Couillard se défend de s’ingérer politiquement dans le processus

La semaine dernière, M. Couillard avait signifié son intention de tout faire pour empêcher ces fracturations hydrauliques sur cette île du golfe Saint-Laurent.<br />
Photo: Alexandre Shields Le Devoir La semaine dernière, M. Couillard avait signifié son intention de tout faire pour empêcher ces fracturations hydrauliques sur cette île du golfe Saint-Laurent.

Les fonctionnaires obéiront aux ordres du gouvernement lorsqu’ils se prononceront sur les demandes d’autorisations pour les forages pétroliers de l’île d’Anticosti, a déclaré, mardi, le premier ministre Philippe Couillard.

La semaine dernière, M. Couillard avait signifié son intention de tout faire pour empêcher ces fracturations hydrauliques sur cette île du golfe Saint-Laurent.

Questionné sur le poids de ses déclarations dans l’analyse qui sera faite des impacts environnementaux, M. Couillard a expliqué que les fonctionnaires impliqués dans le dossier devront en tenir compte.

« Ils feront ce qu’on leur dira », a-t-il dit dans un point de presse.

À l’Assemblée nationale, avant une réunion de ses députés, M. Couillard s’est défendu de s’ingérer dans un processus administratif entre les mains des fonctionnaires.

« C’est bien la moindre des choses pour les générations suivantes et la population du Québec qu’on porte un soin particulier à ce milieu naturel », a-t-il dit.

Étude hydrogéologique

Le premier ministre a répété qu’il attendait précisément les résultats d’une étude hydrogéologique effectuée à Anticosti par le ministère de l’Environnement.

« C’est clair qu’on va être excessivement attentifs aux résultats des études sur l’eau », a-t-il dit.

Selon le premier ministre, à défaut de s’être ainsi prononcé contre les forages hydrauliques, une méthode controversée nécessitant l’utilisation de produits chimiques, les médias l’auraient accusé d’avoir un biais favorable à l’industrie pétrolière.

« Si je restais passif devant une telle agression envers un milieu naturel du Québec, on me blâmerait d’être au service de l’industrie pétrolière, a-t-il dit aux journalistes. Les mêmes questions, les mêmes personnes ici me diraient : comment se fait-il que vous permettez ça ? »

Le gouvernement québécois est partenaire dans l’exploration des hydrocarbures de schiste contenus dans le sous-sol de l’île d’Anticosti.

Au cours des dernières semaines, M. Couillard a multiplié les déclarations pour se dissocier du projet, ratifié par le précédent gouvernement péquiste, en 2014, mais initié alors que les libéraux étaient au pouvoir, en 2012.

Contexte actuel

L’échéancier des travaux d’exploration prévoyait que la décision d’amorcer la deuxième phase d’exploration avec fracturation hydraulique dans trois puits serait prise au début de cette année.

Le ministre de l’Environnement, David Heurtel, a confirmé mardi que ses fonctionnaires auront à décider si la fracturation hydraulique est autorisée sur Anticosti, à la lumière des résultats d’une étude hydrogéologique.

« Dans le contexte actuel, elle est faite par une firme indépendante et il n’y a aucune forme d’ingérence politique dans ce processus », a-t-il dit.

Le ministre des Ressources naturelles, Pierre Arcand, a affirmé que « le certificat d’autorisation en environnement était tout à fait indépendant de la question politique ».

M. Arcand a expliqué que les résultats de cette étude permettront d’avoir un portrait des impacts sur les ressources hydriques.

« Si en cours de route, il y a un problème relié à l’eau, c’est clair qu’on n’ira pas faire de la fracturation », a-t-il dit.

La semaine dernière, M. Arcand avait affirmé qu’une filiale de la société d’État Investissement Québec avait agi sans avertir le gouvernement libéral en concluant une lettre d’intention, en 2012, avec des entreprises d’exploration sur l’île.

Le ministre des Transports Jacques Daoust, qui dirigeait Investissement Québec à cette époque, ignorait également cette initiative.

« On intervient quand la transaction se fait, à ce moment-là ça va plus haut, mais à cette étape-là je n’étais pas au courant », a-t-il dit.

Selon M. Daoust, la filiale Ressources Québec n’avait pas à informer le gouvernement pour une simple lettre d’intention.

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5 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 9 février 2016 20 h 45

    Suivre les processus.

    Il me semble que Philippe Couillard parle trop du dossier d'Anticosti. Certes les fonctionnaires doivent exécuter les décisions du politique, mais ce dernier doit aussi suivre, sans intervenir, les règles qu'il a lui-même mises en place.

    M.L.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 10 février 2016 08 h 15

      Autrement dit, vous remarquez vous aussi que «Les fonctionnaires feront ce qu'ils ont à faire» et «Ils feront ce que nous leur dirons» envoie un message légèrement «confus» au minimum et complètement «opposé» à sa face même.

      Et c’est ce «genre» de Premier ministre que nous choisissons. Là… c’est moi qui suis «confus». Y a des gens qui «n’écoutent pas ce qu’ils entendent».

      Mais il n’est pas à sa première contradiction, c’est avec des contradictions qu’il a commencé son «règne». Vous vous souvenez «Nous sommes le seul peuple homogène en Amérique du nord» ? Moi… je ne l’ai pas oublié, ni pardonné et il ne me donne aucune raison de le faire, il récidive trop souvent; au point où ça devient un «modus operandi». On ne peut même pas croire le contraire de ce qu’il dit puisqu’il dit «les deux».
      Nous faisons affaire avec une couleuvre académique.

      PL

  • Marie-Josée Blondin - Inscrite 9 février 2016 21 h 11

    Anticosti, c'est juste la pointe de l'iceberg comparativement à ce qui se prépare et ce qui nous attend au Québec

    « C’est bien la moindre des choses pour les générations suivantes et la population du Québec qu’on porte un soin particulier à ce milieu naturel », a-t-il dit. C'est ce qu'on appelle se faire facilement du capital politique à partir d'Anticosti.

    Quelle hypocrisie de la part du PM Couillard! Pourquoi ne défend-il pas avec la même insistance le territoire québécois contre l'exploitation des hydrocarbures? Sa position est illogique et incohérente. C'est 8 millions de Québécois qui vivent sur un territoire sur lequel pèsent les risques de contamination toxique avec l'exploitation des hydrocarbures (pétrole et gaz de schiste) et le transport pétrolier. La population n'a-t-elle pas droit autant que les chevreuils d'Anticosti à une qualité de vie et à la préservation notamment de son eau potable, de ses terres agricoles, etc.?

    Plus j'entends les déclarations contradictoires de ce PM, plus je me dis qu'il est dangereux, qu'il ne sait pas où il s'en va ni où il nous emmène tous et chacun aveuglément, en nous précipitant dans l'abîme. C'est typiquement la représentation de la Parabole des aveugles (1568) du peintre Brueghel l'Ancien.

  • Yvon Beaudoin - Abonné 10 février 2016 05 h 42

    Diversion

    Le PLQ se montre intransigeant sur Anticosti parce que Le PQ a signé l'entente avec Petrolia. Également, Cela fait oublier au québécois la complaisance manifeste envers Énergie-Est. En ne faisant rien dans ce dossier et en n'ayant aucune exigence, il attend patiemment la décision de l'office national de l'énergie (ONE) pour faire porter l'odieux de l'approbation à l'ONE. Il fait le jeu des gens d'affaire et allié indéfectible du PLQ qui veulent ardemment que ce projet se fasse sans égard aux risques. Gageons qu'en coulisse, une armée de relationniste travaille sur une stratégie de communication en vue de contrer les effets néfastes d'une telle décision d'approuver le projet. Si l'acceptation du projet ne met pas en péril la réélection, le PLQ ne fera rien pour l'arrêter.

  • Pierre Valois - Abonné 10 février 2016 08 h 01

    Si Anticosti était une province...

    Diable que nous serions bien défendus contre les visées du Fédéral si la Province devenait, du jour au lendemain, un Anticosti.

    Il faut comprendre qu'une île a droit à plus de défense qu'une province toute entière.