Le contrat de 64 millions est une forme de collusion, selon Khadir

Amir Khadir est scandalisé par le fait que la pratique du contrat de gré à gré a encore cours, dans le Québec d’après la Commission Charbonneau, après qu’elle eut été dénoncée de toutes parts.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Amir Khadir est scandalisé par le fait que la pratique du contrat de gré à gré a encore cours, dans le Québec d’après la Commission Charbonneau, après qu’elle eut été dénoncée de toutes parts.

L’attribution sans appel d’offres par le gouvernement d’un contrat de plus de 64 millions dans le domaine de la santé constitue un geste « ahurissant » qui ne « sent pas bon », selon Québec solidaire.

Le député Amir Khadir estime qu’il s’agit ni plus ni moins que d’une forme de collusion entre des affairistes et le pouvoir public, une manoeuvre qui lui donne la nausée, selon ses termes.

Le gouvernement Couillard a annoncé mercredi son intention de procéder de gré à gré dans l’attribution de ce contrat de 64,5 millions en vue d’une réforme du financement des établissements du réseau de la santé.

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a déclaré que ce mandat servira aux travaux préliminaires à l’instauration d’un financement à l’acte, calculé à partir du volume d’activité des établissements. L’analyse de ces données servira à établir le budget qui sera alloué aux hôpitaux, cliniques et autres points de service pour leurs diverses interventions.

En raison de la nécessité de procéder rapidement, l’entreprise Logibec est la seule option envisageable pour analyser les coûts des divers soins de santé, selon un document.


Khadir sceptique
 

En entrevue à La Presse canadienne, jeudi, Amir Khadir a affirmé qu’il ne croit pas cette explication. Lui-même spécialiste en microbiologie et infectiologie, il a dit ne pas connaître cette entreprise, mais il doute que ce soit la seule à pouvoir faire ce travail.

« On va faire nos recherches, parce que ça ne sent pas bon cette affaire-là », a-t-il déclaré dans une entrevue téléphonique. Interrogé à savoir s’il s’agissait d’une forme de collusion, il a répondu : « Oui ».

« S’il y a une conclusion à tirer de cinq ans, six ans, de lutte à la corruption, due à la trop grande proximité des affairistes et du pouvoir public, c’est qu’on ne peut pas faire ça, et là, le ministre de la Santé fait ça », a-t-il dit.

M. Khadir est scandalisé par le fait que la pratique du contrat de gré à gré a encore cours, dans le Québec d’après la Commission Charbonneau, après qu’elle eut été dénoncée de toutes parts.

« C’est ahurissant. Cela donne le haut-le-coeur de voir que le gouvernement traite avec légèreté ces questions, qu’on attribue des contrats de plusieurs dizaines de millions de dollars de gré à gré, pour mieux privatiser le système de santé, auquel les gens tiennent », a-t-il dit.

Car M. Khadir est convaincu qu’à terme, la démarche d’étalonnage qui sera menée par l’entreprise conduira à la privatisation de certains soins. Le passage au mode de financement à l’acte poussera les hôpitaux à sélectionner des patients, à choisir des soins et des activités qui sont rentables pour eux, mais pas nécessairement des activités qui sont bénéfiques à l’ensemble de la population, a-t-il argué.

De surcroît cela encouragera le surtraitement et résultera en une bureaucratie énorme, les mêmes « anomalies » que le paiement à l’acte chez les médecins, a poursuivi le député de QS. Les cliniques privées finiront ainsi par hériter des cas simples et payants, a prédit M. Khadir.

« Ce n’est pas parce que M. Couillard et les capitalistes veulent détruire le système de santé public. L’investissement, les capitaux sont en mal de débouchés. Les capitalistes salivent à l’idée de pouvoir entrer dans des marchés de services, mais les Canadiens sont attachés à leur système public, ils ne peuvent donc le faire à visière levée, ils ont besoin d’asphyxier le système de santé public, l’engluer dans des problèmes et des dérives administratives et les gens seront ensuite ouverts à la possibilité de privatiser », a-t-il dit.


Barrette se défend
 

Le ministre Gaétan Barrette a défendu ses choix, jeudi, en marge d’une réunion des élus libéraux en vue de préparer la rentrée parlementaire de la semaine prochaine. Le gouvernement a procédé par « avis d’intention » plutôt que par appel d’offres, parce qu’il estime qu’une seule entreprise possède cette expertise, mais d’autres pourront se manifester, a-t-il expliqué.

« On constate que sur le marché, il n’y a personne d’autre qui est capable de faire ça, sauf cette compagnie, a-t-il dit en point de presse. Malgré tout, on dit aux gens du marché : si vous pensez être capables de le faire, peut-être qu’on fera un appel d’offres. »

Actuellement, l’entreprise Logibec remplit déjà le même mandat dans 30 % du réseau.

LE COURRIER DE LA COLLINE

Nouvelle infolettre

Chaque jeudi, l'équipe du Devoir à Québec résume l'essentiel de la semaine parlementaire. Retrouvez aussi la note de Michel David, notre chroniqueur politique. Inscrivez-vous, c'est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

8 commentaires
  • Robert Beauchamp - Abonné 4 février 2016 17 h 54

    L'expertise

    C'est reconnu que le PLQ possède une expertise inégalée dans le gré à gré. Tu me grèyes et je te grèyes.

    • Jacques Patenaude - Abonné 4 février 2016 20 h 38

      Maintenant qu'on a des surplus aussi bien les distribuer......aux ti'zamis...

  • Colette Pagé - Inscrite 4 février 2016 21 h 59

    Une seule firme à détenir l'expertise ?

    La meilleure façon de savoir si des firmes sont intéressées ne serait-ce pas d'aller en soumission ? Il est tellement facile de considérer qu'une seule firme détient cette expertise. Cette façon de faire laisse un goût amer et soulève beaucoup de scepticisme .

    • Louis Fallu - Abonné 5 février 2016 10 h 28

      À mon avis, vous êtes trop poli .

  • Denis Paquette - Abonné 5 février 2016 02 h 12

    Mais toujours le même client

    Quand on fait parti des nouveaux prédateurs il y a plusieurs choses que l'on sait, et qu'on est les seuls a savoir , n'est ce pas la leçon du copain de monsieur Couillard. n'avons nous pas l'habitude de dire il y a plusieurs chemins qui mènent a Rome mais c'est toujours le meme client qui paie

  • Gaston Bourdages - Abonné 5 février 2016 04 h 15

    44.7M$ plus tard....

    ...c'est juste 23.3M$ de plus que ce qu'a coûté l'efficace Commission Charbonneau!
    Est-ce bien de nos argents dont ils s'agit ?
    N'y a-t-il pas quelqu'un.e qui, dans l'Histoire, a un jour, parlé des «coch..., payeurs de taxes»?
    Vaste monde que celui de la conscience !
    Dans quel état de santé ?
    Conscience(s) individuelle(s) et collective(s).
    Mercis monsieur Khadir.
    Quant à monsieur Barrette et membres de son entourage: «C'est quoi, au plus juste, La Commission Charbonneau?»
    Gaston Bourdages,
    Auteur
    Saint-Mathieu-de-Rioux, Qc.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 5 février 2016 07 h 07

    L'État faciliteur de certaines affaires ou le renard dans un poulailler laissé ouvert pendant la nuit...

    Logibec étant déjà dans la place avec un mandat équivalant à étudier 30% du réseau, il lui a été facile de persuader le gouvernement de la nécessité de continuer son oeuvre, comme elle le voulait, avec qui elle le voulait et surtout qu'elle était la seule à pouvoir maîtriser l'ensemble de l'oeuvre. Nous voulons continuer et développer nos affaires, a-t-elle dit, et bien continuez voyons lui a-t-on répondu. Cette entreprise n'a probablement même pas eu besoin d'enregistrer de lobbystes! Ce débat du mode de financement des soins de santé étant fort ancien, le gouvernement a eu tout le temps requis pour se donner l'expertise interne susceptible de l'aider à rédiger le meilleur appel d'offres publiques possible? À défaut, il aurait pu s'adresser au monde collégial et universitaire de l'enseignement et de la recherche, un monde probablement moins en conflit d'intérêt que l'entreprise retenue de gré à gré. Une meilleure et plus transparente administration des fonds publics aurait au moins permis de compléter un véritable appel d'offres publiques dit par invitations. Ce sera un autre contrat de gré à gré dispendieux et sans fin, le tout dans le plus grand secret quant aux paramètres à partir desquels les conclusions seront données...Une autre guerre de chiffres à venir... L'État facilite réellement les affaires...