Forcer la participation sans réduire le chèque

La présidente du Conseil du statut de la femme (CSF), Julie Miville-Dechêne
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir La présidente du Conseil du statut de la femme (CSF), Julie Miville-Dechêne

La présidente du Conseil du statut de la femme (CSF), Julie Miville-Dechêne, qualifie d’« impensable » l’idée de couper de moitié les prestations d’aide sociale des jeunes refusant de participer à une séance d’information dans un organisme spécialisé en employabilité.

« Le chèque étant ce qu’il est, 616 $, le couper de moitié, comme l’avait mentionné [le ministre précédent, Sam] Hamad, semble impensable. On est déjà à la moitié du seuil de la pauvreté avec le chèque actuel », a-t-elle déclaré à l’occasion de son passage à l’Assemblée nationale mercredi soir.

Le CSF est toutefois pour l’instauration d’« une forme d’engagement automatique dans un programme d’accompagnement vers l’intégration en emploi » des adultes âgés de 18 à 25 ans sans contraintes à l’emploi. Il s’agirait d’un « parcours obligatoire » tracé pour eux, précise l’organisme de promotion et de défense des droits et des intérêts des Québécoises.

Continuum scolaire

Mme Miville-Dechêne a invité mercredi les membres de la commission de l’économie et du travail à y voir « une continuation de l’obligation scolaire » pour les jeunes demandeurs d’aide sociale qui, selon elle, ont « d’abord et avant tout besoin de compétences pour pouvoir intégrer le milieu du travail ». « On a l’impression qu’on va pouvoir limiter le décrochage, l’abandon dans la formation qu’on constate jusqu’à maintenant. Mais ça demande clairement une mobilisation du milieu », a-t-elle averti.

La présidente du CSF s’est abstenue de proposer une solution de rechange à la coupe de 308 $ de la prestation prévue dans le projet de 70 pour les nouveaux demandeurs d’aide sociale ne participant pas au programme Objectif emploi, ou à tout le moins à une séance d’information organisée dans un organisme spécialisé en employabilité. « Il y a comme une relation obligation/sanction. Les choses peuvent être faites un peu différemment », a soutenu Mme Miville-Dechêne.

Diversification professionnelle

La porte-parole du CSF a également pressé le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais, de mener une analyse différenciée selon le sexe du projet de loi 70, afin de cerner les effets de la réforme sur l’autonomie économique des femmes. Elle croise les doigts afin que les initiatives gouvernementales de soutien à l’intégration en emploi comprennent un « volet de diversification professionnelle chez les jeunes femmes afin de ne pas entretenir une division du travail entre les sexes, qui les condamne souvent à la pauvreté, malgré leur présence en emploi ».

Pour sa part, le Comité consultatif de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale a mis en garde M. Blais contre l’adoption d’un projet de loi assorti de « pénalités qui viendraient réduire une aide financière déjà trop faible pour assurer la couverture des besoins de base des personnes » par l’Assemblée nationale : celui-ci contreviendrait à la fois à la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale, à la Charte des droits et libertés de la personne ainsi qu’au Pacte international sur les droits économiques, sociaux et culturels.

Enfin, la Chambre de commerce du Montréal métropolitain a invité M. Blais à « aller de l’avant » avec le programme Objectif emploi.

3 commentaires
  • Pierre Desautels - Abonné 18 février 2016 05 h 53

    Il faut choisir son camp...

    "Celui-ci contreviendrait à la fois à la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale, à la Charte des droits et libertés de la personne ainsi qu’au Pacte international sur les droits économiques, sociaux et culturels."

    Bien dit, Madame Miville-Dechêne. Depuis des années, le PLQ, le PQ et la CAQ s'en prennent aux assistés sociaux, tout en étant tout miel avec plusieurs BS corporatifs...

  • Colette Pagé - Inscrite 18 février 2016 10 h 14

    Aberrant système consistant à payer les gens à ne rien faire !

    Ce titre lu à la fin d'un article du Figaro Magazine démontre que cette problématique de l'aide sociale concerne la plupart des pays démocratiques. Le problème se pose pour les personnes aptes à travaller.

    En Allemagne, tout bénéficiaire de l'aide sociale est contraint d'accepter le travail que lui propose l'agence dont il dépend, sous peine de perdre 30 % de son aide au premier refus, 60 % au second et la totalité au troisième. Là bas, on a aussi instaurer la dégressivité des allocations de chômage pour inciter au retour en emploi.

    Et le taux de chômage est à son plus bas historique. Qui peut croire qu'il s'agit d'une coïncidence ? Et il serait trop facile de rétorquer qu'il n'y a pas de travail au Québec pour les personnes peu qualifiées.

    Les besoins non pourvus faute de candidats concernent d'abord les postes d'aides à domicile suivis de près par les emplois de cuisiniers, d'employés de maison et d'agents de sécurité.

    Bien évidemment, il faut être raisonnable l'on ne peut obliger un assisté social d'accepter un emploi chez Macdonald à Québec lorsqu'il habite à Montréal. Le gros bon sens a toujours sa place.

  • Paul de Bellefeuille - Abonné 18 février 2016 10 h 15

    Welfare ou Workfare

    Le Conseil du statut de la femme, depuis que Julie Miville Deschênes en a pris la direction, est teintée par la philosophie économique néolibérale. Ainsi, la philosohie de la nouvelle politique d'aide sociale passe du welfare au workfare et le Conseil du statut de la femme accrédite dorénavant cette avenue dans le versement de la prestation d'aide sociale à la condition que le bénéficiaire de l'aide sociale s'inscrive obligatoirement à un parcours d'employabilité. Cette philosophie est conforme à l'esprit des politiques d'austérité du gouvernement Couillard. Bref, il ne faut pas mordre la main qui nous nourrit. Et cet exemple n'est pas unique, puisque le Conseil du statut de le femme vient de changer sa position sur les mères porteuses. Avant la venue de Mme Miville Deschênes, il n'était pas question de marchander la corps des femmes. Dorénavant, le Conseil du statut de la femme fait preuve de libéralisme dans ce dossier. Et on pourrait aussi ajouter la position du Conseil du statut de le femme sur la laicité de l'État et le port de signes religieux. La présidente précédente du CSF, Mme Pelchat, avait une position claire. C'était non au port de signes religieux pour les employés de l'État. La nouvelle présidente, libéralisme oblige, a modifié cette position. D'ailleurs, cela avait provoqué la démission courageuse de certaines des membres du conseil d'administration du CSF. On peut donc affirmer que la nouvelle philosophie du CSF est fortement teintée par le libéralisme et même par le néolibéralisme. Comme quoi, il faut hurler avec les loups!