Philippe Couillard promet un changement de cap majeur

Philippe Couillard dit que la politique énergétique du Québec 2016-2030 imposera le Québec comme un leader mondial de la production en énergie verte.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Philippe Couillard dit que la politique énergétique du Québec 2016-2030 imposera le Québec comme un leader mondial de la production en énergie verte.

En misant sur la « décarbonisation » et l’« innovation », la politique énergétique du Québec 2016-2030 imposera le Québec comme un « leader mondial de la production en énergie verte » — et non seulement en hydroélectricité —, a annoncé le premier ministre Philippe Couillard.

Le gouvernement dévoilera « bientôt » une nouvelle politique énergétique. « [C’est] une page qu’on tourne, et pas qu’on tourne à moitié », a-t-il lancé devant les membres de l’Association québécoise de la production d’énergie renouvelable (AQPER) jeudi.

Éolien, biomasse, etc. : M. Couillard souhaite voir la proportion des énergies renouvelables dans le portefeuille énergique — 46 % à l’heure actuelle — faire un bond. « Nous fixerons des cibles ambitieuses », a-t-il dit après avoir torpillé le projet d’exploitation des hydrocarbures sur l’île d’Anticosti à l’Assemblée nationale.

Le projet de forer des puits, nécessitant de la fracturation hydraulique, sur l’île d’Anticosti est « à sa face même » inconciliable avec les principes de développement durable, a insisté M. Couillard. « On aura les détails, mais il ne s’agit pas d’être diplômé en physique nucléaire pour savoir que de la fracturation hydraulique sur une île de relative petite taille pose un problème technique fondamental », a-t-il fait valoir, montrant du doigt l’absence d’« infrastructures » adéquates pour accueillir des sociétés pétrolières et gazières.

Le chef du gouvernement attend la publication d’une étude hydrogéologie d’experts du ministère de l’Environnement avant de signer la fin des activités d’exploration d’hydrocarbures à Anticosti. M. Couillard soutient qu’il ne fait pas intrusion dans le travail des professionnels de l’État en préjugeant des conclusions de cette étude. « Les fonctionnaires vont suivre les lois et les règlements, mais nous, notre devoir comme gouvernement, c’est de formuler nos orientations », a-t-il dit en marge du caucus libéral.

Les experts du ministère de l’Environnement, qui seront notamment appelés à étudier la demande de certificat d’autorisation de forages, sont imperméables aux sorties antifracturation sur Anticosti de M. Couillard, est d’avis le président du Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ), Richard Perron. « On ne peut pas faire mentir la science. Ces travaux-là vont être menés de façon indépendante et impartiale comme l’exige la Loi sur la fonction publique, a-t-il fait remarquer. Maintenant, ça ne veut pas dire que ce sont des fonctionnaires qui vont décider si oui ou non on va de l’avant avec l’exploitation du pétrole dans l’île d’Anticosti. »

« Pathétique »

M. Couillard a qualifié de « pathétique » et de « pitoyable » la sortie médiatique effectuée par le leader parlementaire caquiste, François Bonnardel, mercredi après-midi. Celui-ci avait brandi la biographie The Man Behind the Bow Tie, dans laquelle Arthur Porter relate une escapade de pêche au saumon sur l’île d’Anticosti avec son partenaire d’affaires Philippe Couillard. Or, M. Couillard a nié une nouvelle fois jeudi avoir mis les pieds sur l’île du golfe du Saint-Laurent.

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, dit « essa[yer] de comprendre ce qui est arrivé pour que M. Couillard soit antidéveloppement d’Anticosti ». Il a suggéré jeudi avant-midi que le chef libéral, grand amateur de pêche au saumon, chercherait à protéger un territoire prisé par les chasseurs et les pêcheurs fortunés. « Ce n’est pas monsieur, madame Tout-le-Monde qui va sur l’île d’Anticosti. On ne peut pas se rendre là à pied. Il y a des chalets pour des gens riches qui vont à la pêche ou à la chasse », a-t-il spécifié.

Contrairement à M. Couillard, il estime que l’île d’Anticosti est « idéale » — ou presque — pour des sociétés pétrolières ou gazières, notamment en raison de sa densité de population quasi nulle. « Si on refuse d’exploiter le gaz ou le pétrole sur Anticosti, je ne vois pas où on va l’exploiter au Québec. »

17 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 12 février 2016 08 h 01

    Fracturation

    N'est-ce pas par fracturation que le gaz sera extrait en Gaspésie ?
    Coudons, y a personne qui a de la mémoire sur la Colline à Québec ???
    Y a un moratoire sur la fracturation au Québec !!! «C’est défendu» !!!
    Ils jouent à quoi ces étourdis ?
    Toutes les fois qu’ils en parlent à la télé, ils montrent l’image du terrain craquelé à la grandeur et «personne» ne fait le lien ?
    Personne ne peut contrôler comment le sol réagira. Le problème n’est pas la technologie, le problème «c’est la Terre».
    C’est vrai… le moratoire, c’est «avant» Couillard, il n’est pas «lié» par cette décision.
    «Avant moi, c’était le néant, après moi, ça le redeviendra», mais… Il va rester Anticosti (qui attire l’attention de tout le monde, pendant que par derrière… les grenouilles grenouillent).

    Les pipelines, la fracturation, et allez hop, tout le monde en place pour un set carré, attachez vos tuques, ça va partir; mettez vos bottes à bouette, le plancher va craquer, la sueur va couler.

    PL

    • Marc Brullemans - Abonné 13 février 2016 21 h 22

      Il existe un moratoire fluvial, mis de l'avant par Nathalie Normandeau en mai 2011 (http://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/,celle-là même qui a ouvert le sous-sol d'Anticosti aux gazières et pétrolières deux ans auparavant, en août 2009 (http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynami mais il n'y a PAS de moratoire sur le gaz de schiste ou sur la fracturation hydraulique sur la terre ferme au Québec. Le bas prix de la ressource et la résistance citoyenne constituent les deux principaux facteurs expliquant le départ des foreuses en territoire québécois. Quant à la Gaspésie et le Bas-St-Laurent, il serait étonnant qu'un gisement soit rentable sans l'utilisation de la fracturation hydraulique.

  • Sylvain Lévesque - Abonné 12 février 2016 08 h 40

    écran de fumée

    Couillard est fin calculateur. Il n'y a pas grand'chose à tirer, dans le contexte économique actuel, à poursuivre une hypothétique ruée vers l'or noir d'Anticosti. Il se sert donc de cette mini cause environnementale (qui à mon avis n'en deviendra jamais vraiment une, que le PM s'en occupe ou pas) pour cacher le vrai projet qu'il tient mordicus à nous passer sous le nez, et qui est immensément plus dommageable en fait de pollution : le pipeline Énergie Est.
    J'espère qu'on ne sera pas dupes de cette soi-disant conversion du PLQ en champion de l'environnement.

    • Claude Bariteau - Abonné 12 février 2016 12 h 15

      Une question me chicotte terriblement.

      La voici.

      En se propulsant le champion poids lourd des énergies vertes, le PM du Québec ne pourra plus tolérer des projets d'exploration, surtout pas d'exploitation des ressources fossiles sur le territoire du Québec.

      Conséquemment, jusqu'en 2050, peut-être plus tard, l'approvisionnement en pétrole nécessaire pour faire la transition entre son recours et le recours aux énergies renouvelables, sera donc celui de l'Alberta, puisque le Canada entend en faire une question nationale même si son coût dépasse allègrement celui sur le marché internationale.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 13 février 2016 06 h 34

      « pas d'exploitation des ressources fossiles sur le territoire du Québec.»
      Ne le savez-vous pas ? Couillard est pour l'exploitation du gaz par fracturation en Gaspésie. Et la fracturation au Québec... c'est défendu.

      PL

  • Marc Durand - Abonné 12 février 2016 08 h 45

    à sa face même, inconciliable

    "Le projet de forer des puits, nécessitant de la fracturation hydraulique, sur l’île d’Anticosti est « à sa face même » inconciliable avec les principes de développement durable" a dit M. Couillard
    Monsieur Couillard dit exactement par ces mots ce que j'ai expliqué dans de multiples mémoires (http://bit.ly/1nOKeIH) et analyses (https://youtu.be/N3AcxxVAzgY).
    Cependant il omet de citer de ses explications le fait indéniable que cet hypothétique pétrole à Anticosti ne pourrait jamais être économiquement (http://bit.ly/1nEsX4Z) exploitable.
    Marc Durand, doct-ing en géologie et géotechnique

  • Jean-Pierre Marcoux - Inscrit 12 février 2016 08 h 53

    Changement de cap ou Girouette

    Dire qu'on fera un changement de cap dans sa politique énergétique pendant qu'on cautionne le projet de pipeline d'Énergie Est et qu'on tente d'empêcher le BAPE de faire son travail, c'est choquant, scandaleux et risible... si on se force à rire plutôt qu'en pleurer.

    À voir le nom du Ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) s'étirer, on croirait qu'il prend plus de place sur le terrain des vaches.

    S'appellera t-il un jour le Ministère du Développement Durable, de l'Environnement, de la Lutte contre les Changements Climatiques, du Pipeline d'Énergie Est et de la pollution des Cours d'Eau du Bassin Versant du Fleuve Saint-Laurent (MDDELCCPÉEPCEBVFSL)???

    Ce n'est pas parce qu'on élasticise à plus finir le nom du défunt Ministère de l'Environnement qu'on le rend efficace. Bien au contraire, me semble t-il.

    Les bottines et les babines doivent s'harmoniser pour le plus grand bien de la collectivité et non pas pour le compte en banque des multinationales pétrolières... entre autre.

    • Sylvain Auclair - Abonné 12 février 2016 12 h 37

      Bassin versant du fleuve Saint-Laurent. Vous abandonneriez le sud de la Gaspésie et le nord de l'Abitibi, ainsi que tout le Nord-du-Québec?

  • Claude Bariteau - Abonné 12 février 2016 09 h 09

    C'est maintenant qu'il faut agir.

    Selon le PM Couillard, bientôt le Québec déposera un plan qui l'imposera comme leader mondial de la production en énergie verte d'ici 2030 avec un objectif de dépasser l'état actuel.

    Or, dans l'immédiat, il urge de décarboniser en stoppant la pression du Canada pour que le Québec appuie TransCanada qui entend doper le monde de pétrole sale et contraindre les automobilistes à recourir à ce pétrole polluant.

    Il me semble alors élémentaire que le Québec s'oppose à cette pression non pas lorsqu'elle sera effective -c'est le cas depuis l'inversion du pipeline qui alimente Suncor et Valéro- mais avant que celui de TransCanada se construise.

    On saura alors que la décarbonisatrion est en cours et non en rêve.

    Il urge aussi d'innover, car les politiques actuelles le font à peine en matière de production de ressources renouvelables et de leur utilisation dans le transport.

    Vouloir devenir un leader implique des gestes maintenant. Ceux annoncés pour Anticosti ne sont pas déterminants et visent un projet d'exploration. Des gestes, par ailleurs, qui impliquent un bris de contrat présageant des compensations pouvant susciter un intérêt chez les constructeurs de pipelines. Pui, dire NON à Anticosti est facile. C'est local. Mais cuûteux par bris de contrat.

    Dire NON aux projets de pipeline est marquer un coupure nette. Avec celui d'inversion, la négociation s'impose même si la décision fut celle du Canada. Dans le deuxième, le NON suffit et il presse même si le PM du Canada entend décider ce qu'il fera au lendemain des élections du Québec. Sois après que le PM les ait dopées par un discours futuriste.

    Puis, il faut dire NON au transport sur les chemins de fer. Ça se fait avec l'appui d ela population. Mais c'est plus facile lorsqu'on est un pays. Idem pour les bateaux qui transportent ce pétrole.

    Sans ces gestes miantenant, cette annonce a tout d'une entourloupette somniférique.