Au secours des églises modernes


La ministre Hélène David affirme qu’elle fera du patrimoine un volet important de la nouvelle Politique culturelle qu’elle promet pour 2017.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir La ministre Hélène David affirme qu’elle fera du patrimoine un volet important de la nouvelle Politique culturelle qu’elle promet pour 2017.

Québec viendra à la rescousse des églises modernes jugées exceptionnelles et étendra son programme d’aide financière à la rénovation de lieux de culte construits entre 1945 et 1975, a indiqué la ministre de la Culture, Hélène David, en entrevue au Devoir. Mais ce coup de pouce pourrait arriver trop tard pour certaines églises déjà condamnées à la démolition, comme Notre-Dame-de-Fatima, dans l’arrondissement de Jonquière, à Saguenay.

Jusqu’à maintenant, seules les églises classées en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel et datant d’avant 1945 étaient admissibles au programme qui permet aux fabriques d’obtenir jusqu’à 85 % du financement de la rénovation de leurs bâtiments. Désormais, les églises cotées A, qualifiées d’« incontournables » par le Conseil du patrimoine religieux du Québec, pourront se prévaloir de ce programme. La ministre David acquiesce ainsi aux demandes formulées depuis des années par les défenseurs du patrimoine religieux.

Du même coup, la ministre a confirmé l’octroi d’un budget de 10 millions de dollars pour 2015-2016 destiné au patrimoine à caractère religieux. « Ces 10 millions, c’est pour le patrimoine bâti et non bâti de différentes confessions religieuses », a précisé la ministre en soulignant que ces fonds pourraient être utilisés pour la préservation d’archives de congrégations religieuses, la restauration de mobilier, d’orgues, d’oeuvres d’art ou de vitraux, par exemple. « On est presque à un point de rupture au niveau du patrimoine religieux, avec les changements de vocation des églises, des couvents et de lieux où les religieux ont oeuvré, comme les hôpitaux », explique-t-elle.

Des églises menacées

Le Québec compte une quarantaine d’églises modernes cotées A dont la qualité et l’originalité architecturales sont reconnues, mais elles demeuraient jusqu’à maintenant exclues du programme.

C’est le cas de l’église Saint-Gérard-Majella, à Saint-Jean-sur-Richelieu, construite en 1962 selon les plans de l’architecte Guy Desbarats et que la fabrique a vendue l’automne dernier à un promoteur, se disant incapable d’assumer seule les frais de rénovation estimés à 3 millions. Le promoteur qui s’en est porté acquéreur compte la démolir afin de construire sur le site un complexe domiciliaire. Pour l’instant, le dossier est en suspens puisque le ministère de la Culture examine la possibilité de classer l’immeuble, ce qui empêcherait sa démolition.

Mais il est vraisemblablement trop tard pour l’église Notre-Dame-de-Fatima, une église à la forme évoquant un tipi amérindien conçue au début des années 1960 par les architectes Léonce Desgagné et Paul-Marie Côté. Condamnée à la démolition par le promoteur qui l’a achetée, cette église avait pourtant été protégée par la Ville de Saguenay qui l’avait citée en 2006 avant de lui retirer son statut patrimonial en 2014 pour permettre la réalisation du projet immobilier. Au cours des dernières années, le député péquiste de Jonquière, Sylvain Gaudreault, avait milité activement pour la préserver, mais Hélène David indique que son ministère n’a pas l’intention d’intervenir dans ce dossier. « La Ville est déjà passée à autre chose. […] Cette église aurait été admissible [au programme], reconnaît-elle. Mais là, on est rendus assez loin dans le processus. Mais je serai très heureuse si on récupère les vitraux pour les valoriser. »

Minuit moins une

Si la question des églises est problématique, avec la désertion des fidèles et les difficultés financières des fabriques, l’enjeu plus large du patrimoine au Québec demeure tout aussi épineux. Au cours des dernières années, les dossiers litigieux se sont succédé : la démolition de la maison Redpath, la mise en vente du studio Ernest-Cormier, le projet de la Maison Alcan, les menaces qui planent sur la maison Chénier-Sauvé, à Saint-Eustache, et la maison Tourigny, à Magog, ainsi que les dommages importants causés au Mount Stephen Club dans le cadre de travaux de transformation.

La ministre David affirme qu’elle fera du patrimoine un volet important de la nouvelle Politique culturelle qu’elle promet pour 2017. Ce lundi, elle compte d’ailleurs dévoiler en conférence de presse les détails des travaux qui seront réalisés pour dépoussiérer la Politique culturelle qui date de 1992 et qui traite de nombreux enjeux, dont la langue, le soutien aux créateurs et les lieux de diffusion.

Le patrimoine fera l’objet d’un chantier, dit-elle. « Je vais demander aux mandataires de ce chantier d’examiner les moyens pour qu’on n’arrive pas toujours à minuit moins une et, dans certains cas, à minuit et cinq, explique-t-elle. Je pense qu’on doit montrer l’exemple en termes de gouvernance d’État. »

Plusieurs bâtiments patrimoniaux considérés comme étant d’intérêt régional relèvent des villes, qui peuvent les protéger en leur accordant une citation, mais qui peuvent aussi, à leur gré, leur retirer leur statut de protection.

Hélène David ne croit pas opportun que le ministère de la Culture intervienne dans tous les dossiers : « Avec la Loi sur le patrimoine culturel, l’État, dans ses interventions, n’a pas voulu nécessairement — et je crois que c’est sage — être le maître d’oeuvre et en autorité pour tous les niveaux de protection, des plus locaux aux plus nationaux. »

« Les municipalités réclament ce genre d’autorité de citer des éléments du patrimoine qui leur paraissent importants au niveau plus régional. Ce sont des élus. Oui, ça change avec les administrations, mais il reste que ce sont des élus et ils ont des commettants. Il faut qu’ils se gouvernent au niveau régional comme nous, au niveau de l’État. »

Cela dit, la ministre laissera aux mandataires du chantier du patrimoine la liberté de se pencher sur les enjeux de classement, relevant du gouvernement du Québec, et des citations de compétence municipale.

La ministre entend de plus rencontrer les représentants de l’Union des municipalités du Québec pour discuter des enjeux de gouvernance et de financement.

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3 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 15 février 2016 03 h 52

    Demain 2017 Madame la Ministre ?

    Dans son mandat de ministre de la Culture, Madame David applique maintenant la formule passe-partout des promesses d'ivrognes.
    "La ministre David affirme qu’elle fera du patrimoine un volet important de la nouvelle Politique culturelle qu’elle promet pour 2017."
    Demain, en somme.
    Demain, j'arrêterai de boire...
    D'ici-là, parce que demain matin "demain" ne sera pas ce jour-là mais le suivant, les vendeurs sans culpabilité de bouteilles et les fabricants obligés d'alcool, de vin et de bière, trois substances agréables qui après tout peuvent être utiles, persisteront d'avoir de beaux jours devant eux.
    Et le temps aidant, pour vous combler, Je Ne Me Souviendrai plus de rien...

    2017 Madame la Ministre ?
    Mais vous nous prenez tous pour les membres actifs d'une bande d'innocents !

    • André Bastien - Abonné 15 février 2016 09 h 59

      Et Madame David ne sera peut-être plus à la Culture en 2017! Les chaises musicales des ministres justifient trop souvent l'inaction.

  • Tristan Roy - Abonné 15 février 2016 16 h 40

    Étrange

    On coupe dans les budgets pour les victimes de violence sexuelle et on subventionne les églises... poursuivies de toutes part pour leurs prêtres pédophiles. Ne cherchons pas la logique.