Le nouveau combat de Virginie Larivière

Virginie Larivière
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Virginie Larivière

Au début des années 1990, la jeune Virginie Larivière lançait un débat national sur la violence à la télévision à la suite du meurtre de sa soeur, Marie-Ève. Plus de 20 ans plus tard, on la retrouve dans un nouveau combat qui, selon ses dires, est encore plus difficile à mener que le premier : la lutte contre la pauvreté.

La semaine dernière, en commission parlementaire, elle est venue plaider la cause du Collectif pour un Québec sans pauvreté. Son but : convaincre Sam Hamad (alors ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, mais président du Conseil du Trésor depuis jeudi) de retirer les sanctions visant les assistés sociaux dans le projet de loi 70. « Ça fait deux ans et demi que je suis au Collectif et j’en suis rendue à ma troisième réforme sur l’aide sociale. On s’acharne sur les pauvres », s’indigne-t-elle lors d’une rencontre deux jours plus tard.

Avant d’arriver au Collectif, elle faisait de la recherche dans le Grand Nord auprès des Inuits et des Cris. Plus jeune, elle a voulu être comédienne. « J’ai un peu galéré », résume-t-elle. Sa maîtrise en science politique dans le Nord portait sur l’impact social du réchauffement climatique, sujet qui la passionne toujours. Or le financement du projet de recherche a été coupé. Il a fallu se réinventer. « J’ai appris assez jeune à ne pas trop planifier, dit-elle l’air sérieux. La vie nous apprend que ça ne se passe pas toujours comme on voudrait. »

L’allusion est évidente. Elle parle de sa soeur, Marie-Ève, assassinée à l’âge de 11 ans. Dans les mois suivant le drame, la jeune Virginie avait réussi à récolter pas moins de 1,5 million de signatures pour sa pétition contre la violence à la télévision.

Or son militantisme de l’époque était bien différent de celui d’aujourd’hui. « J’avais 13 ans. La pétition, c’était une réaction à quelque chose d’incroyablement violent. Il n’y avait pas de stratégie, explique-t-elle. Ça m’a révélée à moi-même. Avant, j’étais plutôt introvertie. C’était ma soeur la tempête, l’extravertie. »

 

Le deuil et le temps

L’expérience l’a-t-elle aidée à faire son deuil ? « Ça nous a certainement occupés. Mentalement et physiquement. Ça permettait aussi de donner un sens à ce qui n’en avait pas. […] Au-delà de ça, je porte encore ce deuil-là. On dit “faire son deuil” comme si on dit “faire un lit”. Mais ce n’est pas une action qu’on peut cocher dans une liste. Ça ne finit jamais. Le deuil, il est toujours à côté de toi. »

Le meurtrier de Marie-Ève n’a jamais été retrouvé. À l’époque, des commentateurs, dont Richard Martineau, lui avaient reproché de ne pas s’en prendre à la bonne cible. Qu’en pense-t-elle aujourd’hui ? « Les gens questionnaient beaucoup le lien que je faisais entre le meurtre de ma soeur et la violence à la télé. Or je n’ai jamais prétendu que la télévision était responsable du meurtre de ma soeur », répond-elle.

« À l’époque, la plus grande violence dont j’avais été témoin provenait de la télévision. Mes parents m’avaient sensibilisée à ça en nous empêchant d’écouter n’importe quoi. J’ai fait un pas en avant qui n’était pas intellectualisé », dit-elle.

Elle ajoute que la violence sur les écrans la préoccupe toujours, mais n’a pas d’opinion claire sur ce qui devrait être fait. Depuis, il y a eu Internet, l’explosion de la pornographie en ligne… « Disons que ça me semble beaucoup plus complexe que ça me semblait en 1992 », résume-t-elle.

Pourquoi ne pas avoir continué après comme Pierre-Hugues Boisvenu par exemple ? Elle répond que l’organisation de M. Boisvenu est « importante », qu’il l’avait même contactée au début de la vingtaine pour qu’elle en soit la porte-parole. « Mais je ne voulais pas juste être “la soeur de”. Je n’avais pas envie d’en parler tous les jours toute ma vie. »

Malgré l’expérience incroyable qu’elle a acquise à l’époque, le métier de porte-parole la stresse encore. Elle trouve même son combat actuel plus difficile à mener que l’autre. « On excuse tout chez une adolescente de 13 ans », observe-t-elle en ajoutant que « la question de la violence à la télé, il y avait quelque chose de très consensuel là-dedans. Il n’y avait pas d’opposition ».

Or « la question de la pauvreté, ce n’est vraiment pas gagné ». L’opinion publique est très partagée, se désole-t-elle. Elle parle de la « déferlante » de gens sur les tribunes téléphoniques des radios qui disent « connaître des BS » qui « travaillent au noir et sont vraiment confortables. […] Les gens ont l’impression que les assistés sociaux vivent des largesses de l’État, que ce sont des profiteurs, des paresseux. Il n’y a personne qui est à l’abri de tomber sur l’aide sociale. Per-son-ne. La chance ne se distribue pas également et partout de la même façon ».

Elle en sait quelque chose. « Chez nous, on n’était pas riches. Ma mère a été sur le bien-être social pendant quelques années quand elle a divorcé. Je n’ai manqué de rien, mais ce n’est pas une réalité éloignée de moi. »

De Sam Hamad à François Blais

Pour elle, être pauvre, c’est « être exclu ». « C’est dur sur le corps. Avec 620 $ par mois, ce n’est pas possible de se faire coiffer, d’inviter des amis à souper. » La triste réalité des autochtones du Nord est venue renforcer ses convictions, son indignation.

Le lendemain de son passage en commission parlementaire, Sam Hamad a été nommé au Conseil du Trésor. Le premier ministre Philippe Couillard a donné à François Blais le mandat d’évaluer la pertinence du revenu minimum garanti, formule très prisée par le Collectif.

S’en réjouit-elle ? « En soi, c’est une bonne nouvelle parce qu’on en parle [du revenu minimum garanti]. Quant à savoir si on l’appliquerait de la même manière que M. Blais, c’est une autre histoire », fait-elle remarquer. Elle rappelle que François Blais retrouve les fonctions qu’il a occupées d’avril 2014 à février 2015. Il n’a donc délaissé le dossier de l’aide sociale qu’un an et qu’il est « difficile de penser que le projet de loi 70 ne vient pas de ses cartons ».

Virginie Larivière en 5 dates

4 octobre 1978 Naissance à Sorel, grandit à Saint-Polycarpe, en Montérégie

7 mars 1992 Viol et meurtre de sa soeur, Marie-Ève, à l’âge de 11 ans

18 novembre 1992 Lancement de la pétition pour que le gouvernement légifère contre la violence à la télévision

2009 Recherche au Nunavik sur l’impact social du réchauffement climatique

Septembre 2013 Embauche comme porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté