Québec rachète des actifs de Cliffs Resources au coût de 68 millions

Les installations dont Québec vient de se porter acquéreur sont situées dans le secteur de Pointe-Noire, à Sept-Îles.<br />
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Les installations dont Québec vient de se porter acquéreur sont situées dans le secteur de Pointe-Noire, à Sept-Îles.

Le gouvernement du Québec devrait injecter jusqu’à 68 millions de dollars afin de racheter des actifs de la minière en faillite Cliffs Natural Resources, à Sept-Îles. La Cour supérieure a en effet accepté l’offre de Québec lundi. Le gouvernement injecte donc de nouveau des millions de dollars pour tenter de relancer le Plan Nord libéral.

Le gouvernement Couillard avait annoncé en janvier son intention d’investir, par l’entremise de la Société du Plan Nord, jusqu’à 68 millions de dollars dans une société en commandite « afin d’acquérir les terrains, les équipements et les droits liés aux opérations ferroviaires, d’entreposage, de bouletage et de transbordement ». Ces installations sont situées sur le territoire de Sept-Îles, essentiellement dans un secteur longeant la baie et appelé Pointe-Noire.

Comme Cliffs Natural Resources s’est placée sous la protection de la loi sur les arrangements avec les créanciers en janvier 2015, toutes les transactions doivent être approuvées par le tribunal. C’est ce qui a été confirmé lundi.

« Notre gouvernement mise sur cette acquisition pour permettre aux infrastructures donnant accès au port de Sept-Îles de servir pleinement au développement et à l’activité économique de la région, mais également pour stimuler l’essor d’une partie importante du territoire du Plan Nord », a alors fait valoir le ministre des Ressources naturelles et ministre responsable du Plan Nord, Pierre Arcand.

Un quai pour Tata ?

Selon ce qu’a déjà fait valoir le gouvernement Couillard, les installations de Pointe-Noire pourraient être utilisées à terme par des minières qui exploitent du minerai de fer, notamment dans la région de la fosse du Labrador. C’est le cas de Tata Steel Minerals Canada, une minière contrôlée par le géant indien Tata. L’entreprise a d’ailleurs trois lobbyistes actifs inscrits au registre québécois afin de faire valoir des demandes liées à l’accès aux infrastructures portuaires.

Ces demandes sont formulées dans le cadre du développement d’un important projet de mine de fer situé à Schefferville. D’ailleurs, le gouvernement Couillard a annoncé le mois dernier son intention d’investir des fonds publics dans le projet de Tata Steel. Québec n’a toutefois pas précisé combien de millions de dollars seraient injectés dans le projet. Les chiffres seront donnés d’ici au 31 mars.

L’entente prévoit également d’établir des conditions « mutuellement favorables » aux activités de manutention et d’expédition de la production de Tata Steel par les installations portuaires de la Pointe-Noire à Sept-Îles.

Déversement en 2013

Quant aux installations industrielles de Cliffs à Sept-Îles, elles avaient fait les manchettes en 2013, à la suite du déversement de plus de 5000 litres de mazout dans les eaux du golfe du Saint-Laurent.

Au total, 450 000 litres avaient fui d’un réservoir appartenant à la minière, qui négocie aujourd’hui la liquidation de ses actifs. Le Devoir a demandé lundi à Investissement Québec si le gouvernement devra débourser des fonds supplémentaires pour une éventuelle décontamination du site. Au moment d’écrire ces lignes, Le Devoir n’avait pas reçu de réponse de la société d’État.

Par ailleurs, la Cour supérieure a approuvé la semaine dernière l’offre d’achat de 10,5 millions de dollars pour la mine de fer du lac Bloom, offre présentée par l’entreprise Champion Iron Limited. L’acquéreur aurait aussi signifié son intention d’assumer la restauration du site, dont les coûts sont évalués à 42 millions de dollars.

Lorsque Cliffs s’est placée sous la protection des tribunaux, en 2015, après avoir stoppé ses opérations, 500 personnes travaillaient à la mine du lac Bloom.

C’est dans ce contexte de mauvaises nouvelles que le gouvernement Couillard cherche à relancer son Plan Nord, dans la foulée des intentions formulées l’an dernier.

Mais pour la Coalition Québec meilleure mine, les investissements de fonds publics ne sont pas pour autant judicieux, surtout « dans un contexte d’austérité budgétaire ». « Le gouvernement a gaspillé des dizaines de millions de dollars dans des projets douteux, dont au moins trois — Québec Lithium, Cliff Natural Resources et Mine Arnaud — ont arrêté leurs opérations ou sont sur la glace pour cause d’absence de rentabilité, des pertes qui s’ajoutent au milliard de dollars nécessaires pour la restauration des sites miniers abandonnés », souligne ainsi Ugo Lapointe, qui y voit un « gaspillage » de fonds publics.

Le projet Mine Arnaud, à Sept-Îles, peine en effet à démarrer, même s’il a reçu le feu vert du gouvernement en mars 2015. Québec est toujours à la recherche d’investisseurs pour financer le projet promis aux gens de Sept-Îles, mais aussi pour acheter la production de la future mine à ciel ouvert.

4 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 1 février 2016 17 h 13

    Un bon investissement ou un cadeau aux petits amis

    Que vale les actifs par rapport a la valeur réelle des actifs , est-ce un bon investissement ou de racheter les investissements des petits amis, c'est tellement nous de jouer aux quéteux a cheval comme on disait anciennement.

  • Normand Renaud - Inscrit 1 février 2016 21 h 12

    Acquérir

    Reprendre possession du fonds de terre, opérations ferroviaires et accès au port, nous ouvre les portes sur la gestion de nos ressources.
    Quant au prix, je ne suis pas dans le secret de la valeur, mais l'ouverture sur un port à l'embouchure de la mer, n'est pas rien.
    La politique est aussi statégie géographique.
    Reste à avoir un accès-port dans l'artique, enjeu important pour la voie de commerce nordique.

  • Yvon Beaudoin - Abonné 2 février 2016 05 h 36

    Où va aller l'argent?

    L'entreprise étant en faillite, où va aller l'argent? Agis-t-on rapidement pour rembourser des entreprises ... libérales ...à même les fonds publics...

  • Bernard Terreault - Abonné 2 février 2016 09 h 50

    Si au mois le PLQ était consistant

    On aurait pu s'attendre du PLQ qu'il s'abstienne d'interventionnisme économique ponctuel, ciblé, qui peut mener à un gaspillage de fonds publics dans des entreprises perdantes -- un comportement qu'on a reproché au PQ,et contraire à la rigueur prônée par MM. Coiteux et Leitao. Mais voilà, ils récidivent par électoralisme.