L’opposition jugera Thériault selon ses actions

La ministre responsable de la Condition féminine, Lise Thériault, sera jugée sur ses actions et non ses paroles, ont averti les partis d’opposition à l’occasion de la Journée internationale des femmes.

Le Parti québécois presse tout d’abord la vice-première ministre, « féministe à [sa] manière », de mettre fin au « saccage » d’« un formidable outil d’émancipation des femmes », c’est-à-dire le réseau des centres de la petite enfance (CPE). Il l’appelle également à rétablir les budgets des programmes « À égalité pour décider », « Chapeau, les filles ! » ou encore « Mauriciennes d’influence », qui permettent d’accroître la proportion de femmes dans les lieux de pouvoir et les métiers traditionnellement masculins. « En imposant des coupes aux services et aux domaines d’activité touchant particulièrement les femmes, le gouvernement menace les gains acquis au prix de décennies de luttes et de mobilisation », a déploré le chef péquiste, Pierre Karl Péladeau, mardi.

De son côté, le premier ministre Philippe Couillard s’est finalement résolu à s’accoler l’« étiquette » de féministe. « Si le mot signifie que je suis pour une plus grande atteinte de l’égalité entre les hommes et les femmes, oui ! » a-t-il lancé à son retour à l’Assemblée nationale mardi.

Le chef du gouvernement s’était refusé au cours des derniers jours à prendre part au « débat d’étiquettes » suscité par la publication d’une dépêche de La Presse canadienne dans laquelle Mme Thériault se disait « plus égalitaire que féministe ». Qui est plus féministe ? Qui est moins féministe ? De quelle façon sont-ils féministes ? : « Ça fait un peu “inquisition” comme débat », a suggéré M. Couillard aux journalistes agglutinés autour de lui.

Selon lui, le « féminisme » québécois est un concept à géométrie variable, à l’instar du « nationalisme » québécois. « Tous les Québécois et les Québécoises sont nationalistes, mais l’expriment de façon différente avec des objectifs différents », a-t-il soutenu.

Le chef caquiste, François Legault, a appelé à mettre fin aux « guerres de définition ». « Est-ce que le premier ministre et la ministre de la Condition féminine sont prêts à proposer des mesures pour améliorer la situation des femmes ? C’est surtout ça qui est important », a-t-il insisté.

Thériault pas Femen

Mme Thériault, décrite comme une ministre « très forte », « très active » par M. Couillard, a défendu une nouvelle fois son droit d’être « féministe à [sa] manière ». Elle a précisé mardi ne pas être « animée par la colère » ni être prête à se dévêtir pour faire « avancer la cause des femmes ». « Est-ce qu’il y a quelqu’un ici qui pense clairement que les Femen ne sont pas des féministes ? Elles sont des féministes ! Est-ce que j’adhérerais à leur mouvement ? La réponse, c’est non », a-t-elle dit sans détour.

Cela dit, il reste encore des « combats », des « batailles » à mener pour assurer l’égalité de fait entre les femmes et les hommes au Québec. « Nous sommes rendues, nous les femmes, à travailler avec les hommes pour faire avancer la cause des femmes », a fait valoir Mme Thériault, disant se rallier notamment à l’initiative « HeForShe » défendue par l’ambassadrice de bonne volonté d’ONU Femmes, Emma Watson.

La totalité des élus libéraux croisés par Le Devoir se disait féministe. « Je suis heureux de vous annoncer que je suis féministe », a déclaré solennellement le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, dans une mêlée de presse. « Non pas comme Lise Payette », a-t-il précisé. Il reproche à Lise Payette de revendiquer un féminisme pour femmes seulement. « En tant qu’homme, je ne me sens pas particulièrement apprécié par madame Payette. Ça, c’est une perception. »

5 commentaires
  • Jean Lapointe - Abonné 9 mars 2016 06 h 39

    Je ne suis pas de l'avis du pm.

    «Selon lui (Philippe Couillard), le « féminisme » québécois est un concept à géométrie variable, à l’instar du « nationalisme » québécois. « Tous les Québécois et les Québécoises sont nationalistes, mais l’expriment de façon différente avec des objectifs différents », a-t-il soutenu.» (Marco Bélair-Cirino)

    Pour moi il n'y a pas cinquante-six façons d'ëtre féministe ni d'être nationaliste.

    On l'est ou on ne l'est pas.

    Mais il ne s'agit pas de dire qu'on est féministe ou nationaliste (au Québec) comme on est pour la vertu ou pour le beau temps.

    On ne peut être féministe et nationaliste québécois que si l'étude de la situation nous amène à la conclusion que des actes doivent être posés pour réduire les inégalités jugées inacceptables entre les hommes et les femmes et les inégalités jugées inacceptables entre la nation québécoise et les autres nations.

    Par contre les moyens à prendre pour y parvenir peuvent varier selon les gens et donc des débats peuvent donc se faire là-dessus.

    Mais ce qui peut prouver qu'on est sincère quand on affirme qu' on est féministe ou nationaliste c'est ce qu'on fait chacun de nous pour que de telles inégalités puissent être réduites.

    Il y a des choses qu'on ne peut faire qu'en groupe et d'autres qu'individuellement, comme par exemple un changement d'attitude.

    Si ne fait rien ni dans un cas ni dans l'autre ou si au contraire on réduit ces inégalités volontairement on ne peut se réclamer d'être féministe ou nationaliste selon les cas.

    On ne peut l'être sincèrement si on ne fait rien pour tenter de réduire ces inégalités. Cela doit devenir une question de volonté.

    Je ne pense donc pas que, contrairement au premier ministre, tous les Québécois et toutes les Québécoises soient féministes et que tous les Québécois et toutes les Québécoises soient nationalistes. Oh non.

    Il faut donc travailler pour que ça change si on est convaincu de la nécessité de tenter de faire un monde plus juste et un Québec plus just

  • Louise Collette - Abonnée 9 mars 2016 09 h 42

    Monsieur Couillard

    dit n'importe quoi, tout le monde n'est pas nationaliste au Québec.
    Et tout le monde n'est pas féministe, loin s'en faut.
    Des affirmations gratuites, du patinage mais pas du tout artistique... ;-)
    Les libéraux continuent de nous prendre pour des imbéciles.

  • Colette Pagé - Inscrite 9 mars 2016 10 h 15

    L'avancement des femmes sous la responsabilité d'une Ministre non-féministe, du jamais vu !

    En se déclarant non-féministe se pourrait-il que la Ministre Thériault ait confondu les termes en pensant qu'on lui demandait si elle faisait partie du mouvement Femen.
    Car parfois l'absence du maîtrise du français et de l'histoire des femmes peut jouer de vilains tours surtout lorsque l'on est responsable de la Condition féminine.

    Curieusement contre toute attente la Ministre responsable du dossier de l'avancement des femmes ne croit pas à leur cause. Elle pousse l'insulte jusqu'à refuser de participer au Sommet des femmes. Se pourrait-il que le PM face à tant de bourdes et de rétropédalage de sa Ministre ne sache plus quelle responsabilité lui confiée ?

  • Nicole Delisle - Abonné 9 mars 2016 10 h 49

    Un premier ministre " à pensée variable" selon les jours!

    Quand on a un premier ministre qui en toute connaissance de cause, a accepté un
    poste en Arabie Saoudite, sachant que les droits des femmes sont bafoués, pour
    gagner un joli magot et le placer dans abri fiscal, on ne peut s'attendre à ce que
    ce premier ministre base ses actions en tenant compte de celles-ci. Il ne faut donc pas se surprendre de sa réaction, et par le fait meme, de celle de ses ministres autant féminines que masculines pour se prononcer en concordance avec sa pensée.
    Le féminisme est donc une "notion à géométrie variable". Cela en dit long sur ce qu'il
    pense des femmes. Croit-il vraiment à l'égalité, je n'en suis pas convaincue! Ses actions nous prouvent le contraire.

  • Donald Bordeleau - Abonné 9 mars 2016 22 h 40

    Un exemple pour Lise.

    Tout un parcours de Madame Marois en politique pour toutes ses réalisations, mais c'est dommage que le gouvernement continue encore les mesures d'austérité.

    Et surtout en période d'austérité une femme de coeur et de compassion aurait pu éviter des coupures significatives entraînant des conséquences aussi dramatiques sur les enfants, les écoles, les femmes, les pauvres et les plus démunis.