François Blais refuse de plier

Le ministre François Blais
Photo: La Presse canadienne Le ministre François Blais

Le ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais, refuse de plier face aux organismes qui demandent en choeur le retrait de toutes les pénalités prévues à la réforme de l’aide sociale.

Les nouveaux demandeurs d’aide sociale auront l’obligation de participer à au moins « une rencontre » dans un organisme spécialisé en employabilité, à défaut de quoi ils s’exposeront à des pénalités, a indiqué M. Blais sur les ondes d’une radio de Québec jeudi matin. « C’est pas discutable. »

À ses yeux, « ce qui compte, ce n’est pas la gravité de la sanction, c’est l’assurance qu’il va y avoir une sanction ».

M. Blais a défendu la pertinence du projet de loi 70, relatant qu’un organisme spécialisé en employabilité est parvenu à joindre à peine cinq des cent prestataires du Programme d’aide sociale figurant sur une liste que lui avait remise Emploi Québec. « Ils ont réussi à en contacter cinq sur cent pour une rencontre. Il y en a seulement deux qui sont venus », a précisé M. Blais, statistiques à la main.

L’élu libéral s’est fait reprocher par l’animateur de l’émission du FM93, Sylvain Bouchard, de s’être « dégonflé » en renonçant à punir au moyen de ponctions importantes à leurs prestations d’aide sociale les « BS » refusant de prendre part au programme d’insertion au travail « Objectif emploi », comme le prévoit le projet de loi 70 dans sa forme actuelle.

M. Blais a dit faire face à un « blocage idéologique » des membres de la Coalition des organismes communautaires pour le développement de la main-d’oeuvre. Ils font preuve de « radicalisation à l’envers » en écartant toute forme de sanction pour inciter les jeunes à atteindre l’« Objectif emploi », a-t-il soutenu au micro de la station de radio de Québec. « Tous les organismes se sont dit le mot : “Ça reste volontaire.” Moi aussi, j’aimerais ça toujours travailler avec des gens volontaires dans ma vie, mais parfois, il faut contraindre pour les pousser », a-t-il déclaré, rejetant la possibilité de rendre la participation au « Programme Objectif emploi » facultative. « Ce n’est pas acceptable. »

Pas de déménagement

Cependant, le ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale a juré ne pas avoir fait son nid sur la portée des sanctions qui seront détaillées dans la version finale du projet de loi 70. « Si vos auditeurs aujourd’hui ont une solution pour régler ce problème-là, qu’ils me la donnent, à part [s’il s’agit de] donner 50 000 $ si vous vous rendez à une visite. Qu’est-ce qu’on peut faire ? Ce qu’on peut faire, bien sûr, c’est de dire aux gens : “Si tu ne viens pas à une seule rencontre, là, on ne parle même pas de commencer et de réussir, il va y avoir une pénalité” », a-t-il dit en ondes.

M. Blais a aussi réitéré que les prestataires d’aide sociale ne seront pas forcés de déménager pour occuper un poste, comme l’a suggéré M. Hamad.

« Ça tombe bien, on aura des fonds pour les aider. Mais, on n’a pas besoin d’insister. Il y en a, des emplois pour eux [à proximité de leur résidence actuelle] », a-t-il dit non sans également craindre la médiatisation de cas absurdes. « Le jour où quelqu’un va dire “Regarde, à Québec, il n’y a pas un emploi, mais sur la rue Christophe-Colomb à Montréal, en ce moment, il y a un emploi dans un McDonald’s, tu dois déménager”, le projet commence à déraper. Ce n’est pas nécessaire qu’on aille là pour qu’on atteigne les objectifs. »

La protectrice du citoyen a exprimé de « sérieuses réserves » à l’égard du projet de loi 70. Elle croise les doigts afin que « les personnes qui seront admises au programme Objectif emploi seront véritablement aidées et, à terme, qu’elles ne seront pas victimes d’exclusion, voire menées au dénuement total ».

La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a pour sa part averti le gouvernement libéral que « [les] mesures d’aide à l’emploi ne doivent cependant pas porter atteinte au droit à l’égalité de même qu’au droit à des mesures d’assistance financières et des mesures d’aide sociale susceptibles d’assurer un niveau de vie décent garanti tant par la Charte [des droits et libertés de la personne] qu’en vertu des engagements internationaux pris par le Québec à cet égard ».

Je pense que je ne suis pas un excellent communicateur

« Briser le cercle vicieux de l’aide sociale »

Parmi les nouveaux demandeurs d’aide sociale, près de 60 % ont 29 ans ou moins et 38 % viennent d’une famille qui reçoit des prestations, selon l’ex-ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale Sam Hamad.

12 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 13 février 2016 01 h 13

    Un esprit de droite, ça ne s'efface pas

    Quel être autoritaire,et a l'esprit, enfin d'une autre époque, ses successeurs vont juste a avoir a refaire ce qu'il fait tout croche, mais pendant ce temps c'est le pauvre monde qui va souffrir

  • Jacques Morissette - Inscrit 13 février 2016 07 h 08

    «Blocages idéologiques»?

    Vous dites «blocages idéologiques» de la part des organismes communautaires quand ceux-ci ne font que s'occupés de la misère, pour essayer de rescapé ceux qu'ils peuvent. Je ne pense pas que ces organismes auraient nécessairement besoin d'exister, s'il y avait moins d'inégalité sociale et que l'éducation serait un droit pour tout le monde, indépendamment de sa classe sociale et du statut économique. Sans parler aussi de la misère psychologique et de l'aide dont certains auraient tant besoin.

    Tant qu'à parler de «blocages idéologiques», on pourrait dire la même chose de François Blais, qui semble s'est fait une idée de la vie à partir de sa position soi-disant réfléchie, dans le lit privilégié des couloirs d'universités. Cela dit, à lire ce qu'a dit l'animateur de radio 93, Sylvain Bouchard, François Blais semble se choisir judicieusement ses fréquentations, en fonction du message qu'il veut bien faire ou laisser passer.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 13 février 2016 07 h 27

    … se radicaliser ?

    « Ils font preuve de « radicalisation à l’envers » en écartant toute forme de sanction pour inciter les jeunes à atteindre l’« Objectif emploi », » (Marco Bélair-Cirino, Le Devoir)

    Vraiment ?

    Le ministre sait-il que le fait de se retrouver en situation de « BS » constitue déjà, pour les personnes concernées, une des sanctions de société épouvantables à vivre ?

    Le sait-il ou se bloque-t-il à l’idée que ces personnes demeurent disponibles au monde de l’emploi mais pas à n’importe quel prix ?

    Plutôt de critiquer-rmésestimer le milieu communautaire qui, de façon similaire aux organismes de l’État (Protectrice du citoyen, Commission des droits de la personnes et des droits de la jeunesse … .), alerte les autorités gouvernementales, lui convient-il de l’inviter d’urgence à l’écouter avec sagesse et respect ?

    Où lui préfère-t-il, avec sans honneur, ou à l’envers …

    … se radicaliser ? - 13 fév 2016 -

  • Josée Duplessis - Abonnée 13 février 2016 08 h 17

    Je pense que je viens de comprendre les politiques libérales.
    Je pense qu'elles sont inspirées des radio-poubelles de Québec et de leur ''esprit de clocher.''
    Je ne suis pas gentille quand je dis cela mais la différence est bien illustrée par cet article.

    • Christian Montmarquette - Abonné 13 février 2016 13 h 23

      Ne vous en faites pas que les politiques péquistes sont aussi pingres et mesquisnes que les politiques libérales en matière d'aide sociale.

      Puisque, non seulement le PQ a coupé 4000 chèques d'aide sociale lors de son denier mandat.. Mais avait-il aussi, instauré des parcours obliatoires d'emplois (Workfair) pour recevoir des prestations sous le gouvernement de Lucien Bouchard.

      Pire encore, Louise Harel, avait même laissé en place les boubous-macoutes du Parti libéral quand elle était la ministre responsable de l'aide sociale.

      Christian Montmarquette

    • Robert Beauchamp - Abonné 13 février 2016 13 h 48

      Nous faisons face à de l'intégrisme iéologique. La cause est entendue. Nous avons tous compris.

    • Claude Bariteau - Abonné 14 février 2016 10 h 38

      Monsieur Montmarquette,

      Les bénéficiaires d'aide sociale ne sont pas tous des anges. Vous le savez. Qu'il y ait eu identification de 4000 cas m'apparaît peu anormal dans une gestion. Quant aux obligations de parcours, elles existent dans nombre de pays nordiques mais y sont pensées dans une perspective d'intégration sociétale.

      En d'autres termes, dans les programmes d'aide sociale, il m'apparaît plus approprié de développer une approche mettant de l'avant l'équivalent d'un salaire minimum garanti auquel peuvent s'ajouter d'autres revenus plutôt qu'une prestation coupée si d'autres revenus s'ajoutent, y compris ceux associés à des programmes de formation.

      Avec une telle approche, il y aurait plus d'intérêt pour les prestataires à se chercher un emploi ou à poursuivre leurs formations.

      Cela dit, il y aura toujours une gestion de ces programmes. Qu'elle engendre des coupures ou des ajouts, elle sera présente. Le défaut de la gestion actuelle est de miser sur les coupures parce que les ajouts ne sont pas de la partie.

      J'aimerais vous lire sur les ajouts, car l'enjeu est là.

    • Christian Montmarquette - Abonné 15 février 2016 08 h 15

      «Les bénéficiaires d'aide sociale ne sont pas tous des anges. » - Claude Bariteau

      C'est une véritable honte de tenir de tels propos en public, alors que «Le Collectif pour un Québec sans pauvreté» est en pleine campagne pour lutter contre les préjugés envers les plus démunis et les dernières études ont démontré que le taux de fraudes à l'aide sociale est un des plus bas de la société. (Pas étonnant, puisque l'aide sociale applique une véritable système d'inquisition envers les prestataires!)

      Voici les faits publiés par « Le Collectif pour un Québec sans pauvreté »

      Sur 10 personnes en situation de pauvreté :

      - 4 personnes travaillent.

      - 5 personnes ne sont pas en mesure de travailler (retraite, handicap, maladie etc.)

      - 1 personne est exclue du marché du travail (discrimination, manque d'emploi)


      Christian Montmarquette

      Référence :

      «À peine «3%» de «fraudes» à l’aide sociale» - Des erreurs de bonne foi expliquent en majeure partie l’aide versée en trop - Le Devoir

      http://www.ledevoir.com/politique/quebec/417843/a-

      Collectif pour un Québec sans pauvreté: «Les préjugés envers les plus pauvres, ça va faire !»

      http://www.pauvrete.qc.ca/prejuge-2-les-pauvres-so

      .

  • Guy Bergeron - Inscrit 13 février 2016 11 h 25

    Sondage de 100 personnes

    Pour qui nous prend-on au Gouvernement du Québec ? : pour peaufiner une règlementation aussi importante que l'Aide sociale (terme moins hypocrite dans ce cas-ci que Solidarité ), on fait un test sur 100 individus et on en tire une statistique qui confirme que les bénéficiaires font de l'évitement! Quand on sait qu'une des pratiques connues des agents d'aide sociale, est d'appeler d'abord deux ou trois personnes dont on sait qu'elles ne peuvent pas exercer un emploi donné (avec la possibilité (la menace ?) de sanctions, avant d'appeler la personne qui est 'faite' pour cet emploi, on comprend mieux le manichéisme des approches du ministre. La seule vraie solution, c'est de créer des emplois, ce que son gouvernement promet, promet, promet...