils ont avec Emploi-Québec. Néanmoins, la disparition de cette aide financière sonnerait le glas de services fournis en marge de l’employabilité, mais tout aussi cruciaux pour les femmes les plus vulnérables dans la réussite de leur intégration sur le marché du travail. « On n’a aucun financement à la mission de base, comme les autres organismes communautaires », explique Judith Gaudreault, directrice du Jalon de Châteauguay. Son organisme utilisait notamment cet argent pour aider ses clientes sans le sou à se procurer des vêtements convenables pour des entrevues d’embauche ou à défrayer leur transport au début d’un retour au travail.

Au Service d’orientation et de recherche d’emploi pour l’intégration des femmes au travail (SORIF), à Montréal, ce budget permettait notamment de payer des frais de garde, d’inscription aux études, de matériel scolaire ou de tests psychométriques d’orientation pour les femmes monoparentales qui désiraient revenir sur les bancs d’école. Depuis la diminution du financement en 2015, le SORIF a été forcé de réduire ces dépenses, mais aussi dans celles consacrées à la visibilité. « On se servait de cette enveloppe pour rejoindre directement les femmes monoparentales sur l’aide sociale, parce que c’est une clientèle particulièrement isolée, qui n’est pas facile à rejoindre par des médias ou des canaux traditionnels », explique Nathalie Cloutier, directrice générale du SORIF.

Rétablir le financement initial

Carole Poirier, porte-parole de l’opposition officielle en matière de condition féminine, juge la situation « inacceptable » et considère que le gouvernement « doit absolument rétablir l’enveloppe initiale » de 1,2 million. « Sa propre analyse a fait la démonstration de la pertinence des projets », ajoute-t-elle.

L’approche systémique des 16 organisations a fait l’objet d’une évaluation positive de la part du MESS en 2014. Celui-ci notait, après un sondage, que 76 % des femmes trouvaient que leur participation aux activités de ces organismes leur avait permis de régler les problèmes qui freinaient leur recherche d’emploi ou leur maintien au travail. De plus, 64 % des 927 personnes interrogées étaient toujours en emploi ou aux études deux ans après avoir demandé de l’aide.

1 commentaire
  • Donald Bordeleau - Abonné 11 mars 2016 21 h 32

    Des choix à faire. Le gouvernement actuel n'aime pas les femmes.

    Quelques millions qui manquent aujourd'hui, vont couter plusieurs dizaines de millions pour des allocations sociales et de l'itinérance.

    http://publications.msss.gouv.qc.ca/msss/fichiers/