De vieilles déclarations viennent hanter Proulx

Le nouveau ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, s’est évertué mardi à minimiser la portée de ses appels répétés à abolir les commissions scolaires lorsqu’il était élu de l’Action démocratique du Québec en 2007-2008. « Il n’y a pas de virage en ce qui me concerne », a-t-il fait valoir à la sortie du caucus libéral mardi après-midi.

Or, M. Proulx vilipendait il y a huit ans les commissions scolaires : « Une institution qui, à mon sens, est déficiente, dépassée et mésadaptée de notre société actuelle. »« Nous ne sommes pas pour une réfection du modèle des commissions scolaires ou de leur administration, nous sommes pour leur abolition », avait-il déclaré dans le Salon bleu à l’automne 2008.

Le ministre libéral a insisté mardi pour dire qu’il n’est pas « quelqu’un qui est dans les idéologies ». Cela dit, il répète vouloir continuer de « défendre » un transfert des « pouvoirs » des commissions scolaires « vers les écoles et des parents ». « Il y a une organisation qui va subir des changements. Les gens le réclament », a-t-il répété. D’ailleurs, M. Proulx a indiqué que les consultations publiques sur le projet de loi 86 reprendront « très rapidement ».

L’animateur de radio Éric Duhaime s’est dit « très content » de voir son ex-confrère adéquiste cumuler les responsabilités de ministre de la Famille et celles de ministre de l’Éducation. « Il était notre porte-parole en éducation favorable à l’abolition des commissions scolaires. Il envoie ses enfants à l’école privée et il s’est fait élire en promettant de donner 100 $ par semaine, par enfant, pour les garderies, a-t-il écrit sur sa page Facebook. S’il y a un seul ministre à l’Éducation et à la Famille qui peut récupérer les idées de Mario Dumont, c’est lui ! »

M. Proulx a effectivement choisi l’école privée pour ses deux enfants, a confirmé le cabinet du ministre auprès du Devoir.

Un ministère, deux ministres

Le gouvernement libéral se refuse de scinder le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, de crainte de « traumatiser » la machine gouvernementale en plus de « ralentir » le processus législatif, puisqu’une telle opération nécessiterait immanquablement l’adoption d’une loi. Il y a donc un seul ministère — Éducation et Enseignement supérieur —, piloté par deux ministres : Sébastien Proulx et Hélène David.

Mme David a appelé la presse à ne pas décoder dans son titre de « ministre responsable de l’Enseignement supérieur » qu’elle est tributaire des décisions de son collègue Sébastien Proulx. « [Je serai] ministre en titre, [bénéficiant d’un] portefeuille complètement autonome », a-t-elle précisé.

L’ex-ministre de la Culture a évoqué « plusieurs avantages » à la décision de ne pas former deux ministères en bonne et due forme comme l’avait fait le gouvernement Marois. « Il y a beaucoup de dossiers qui sont assez superposables », a souligné Mme David, citant en exemple la formation professionnelle et technique. « Un jeune qui est au DEP au secondaire peut après cela passer au DEC technique et, après cela, […] à l’université. C’est important pour l’adéquation formation-emploi. »

Questionnée sur ses priorités, l’ex-sous-ministre à l’Enseignement supérieur, de 2008 à 2010, a seulement dit vouloir « mettre en valeur » les centres collégiaux de transfert de technologie (CCTT), qui sont à l’heure actuelle aux prises avec de « grands défis ». Elle est demeurée muette sur le réinvestissement prévu dans les cégeps et les universités par le gouvernement libéral.

Le président-directeur général de la Fédération des cégeps, Bernard Tremblay, a salué mardi la désignation d’« une ministre de proximité pour les cégeps et les universités ». Le réseau collégial a réclamé lors des consultations prébudgétaires un réinvestissement de 125 millions de dollars par année, et ce, en plus d’un montant couvrant l’augmentation des coûts de système.

12 commentaires
  • Serge Bouchard - Abonné 24 février 2016 06 h 16

    Ah, l'attrait du privé

    Qui était (ou quels sont, s'il y en a plus d'un) le dernier ministre de l'éducation dont les enfants fréquentaient le public ?

    • Charles Lebrun - Abonné 24 février 2016 10 h 01

      Madame Pauline Marois a fait instruire ses enfants à l'école publique.

  • Gilles Delisle - Abonné 24 février 2016 08 h 05

    Ce n'est pas sérieux!

    Cet autre ministre-opportuniste, venant de la CAQ, chargé de défendre l'éducation publique et de l'administrer, n'y croît pas suffisamment pour y envoyer ses enfants. Ce ministre de l'Education préfère les envoyer au "privé"! Décidément, un Ministère qui s'en va complètement à la dérive.

    • - Inscrit 24 février 2016 15 h 02

      Un héro d'Éric Duhaime ... ça n'annonce RIEN de bon !

  • Patrick Daganaud - Abonné 24 février 2016 08 h 22

    Jour sinistre, tout un ministre

    Héritier des idées de l'Action démocratique, Sébastien Proulx, cet autre transfuge de la CAQ (Barrette, Anglade, etc.) va poursuivre les dégâts de ses prédécesseurs.

    Chantre de l'école privée, abolitionniste aveugle, il arrive avec ses idées rétrogrades, élitistes et sélectives.

    Il ne connaît de l'école que le visage doré que lui confère le réseau privé qui fait oeuvre de ségrégation permanente et contribue ainsi à enrayer toute perspective de la société juste que promeut, dans son programme, notre système éducatif.

    Les jours sombres de l'Éducation ne sont pas finis et le sort des plus vulnérables est en bien mauvaises mains.

  • Yvon Robert - Abonné 24 février 2016 08 h 31

    Une continuité

    Ce qu'il a dit est encore vrai,il ne doit rien renier.Il a l'occasion d'appliquer le programme de Mario Dumont et ce avec l'appui de la CAQ qui aussi préconisait l'abolition des commissions scolaires.

    En santé avec Barrette,en économie Anglade et en éducation Proulx.

    • Charles Lebrun - Abonné 24 février 2016 10 h 11

      Vous parlez de continuité! Je parlerais bien plus de "rupture" au parti Libéral! Si M. Couillard voulais faire du parti Libéral une CAQ, il aurait été plus honnête, je dis bien honnête de sa part de se présenter à la chefferie de la CAQ, de conserver M. Barrette, Mme Anglade, M. Proulx et se faire élire avec son "trio économique de droite" et ainsi, nous, la population, nous aurions su pour qui nous votions!

      C'est "en douce" que le parti Libéral devient le parti de Mario Dumont! C'est très habile mais en même temps très malhonnête de la part de M. Couillard!

  • André Côté - Abonné 24 février 2016 09 h 24

    Ministre de l'éducation?

    Voilà deux jours que le ministre Proulx est interrogé par les médias et à chacune des questions posées il enfile un long discours emberlificoté de considérations et de statistiques à n'en plus finir. À la fin, on fait: ouf! Et on est tenté de lui reposer la même question... Même attitude de sa part quand, à l'Assemblée nationale, on lui rappelle ses déclarations passées. Désolant!