Un «premier pas» contre les fugues d’adolescentes

Québec a annoncé un nouveau programme intitulé « Prévention jeunesse » dans le cadre de la lutte contre l’exploitation sexuelle des jeunes et, de manière plus générale, contre les divers phénomènes pouvant mettre à risque la sécurité des jeunes.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Québec a annoncé un nouveau programme intitulé « Prévention jeunesse » dans le cadre de la lutte contre l’exploitation sexuelle des jeunes et, de manière plus générale, contre les divers phénomènes pouvant mettre à risque la sécurité des jeunes.

C’est un « premier pas » dans la lutte contre l’exploitation sexuelle des adolescentes, mais la suite se fait attendre avec impatience. Le gouvernement Couillard a annoncé mardi un plan de 3 millions de dollars sur cinq ans pour embaucher des coordonnateurs chargés de prévenir les fugues de filles d’âge mineur.

Trois ministres se sont déplacés mardi à Laval, où une série de fugues sont survenues au cours des dernières semaines au Centre jeunesse. Laval sera la première région à bénéficier du programme Prévention jeunesse, qui vise à coordonner la police, le Centre jeunesse, les maisons de jeunes et les autres organismes qui aident les adolescents.

Tous ces « intervenants » seront réunis par un coordonnateur — sur le point d’être embauché —, qui sera chargé d’améliorer la sécurité des adolescentes à risque de fuguer. Ces jeunes filles sont des proies faciles pour les gangs de rue et les autres groupes criminels, qui les forcent à se prostituer.

« La bonne nouvelle dans tout ça, c’est que ce n’est qu’un premier geste », a dit Martin Coiteux, ministre de la Sécurité publique, des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire, talonné par les partis de l’opposition à l’Assemblée nationale.

« Ce programme va aussi être disponible pour, à tout le moins à court terme, quatre autres sites au Québec qui décident de donner priorité à un enjeu de sécurité pour les jeunes. Et comme on l’a expliqué ce [mardi] matin, ce n’est qu’un premier pas. Il y en aura d’autres », a précisé le ministre.

Trop peu, trop tard

Cette annonce a laissé sur leur faim les partis de l’opposition à Québec. Le gouvernement Couillard réagit en toute hâte, et de façon bien timide, aux cas récents de fugues d’adolescentes qui ont fait les manchettes, ont souligné les porte-parole de l’opposition.

« Ce n’est pas très impressionnant. On est loin du compte », a réagi Jean-François Lisée, du Parti québécois. Le gouvernement libéral a coupé 1,1 million de dollars par an dans les programmes de prévention de l’exploitation sexuelle des adolescentes, et 20 millions par an dans les centres jeunesse, a-t-il rappelé.

Il souligne aussi la demande des corps policiers de rétablir l’escouade mixte regroupant Montréal, Laval et Longueuil dans la lutte contre l’exploitation sexuelle des femmes.

« C’est un exercice de relations publiques, mais il y a urgence d’agir : on parle ici de traite d’adolescentes par des pimps et des gangs de rue. On demande un vrai plan global de lutte contre la traite de personnes », dit Nathalie Roy, de la Coalition avenir Québec (CAQ). Des compressions budgétaires ont aussi frappé les procureurs de la Couronne spécialisés dans la lutte contre les gangs de rue, a-t-elle rappelé.

Les démunis écopent

Manon Massé, de Québec solidaire, a dénoncé elle aussi l’impact des coupes récentes qui frappent les personnes les plus vulnérables.

« Je révélais dimanche dernier l’abolition en 2014 du programme de prévention et d’intervention en matière d’exploitation sexuelle des adolescentes. Le ministre de la Sécurité publique tente aujourd’hui de réparer les pots cassés en annonçant à la va-vite un nouveau programme, alors que ce même gouvernement mettait la hache dans le seul programme existant. Disons qu’il est en partie responsable de ce qui se passe actuellement. Après les centres de désintox, le manque de services aux personnes handicapées, aux enfants en difficulté, on a ici un autre exemple qui démontre que l’austérité et les compressions ont des impacts directs sur la population. »

Le gouvernement travaille sur un plan global contre l’exploitation sexuelle des femmes, a fait valoir le ministre Coiteux. Il souligne aussi qu’un vérificateur indépendant, nommé par Québec, a trente jours pour enquêter sur les procédures de prévention des fugues au Centre jeunesse de Laval.

3 millions
Somme que Québec s'engage à investir sur 5 ans pour prévenir les fugues et l'exploitation sexuelle des adolescentes