Soupir de soulagement collectif

Le milieu québécois de l’éducation a poussé un soupir de soulagement collectif, jeudi, après l’éjection de François Blais et son remplacement par Pierre Moreau. Mais si l’arrivée d’un ministre plus accessible est saluée, les questions entourant l’avenir de la réforme des commissions scolaires demeurent entières.

L’arrivée d’un cinquième ministre de l’Éducation en cinq ans aurait pu agacer les intervenants de ce secteur. Mais après douze mois des plus difficiles dans la relation entre Québec et le milieu de l’éducation primaire, secondaire et postsecondaire, on accueille à bras ouverts ce nouvel interlocuteur.

« M. Moreau est un homme réputé pour sa rigueur dans sa gestion des dossiers. Je lui tends la main. Si on pouvait se parler sur un ton positif, ce serait extraordinaire. Je souhaite aussi qu’on ait droit à une vision claire de la part du ministre pour l’Éducation », a commenté la présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec, Josée Bouchard, en formulant le souhait que soit abandonné le projet de loi 86 sur la réforme des commissions scolaires, qui abolit notamment les élections au suffrage universel des commissaires. « Ce dont on a besoin au Québec, c’est d’un ministre de l’Éducation solide, qui ne va pas s’attarder qu’à de petites mesures populistes, mais qui va vraiment avoir une véritable vision pour l’éducation et pour la réussite scolaire. On a des défis extraordinaires », a-t-elle ajouté.

L’étude du projet de loi devait commencer jeudi, mais a été repoussée à vendredi, puis finalement d’une dizaine de jours pour que le ministre puisse prendre connaissance du dossier.

Du côté de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), dont les 35 000 membres demeurent sans convention collective, on espère que ce remaniement sera le bon. Le président, Sylvain Mallette, demande lui aussi le retrait du projet de loi 86. Mais les ardeurs des opposants à la réforme des commissions scolaires pourraient être refroidies par la déclaration du premier ministre, jeudi matin à Québec.

Le ministre Pierre Moreau « poursuivra le travail amorcé par son prédécesseur dans le but de redonner plus de pouvoirs à l’école, aux parents et aux enseignants, afin que nos enfants réussissent encore mieux », a-t-il notamment déclaré.

Du côté de l’enseignement supérieur, la nouvelle est également accueillie avec prudence.

La Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) salue le changement de chaise au ministère de l’Éducation, mais somme le nouveau ministre de s’engager à maintenir le réseau collégial. Le ministre Moreau avait ouvertement remis en question la pertinence des cégeps dans le cadre du premier débat à la chefferie du Parti libéral du Québec, en 2013. « Les étudiants collégiaux sont inquiets de ces déclarations passées. Nous lui demandons simplement de recadrer sa pensée dès aujourd’hui », affirme Antoine Côté, président de la FECQ.

De son côté, l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE), qui regrouperait près de 70 000 membres dans les cégeps et les universités du Québec, n’a pas offert de commentaire.

Victime d’un malaise, M. Moreau n’a pas été en mesure de répondre aux questions des journalistes jeudi. Son état de santé ne poserait aucune inquiétude.

3 commentaires
  • Patrick Daganaud - Abonné 29 janvier 2016 07 h 23

    Il s'impose plus que de la prudence!

    L'annonce du ministre de l'Éducation, Pierre Moreau, selon laquelle il « poursuivra le travail amorcé par son prédécesseur dans le but de redonner plus de pouvoirs à l’école, aux parents et aux enseignants, afin que nos enfants réussissent encore mieux. » invite à la plus grande prudence :

    1-Dans le cercle libéral, le seul modèle de « redressement » du réseau scolaire public est le modèle de l'école privée, ségréguée et exclusive. Il est issu des forges du forum libéral sur l'avenir (élitiste) de l'éducation. Son manifeste est très révélateur de l'absence de toute vision systémique.

    2-Dans l'incorporation de ce modèle à la structure du MÉESR , ce n'est pas la décentralisation qui prévaut, mais ses apparences. De fait, les pouvoirs sont recentralisés, comme en santé, entre les mains du ministre.

    3- Ainsi, l'objectif de «de redonner plus de pouvoirs à l’école, aux parents et aux enseignants, afin que nos enfants réussissent encore mieux.» est-il à la fois plombé de la réussite sélective (comme ceux des élèves qui fréquentent le privé, seuls 40 % des écoliers du réseau public qui réussissent déjà sont susceptibles de réussir « encore mieux ». Les autres, comme le révèle la recherche, font du sur-place ou régressent, faute de services adéquats) et de l’intention de concentrer le pouvoir local effectif entre les mains des directions (devenues « générales») des écoles.

    4-Même s'il a enseigné au Barreau, Moreau a une connaissance limitée du vaste réseau de l'Éducation. Comme Blais, il en connaît davantage les «élus » que les exclus.

    Il n'y a pas de quoi se réjouir.

  • Chantale Desjardins - Abonnée 29 janvier 2016 09 h 00

    Il a subi un choc et la pression a chûté...

    Je comprends son malaise car cette nomination a fait baissé sa pression artérielle. Il avait un bon ministère où faisait un bon travail mais le Roi a décidé autrement et il n'était pas en accord mais n'avait pas le choix d'accepter car il aurait subi le même sort que Robert Poéti...
    C'est le Roi qui doit partir...

  • Carmen Labelle - Abonnée 29 janvier 2016 11 h 12

    «Les intervenants du milieu accueillent Pierre Moreau à bras ouverts»? Quand on connaît l'arrogance ministérielle de Pierre Moreau, ce changement équivaut à tomber de Charybde en Sylla!