Leitão confus sur la marijuana

Des bocaux remplis de marijuana en vente au Colorado. Le choix des modalités de distribution au Québec est un débat prématuré, selon le ministre Leitão.
Photo: David Zalubowski Associated Press Des bocaux remplis de marijuana en vente au Colorado. Le choix des modalités de distribution au Québec est un débat prématuré, selon le ministre Leitão.

L’enjeu de la légalisation de la marijuana a plongé jeudi le ministre des Finances, Carlos Leitão, dans la confusion quand il a affirmé que jamais le gouvernement du Québec ne veillera à la commercialisation de cette substance, laissant à Ottawa le soin de réglementer cette activité sur le territoire québécois.

Quelques heures plus tard, Carlos Leitão a tenu à publier sur sa page Facebook une « précision » dans laquelle il se dédisait. « Dans ce dossier, il faut faire les choses dans l’ordre. Dans un premier temps, le gouvernement fédéral devra légiférer afin de légaliser la marijuana et en clarifier [l’]encadrement. C’est un dossier complexe et un processus qui pourrait prendre un certain temps. Nous verrons, une fois ces étapes franchies, comment le Québec choisira d’encadrer le commerce et la distribution. […] Le choix des modalités de distribution au Québec est donc un débat très prématuré. Ces choix se feront par le gouvernement du Québec », a-t-il écrit.

Pourtant, Carlos Leitão, avait été catégorique à la sortie de la réunion du caucus des députés libéraux. Pas question de se lancer dans l’aventure, avait-il tranché, après avoir pourtant été plutôt évasif sur le sujet auparavant. « Moi, je n’ai aucun plan, idée, intention de commercialiser ça », avait déclaré en point de presse celui qui est aussi ministre du Revenu et responsable de la Société des alcools.

« Ce sera au fédéral de vérifier comment commercialiser ça », avait-il ajouté. « Je n’aurai jamais l’obligation de commercialiser [cela] même si ça devient légal, ce n’est pas à l’État québécois de faire ça. » Quant à savoir sur quel réseau de distribution pourra alors compter le fédéral, M. Leitão a tout simplement répondu : « Qu’il s’arrange. »

Le premier ministre Justin Trudeau a déjà suggéré l’établissement d’un partenariat entre le fédéral et les provinces, qui auraient notamment à réglementer la distribution, une fois la drogue légalisée. Le syndicat des employés de la Société des alcools du Québec (SAQ) voyait même d’un bon oeil la possibilité de lancer la société d’État dans ce marché potentiel.

Le premier ministre Justin Trudeau n’a pas mis de temps à réagir aux déclarations du ministre québécois des Finances. En conférence de presse à Ottawa, il a esquivé l’écueil et a de nouveau joué la politique de la main tendue aux provinces et aux municipalités.

« Il y a un certain nombre de choses que le gouvernement peut et doit faire, mais pour la distribution et la vente, on s’attend à travailler avec les provinces et les municipalités, pour s’ajuster de façon à s’aligner avec leurs priorités. »

Ottawa peut en effet changer le cadre législatif, mais il doit compter sur les provinces pour mettre en place une réglementation, à l’instar de la mise en marché des boissons alcoolisées, avait déjà laissé entendre M. Trudeau.

Peu après la victoire de Justin Trudeau aux élections fédérales d’octobre dernier, le premier ministre Philippe Couillard avait affirmé qu’il était en faveur de la décriminalisation de la marijuana, mais qu’il avait des doutes sur sa légalisation. De son côté, quand on lui avait demandé s’il en avait consommé, Carlos Leitão avait répondu : « On a tous eu 18 ans. »

Avec La Presse canadienne

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3 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 12 février 2016 07 h 12

    … 18 ans !

    « On a tous eu 18 ans. » (Carlos Leitão, ministre des Finances, ministre du Revenu, responsable de la Société des alcools, PLQ)

    Oui, bien sûr, tout le monde a eu ou va vers ses 18 ans sauf qu’on-dirait que certaines personnes, « normales » (?), continuent de les avoir, et ce, jusqu’à 40-50-60-70 ans !

    Oui, en effet et de ce qui précède, cette douceur :

    Le jour où Québec, via Ottawa, cautionnera sa légalisation et sa commercialisation, la « mari », made Québec plutôt qu’autrement, risquera d’alimenter les coffres de la Nation québécoise et, par ailleurs (?!?), de lui assurer un éternel …

    … 18 ans ! - 12 fév 2016 -

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 12 février 2016 08 h 56

    Un autre philippe-flop ?

    Je vous dis qu'on ne s'ennnuie pas en suivant les politiques libérales au Québec; elle se suivent sur un même sujet mais ne se ressemblent pas...

  • robert devault - Inscrit 12 février 2016 15 h 15

    S'occuper de ses dossiers !

    Voilà une preuve supplémentaire.
    Un ministre devrait traiter des dossiers spécifiques à sa fonction et rien de plus.
    On évite ainsi les dérapages,les ''bégayages'' auquel notre bon gouvernement libéral nous a habitué à même nos poches (parce que c'est nous qui payons,et chèrement,toutes ces bourdes se traduisant par une perte de temps et en efficacité et,surtout,en crédibilité).
    Un capitaine au gouvernail de ce continuellement chancelant navire libéral serait grandement apprécié.