La réforme du mode de scrutin divise

Le Parti québécois, la Coalition avenir Québec et Québec solidaire ont tour à tour pris position en faveur d’une réforme du mode de scrutin.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le Parti québécois, la Coalition avenir Québec et Québec solidaire ont tour à tour pris position en faveur d’une réforme du mode de scrutin.

Le gouvernement libéral tue dans l’oeuf l’espoir des partis d’opposition de se débarrasser du bon vieux mode de scrutin uninominal majoritaire à un tour.

Pourtant, le « contexte semble plus favorable que jamais » à l’implantation d’un mode de scrutin proportionnel mixte, a souligné lundi l’élu caquiste Benoit Charrette. En effet, le Parti québécois, la Coalition avenir Québec et Québec solidaire ont tour à tour pris position en faveur d’une réforme du mode de scrutin.

Le député de Deux-Montagnes a appelé les autres partis politiques à mettre sur pied un « comité technique […] non partisan » où des élus réfléchiraient à des façons de permettre une meilleure adéquation entre le pourcentage des voix et le pourcentage des sièges obtenus par chacun des partis politiques lors des élections générales. Et ce, en plus d’élaborer différentes mesures visant à favoriser une « plus grande représentativité régionale » et une « parité hommes- femmes » à l’Assemblée nationale.

La distorsion entre le nombre de votes et de sièges entretient le « cynisme » de la population québécoise à l’égard de la politique, a soutenu M. Charrette. « Une réflexion s’impose. »

En avril 2014, le Parti libéral du Québec a été crédité de l’appui de 42 % de l’électorat, mais a récolté 56 % des 125 sièges de l’Assemblée nationale, ce qui lui a permis de mettre en branle son programme politique sans se soucier d’être renversé par les partis d’opposition.

D’ailleurs, le cabinet de la ministre responsable de la Réforme des institutions démocratiques, Rita De Santis, vantait lundi « la stabilité » comme l’« un des grands avantages » du mode de scrutin actuel. « En 150 ans, nous avons connu seulement trois gouvernements minoritaires », a indiqué l’attaché de presse Patrick-Emmanuel Parent. Il convient toutefois que le mode de scrutin uninominal majoritaire à un tour « n’est [pas] parfait », et ce, comme tous les autres modes de scrutin. « Chacun comporte ses avantages et ses inconvénients. »

« Défi de crédibilité »

Le leader parlementaire péquiste, Bernard Drainville, attend de prendre connaissance d’une « communication officielle » de la CAQ avant d’appuyer — ou non — l’idée de créer un « comité technique ».

Au cours du week-end, les militants péquistes se sont montrés « en faveur d’une réforme du mode de scrutin actuel vers un mode de scrutin incluant un aspect proportionnel » lors d’un conseil national. En plus d’être un « geste d’ouverture très significatif » destiné à Québec solidaire et à Option nationale, une réforme du mode de scrutin établirait « un lien de confiance plus étroit entre la population et son système politique », a soutenu la députée de Joliette, Véronique Hivon.

La CAQ et le PLQ s’interrogent sur les motifs du nouvel intérêt du PQ pour un mode de scrutin proportionnel mixte. « Le Parti québécois semble s’intéresser à la question, notamment pour se rapprocher de Québec solidaire et Option nationale », soupçonne M. Charrette, rappelant que le PQ a biffé il y a un bon moment la promesse de revoir le mode de scrutin. « Le Parti québécois a clairement un défi de crédibilité dans le dossier. »

Les libéraux ne peuvent pas être plus d’accord. « Dans une tentative de séduction auprès des militants des autres partis indépendantistes, le PQ, après avoir abandonné ce sujet en 2011, le ressort à des fins purement électoralistes. Alors que 65 % des Québécois sont contre l’indépendance, il est légitime de douter de leurs intentions réelles. Comme toujours, il n’est question que d’indépendance et d’instabilité », a fait valoir M. Parent.

Pour sa part, l’élue solidaire Manon Massé a suggéré lundi le dépôt d’un projet de loi en bonne et due forme proposant un nouveau mode de scrutin, qui serait débattu en commission parlementaire. « Il ne faudrait pas refaire le travail qui a déjà été fait. Des modèles existent qui permettraient très bien de représenter la volonté populaire », a-t-elle affirmé.

9 commentaires
  • Emmanuel Lyng-Sabatier - Inscrit 1 mars 2016 08 h 41

    Élection par région

    Le meilleur des systèmes et le moins coûteux est le tirage au sort parmi les citoyens et en fonction des régions.

    Les élections devraient se faire par région et non par circonscription.

    Après le choix de la proportionnelle, tirage au sort ou élection multi-tour jusqu'au dernier survivant, devrait être un débat de la société civile et non pas des politiciens.

    Ils ne peuvent avoir le beurre et l'argent du beurre.

  • Pierre Schneider - Abonné 1 mars 2016 08 h 44

    Le système à deux tours

    Je ne vois pas pourquoi on ne se pencherait pas aussi sur les avantages sur système à deux tours.

    • Jean-Pierre Roy - Abonné 1 mars 2016 13 h 04

      Oui au système à deux tours qui assurerait une meilleure représentativité que le système uninominal à un tour et une meuilleure stabilité qu'un système de proportionnelle.

    • Benoît Landry - Inscrit 1 mars 2016 15 h 22

      Système à deux tours.... qu'est-ce qu'il y a de démocratique là-dedans ? Ça ne fait que légitimer le bipartisme par un processus tordu qui dit aux tiers partis, on vous a donné la parole au premier tour, maintenant achalez-nous plus, choisissez parmi les plus importants (sic), les plus sérieux (sic) et qui vous apparait, peut-être, comme le moins pire. Et, bizarrement, sont toujours ses grands partis qui ont les plus grands moyens financiers et sont les plus proches des grand lobbys.

    • Jean-Pierre Roy - Abonné 1 mars 2016 17 h 31

      Les "tiers partis" peuvent négocier après le premier tour.
      Avec la proportionnelle, les tiers partis négocient aprsè les électiions, ce qui est un facteur d'instabilité.

    • Emmanuel Lyng-Sabatier - Inscrit 1 mars 2016 21 h 24

      Le système a deux tours est anti-démocratique surtout le second qui est un marchande de parti pour le second tour.

      Regardez la France, ce système tue la démocratie et accroit l'extrémisme.

    • Jean-Pierre Roy - Abonné 1 mars 2016 22 h 05

      Ben voyons! Il y a du désintérêt et de l'extrémisme dans les pays où il y a la proportionnelle. Faites le tour de l'Europe.
      Regardez bien la situation en Israël.

    • Benoît Landry - Inscrit 2 mars 2016 13 h 00

      Négocier après le premier tour.... ben voyons donc quelle négociation peut-il y avoir. Les deux principaux sont choisis et les gens doivent se résigner à voter stratégique. Je comprends que bien des péquistes souhaitent cela, car cela mettra une obligation légale, aux solidaires genre, de faire un choix entre deux camps bien rangés. Dans notre système, ils sont obligés de brailler pour demander le vote stratégique.... et accusent de traitre tous ceux qui se rebiffent....

  • Claude Bariteau - Abonné 1 mars 2016 08 h 52

    Table rase à l'infect régime politique du Québec

    Bien que René Lévesque ait considéré infect le mode de scrutin uninominal à un tour son parti a refusé en 1978 et 1984 le mode de scrutin proportionnel. Le PLQ fit de même en 2004 et le PQ a extrait ce point de son programme alors que le directeur des élections déposa un rapport détaillé montrant que la démocratie se porterait mieux avec un scrutin à deux volets.

    L'idée de corriger le mode de scrutin uninominal, et présente depuis les années 1960, a reçu de l'attention à la suite d'élections révélant un écart important entre le pourcentage des votes et le nombre de députés élus par partis. Elle a toutefois tendance à s'atténuer lorsqu'un parti a le vent dans les voiles ou bénéficie d'une distorsion dans la composition des électeurs selon les circonscriptions. Autant le PQ que le PLQ l'ont négligée pour ces motifs. Les deux pour prendre le pouvoir avec une majorité de députés. Le premier pour tenir un référendum, le second pour enterrer les thèses souverainistes.

    Ce faisant, ces partis ont dit préférer une guerre de tranchée pour faire élire le plus de députés. En 2014, Le PLQ en sortit gagnant, grâce à l'appui des circonscriptions de Montréal-ouest et une percée stratégique en région où le PQ et la CAQ rivalisèrent alors que QS se concentrait en terrain sûr.

    Résultat : le PLQ prit le pouvoir avec 42 % du vote. Une proportionnelle aurait changé la scène politique, ce à quoi sont ouverts les trois partis d'opposition, non le PLQ, de telle sorte qu'il n'y aura pas de changement d'ici les prochaines élections.

    Par contre, à l'occasion de cette élection, il importerait que les trois partis en cause en fassent la promotion tout en s'affichant ouverts à une refonte des règles parlementaires afin que le peuple exerce un plus grand contrôle sur le législatif et l'exécutif, ce dernier étant devenu l’affaire des partis alors qu’il devrait être au service des électeurs sous la responsabilité du gouvernement.