Le ministre Blais ouvre la porte à un nouvel assouplissement

Des dizaines de manifestations ont eu lieu mercredi au Québec pour dénoncer les mesures du projet de loi 70.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des dizaines de manifestations ont eu lieu mercredi au Québec pour dénoncer les mesures du projet de loi 70.

Le nouveau ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais, a une fois de plus contredit son prédécesseur Sam Hamad à propos de la réforme de l’aide sociale quand il a suggéré, mercredi, que les pénalités ne soient pas aussi sévères que prévu.

Après le passage de la Coalition des organismes communautaires pour le développement de la main-d’oeuvre devant la commission parlementaire sur le projet de loi 70, le ministre Blais a voulu « tester une idée » bien différente de celle qui est proposée dans la pièce législative.

Cette dernière prévoit qu’en vertu du programme Objectif emploi, un prestataire de l’aide sociale soit « tenu d’accepter tout emploi convenable qui lui est offert » et ait à maintenir son lien d’emploi pendant deux ans, sous peine de pénalité. « Je voudrais peut-être tester une idée bien simple avec vous : est-ce qu’on ne pourrait pas rendre obligatoire une rencontre ? Peut-être une seule rencontre, sous risque de pénalité », a suggéré le ministre après la présentation de la Coalition. Un prestataire qui refuserait de participer à cette rencontre serait pénalisé : sa prestation d’aide sociale serait amputée.

Utilisation des services

Le maintien de la pénalité assurerait une meilleure fréquentation des organismes d’aide aux personnes sans emploi, selon le ministre. « Ils ne fréquentent pas vos organismes et quand ils y vont, ils y vont pour un court laps de temps », a-t-il dit à propos des personnes sans emploi, en ajoutant que les organismes communautaires pourraient faire beaucoup pour aider les jeunes à la recherche d’un travail.

Ce n’est pas la première fois que François Blais prend ses distances par rapport au projet de loi présenté par son prédécesseur, Sam Hamad. Mardi, il a affirmé qu’un nouveau demandeur d’aide sociale ne serait pas obligé de déménager si on lui offre un emploi « convenable » qui est loin de la maison. Il a aussi déclaré que les personnes planifiant un retour aux études, et non plus seulement celles qui prévoient retourner travailler, pourraient toucher l’allocation prévue pour les participants du programme Objectif emploi.

Manifestations

En parallèle des consultations sur le projet de loi, les membres de 200 organismes ont bravé le froid et la neige pour organiser des marches un peu partout au Québec, notamment à Montréal. Tous ces groupes avaient le même message, répété maintes fois au cours des dernières semaines : les plus démunis de la société risquent de souffrir des pénalités proposées par la réforme.

Les itinérants risquent d’écoper, estime Anne Bonnefont, organisatrice communautaire au Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal. Ces personnes, parmi les plus poquées, « ne pourraient sans doute pas répondre aux exigences du programme », estime-t-elle.

Les femmes sont aussi parmi les victimes potentielles du projet de loi 70, estime la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes. « Nous assistons progressivement à la déstructuration du filet social que le Québec a mis 60 ans à bâtir. Le gouvernement du Québec est à revoir le fondement même de ses politiques sociales et cela ne se fait pas sans heurts. Ce projet de loi constitue une attaque grave aux droits de la personne, et précariserait davantage la situation de personnes souvent très vulnérables », a indiqué la FMHF dans un communiqué.

Le ministre François Blais a répété mercredi être ouvert aux compromis, notamment au sujet des pénalités pour les demandeurs qui ne suivent pas les programmes du ministère. « Je suis très ouvert à la discussion, je l’ai dit. Si on peut démontrer que ce n’est pas nécessaire, qu’on peut avoir de très bons résultats sans pénalités, je suis très ouvert. Mais pour le moment, on ne nous l’a pas montré », a-t-il dit.