Philippe Couillard veut donner un «nouvel élan» à son gouvernement

Le premier ministre Philippe Couillard a créé la surprise. Il a procédé à un remaniement ministériel d’une ampleur insoupçonnée jeudi avant-midi afin de donner un « nouvel élan » à son gouvernement.

« Il y a comme une tradition qui dit qu’on fait juste un important changement de ministères lorsque ça va mal, moi je ne suis pas d’accord avec ça ! » a-t-il déclaré lors d’un impromptu de presse en marge du caucus des élus libéraux.

M. Couillard a appelé les membres de son équipe à méditer une citation de l’ex-sénateur américain Robert Kennedy : « La vie n’est pas que chiffres. La vie n’est pas que statistiques. C’est aussi la beauté de nos paysages, de nos créations, le génie de nos inventions, notre esprit, notre courage et la force des liens qui nous unissent, même à travers nos désaccords. Ces choses-là, celles qui font que la vie est plus belle, ne figurent pas dans les comptes économiques. »

Le chef du gouvernement a confié à l’ex-présidente de la Coalition avenir Québec Dominique Anglade les commandes du ministère de l’Économie. La nouvelle députée de Saint-Henri-Sainte-Anne devra notamment élaborer la première Stratégie numérique du Gouvernement du Québec. Il a également ouvert la porte du Conseil des ministres à Sébastien Proulx (Famille), Luc Fortin (Loisir et Sport) et Rita De Santis (Réforme des Institutions démocratiques).

M. Couillard a confié les rênes du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur à Pierre Moreau. L’ex-ministre des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire — qui a été transporté à l’hôpital après avoir subi un « petit malaise » avant la cérémonie de prestation de serment — aura sans doute la tâche plus facile que son prédécesseur. « Vous verrez le prochain budget. Il va y avoir une place assez importante qui va être réservée à l’éducation, et c’est normal que ce soit le cas parce que c’est notre avenir comme société. Mais si on était resté enfoncé dans des déficits constants, on serait toujours resté dans cette ronde continuelle de compressions catastrophiques à moitié réglée », a fait valoir M. Couillard. Cela dit, M. Moreau devra assurer l’adoption sans encombre du projet de loi modifiant l’organisation et la gouvernance des commissions scolaires.

Le premier ministre a renvoyé François Blais au ministère de l’Emploi et de la Solidarité Sociale, où il se trouvait il y a à peine un an.

M. Couillard a aussi fait le choix de muter Jacques Daoust à la tête du ministère des Transports, ce qui l’a contraint à éjecter l’élu montréalais Robert Poëti du Conseil des ministres. Il a réservé le même sort au député de Trois-Rivières, Jean-Denis Girard, en lui retirant ses responsabilités de ministre délégué aux Petites et Moyennes Entreprises pour les confier à la vice-première ministre Lise Thériault. M. Couillard l’a aussi désignée ministre responsable de la Condition féminine.

Le chef du gouvernement a salué la contribution de M. Poëti et de M. Girard qui ont abattu un « travail de qualité » depuis mai 2014, les décrivant comme des victimes collatérales de la « cruauté » de l’« exercice » des remaniements ministériels. Ce sont des « moments à la fois exaltants, mais difficiles et douloureux », a-t-il insisté lors d’une allocution dans la Salle du Conseil législatif. « La politique, c’est un monde injuste », a-t-il réitéré par la suite.

M. Couillard n’a pas chassé du gouvernement Francine Charbonneau, sous pression depuis mai 2014. Il a demandé à la nouvelle ministre responsable des Aînés de poursuivre la lutte contre l’intimidation.

Fusion

Surprise : Martin Coiteux a quitté le Conseil du trésor pour le nouveau « ministère de l’Intérieur » : une fusion du ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire et du ministère de la Sécurité publique.

Le vent de changement balayant la Colline parlementaire ce jeudi a toutefois épargné David Heurtel (Environnement et Lutte contre les changements climatiques) ainsi que Carlos Leitão (Finances), Gaétan Barrette (Santé), Stéphanie Vallée (Justice), Kathleen Weil (Immigration, Diversité et Inclusion) et Hélène David (Culture et Communications). Ceux-ci conservent leur poste respectif.

11 femmes sur 28 ministres

M. Couillard s’est dit satisfait d’être parvenu à assurer une « meilleure représentation » de femmes (près de 40 % des membres du Conseil des ministres), de jeunes, ainsi que de représentants des régions dans son équipe. « Il faut y aller graduellement. Vous avez des exemples de décisions difficiles [éjection de M. Poëti et de M. Girard]. En allant plus rapidement ou trop rapidement, on peut être amené à prendre encore plus de décisions qui sont également injustes ou difficiles. »

M. Couillard n’a pas écarté un autre remaniement ministériel avant la tenue des élections générales, prévues à l’automne 2018.

L'opposition inquiète

Aux yeux des partis d’opposition, le premier ministre Philippe Couillard a échoué à  faire la démonstration que le développement de l’économie québécoise constitue sa priorité. « Il n’y a pas le coup de barre que nous attendions en matière économique. Les efforts ont été dispersés dans les mains de plusieurs personnes. Nous arrivons à mi-mandat, et il n’y a toujours pas de vision ni de véritable stratégie pour relancer l’économie », a déploré le chef du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau.

« La situation économique du Québec est inquiétante, mais depuis qu’il est au pouvoir, le premier ministre ne s’en soucie pas. Les Québécois sont étouffés par les taxes et les impôts imposés par les libéraux depuis 2003. Tant que Philippe Couillard n’agira pas en véritable capitaine, le Québec ne voguera pas sur des eaux tranquilles », a ajouté le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault. M. Couillard sera incapable de « faire oublier tout ce qu'il a fait dans les deux dernières années, toutes les coupes qui ont touché les parents, les enfants, les écoles, qui ont touché les personnes âgées dans les soins à domicile » au moyen de son remaniement ministériel. « Tout ça, on ne va pas l'oublier », a insisté la co-porte-parole de Québec solidaire, Françoise David.

Parité hommes-femmes depuis 15 ans

2016 Couillard: 39 % (11 sur 28 ministres)

2014 Couillard: 31 % (8 sur 26 ministres)

2012 Marois: 35 % (8 sur 23 ministres)

2008 Charest: 50 % (13 sur 26 ministres)

2007 Charest: 50 % (9 sur 18 ministres)

2005 Charest: 38 % (10 sur 26 ministres)

2003 Charest: 33 % (8 sur 24 ministres)

2002 Landry: 26 % (8 sur 31 ministres)

2001 Landry: 29 % (7 sur 24 ministres)

En citations

« Je pense être le seul ministre qui a réussi à négocier ce réinvestissement-là [en éducation] pour m’assurer qu’il aille dans ce qui était pour moi les priorités c’est-à-dire les écoles en milieu défavorisé. » 
— François Blais, ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale 

« Moi, je n’ai jamais eu aucun doute sur ma réputation. Très heureuse d’être de retour. Très heureuse d’avoir un ministère comme le tourisme où on peut faire plein de choses. […] Je suis très rigoureuse dans mon travail. Je l’ai toujours été. » 
— Julie Boulet, ministre du Tourisme 

« Je suis solidaire des décisions du gouvernement. Je vais prendre le temps de regarder l’ensemble des dossiers. » 
— Sébastien Proulx, ministre de la Famille 

« J’ai mis mon poste en ballottage, mais personne ne l’a voulu. C’est vrai. Je suis très heureux où je suis. [Le premier ministre] m’a demandé si j’étais heureux à la Santé. J’ai dit “Oui”. » 
— Gaétan Barrette, ministre de la Santé 

« Je vais très bien. […] On a un très beau Conseil des ministres. Je suis très fière de travailler avec Dominique Anglade, que je connais d’avant nos vies politiques respectives. Je pense qu’elle fera une ministre exceptionnelle. L’équipe, c’est le match parfait. » 
— Lise Thériault, ministre responsable des PME et ministre responsable de la Condition féminine 

« Je pense que tous les Canadiens et tous les Québécois et le gouvernement du Québec ont quelque chose à dire [sur le projet de réforme du mode de scrutin du gouvernement Trudeau]. » 
— Rita De Santis, ministre responsable de la Réforme des Institutions démocratiques 

« Je suis extrêmement enthousiaste à l’idée de travailler dans ce gouvernement-là. […] Je vais travailler sur des plans solides qu’on va pouvoir vous présenter le moment voulu. » 
— Dominique Anglade, ministre de l’Économie 

« Il y a une nouvelle politique sur le sport qui s’en vient. Et, nous à Sherbrooke, vous savez que la ville est candidate pour obtenir les jeux de la Francophonie en 2021. C’est certain qu’on va mettre beaucoup d’énergie là-dedans. Il y a aussi des phénomènes qui me préoccupent comme la violence dans le sport et les commotions cérébrales. » 
— Luc Fortin, ministre délégué au loisir et au Sport 

« Je suis très fier du travail accompli. Le premier ministre a des choix à faire. Je respecte sa décision et je vais continuer à travailler avec mes connaissances et mes compétences. » 
— Jean-Denis Girard, ex-ministre
23 commentaires
  • Christian Montmarquette - Abonné 28 janvier 2016 10 h 02

    Le commentaire de Françoise David

    « Qu'est-ce que ça donne de remanier les ministères, si on ne remanie pas les objectifs? » - Françoise David

    • Sylvain Rivest - Abonné 28 janvier 2016 11 h 17

      c'est certain que ça donne rien de brasser de la merde.
      Ça fait juste sortir les odeurs mais ça que le chaudron est toujours plein de merde.

    • Colette Pagé - Inscrite 28 janvier 2016 12 h 00

      Avec Françoise David, c'est l'évidence : Votre coeur a des raions que la raison ne connaît pas.

      Jamais la moindre critique presque de l'aveuglement volontaire.

      Par contre, pour le PQ c'est la charge à fond.

      Une détestation sans faille qui n'a jamais de repos.

    • Sylvain Auclair - Abonné 28 janvier 2016 12 h 47

      À mieux les atteindre, sans doute.

    • Patrick Boulanger - Abonné 28 janvier 2016 14 h 00

      Les ministres ont une marge de manoeuvre sur les moyens de les atteindre. Ce qui n'est pas rien à mon sens.

      @ M. Gélinas

      " Jamais la moindre critique presque de l'aveuglement volontaire." ?

      M. Gélinas, M. Montmarquette rapporte une critique de Mme David adressée au PLQ et vous en profitez pour souligner qu'elle ne soulève... " Jamais la moindre critique ".

    • Claude Bariteau - Abonné 28 janvier 2016 16 h 28

      Madame David aurait dû aussi signaler que la citation du sénateur Kennedy fait écho aux États-Unis d'Amérique, un pays, pas à un de ses États et que le PM Couillard, provincialiste, ose se réjouir de vivre dans un pays qui fait la promotion et en vit d'un pétrole dont la qualité est d'être plus polluant que le charbon.

    • Gilles Théberge - Abonné 28 janvier 2016 17 h 16

      Monsieur gélinas, c'est sans doute la légèreté, presque amicale de madame David qui est soulignée ici.

      Quand elle critique le PQ, c'est sur un autre ton...!

  • Carole Minguy - Inscrite 28 janvier 2016 10 h 02

    Aînés à vos gardes

    Aînés, commencez dès lors la formation de chaînes humaines. La misistre Charbonneau s'en vient vous démanteler!

  • Francois Cossette - Inscrit 28 janvier 2016 10 h 08

    Et apres!!!!!

    Bof ... ca changera pas grand chose
    On le sait les changements de ministre c'est du cosmetique pour donner l'impression que le gouvernement fait quelque chose.
    Mais, a la fin, avec ce gouvernement :
    - Education, a la derive
    - CPE plus cher
    - Soins de santé, de moins en moins
    - Pauvres plus pauvres
    - Les amis .... toujours les amis

    Alors ce remaniement ca fait probablement le bonheur des journalistes mais pour le reste c'est du pareil au meme. Quand la soupe est rance, le fait de la brasser, ne changera pas le gout.

    • Normand Bélair-Plessis - Inscrit 28 janvier 2016 13 h 54

      On inventera certainement pas la roue à trois boutons avec ce remaniement la, n'est-ce pas?
      Dixit Sam Hamad.

  • Sylvain Rivest - Abonné 28 janvier 2016 10 h 36

    Le club des débâtisseurs

    La myopie de ce docteur fait peur. Mais de toute façon ce n'est pas son gouvernement qui fait défaut mais son manque de jugement.

  • Nicole Delisle - Abonné 28 janvier 2016 11 h 36

    Changement de pions pour continuer la démolition du Québec!

    Le seul optimiste au Québec actuellement, c'est le gouvernement libéral! Quant à moi, je n'y crois pas. La rigueur, l'austérité, le contrôle des ministres, la non-transparence, les magouilles, la corruption et collision, les privilèges accrus pour les riches et élus, l'abandon des pauvres et démunis, la privatisation de la santé, l'affaiblissement de l'éducation publique, les "baraques "dans lesquelles nos enfants
    doivent étudier au détriment de leur santé, leurs mensonges répétés concernant
    l'environnement, le désintéressement envers les aînés, est-ce vraiment cela un gouvernement responsable qui travaille pour ses citoyens? Je ne crois pas. Ce remaniement ne sert qu'à détourner l'attention du public des vrais enjeux et de leur
    incapacité à gérer "les vraies affaires"! Mais allez comprendre, les québécois se disent
    prêts à réélire de telles personnes. Ne sommes-nous pas un peu masochistes?

    • Normand Bélair-Plessis - Inscrit 28 janvier 2016 13 h 34

      Pourquoi, diantre les québécois votent ils toujours pour ces beaux parleurs?

    • André Nadon - Abonné 28 janvier 2016 19 h 40

      Ce gouvernement fut élu par 95% des anglophones, 75% des allophones et 28% de francophones composant 83% de la population.
      Le terme " les Québécois " sans préciser la culture porte à confusion.
      Ce système électoral nous fut imposé afin de permettre à la minorité britannique de conserver le pouvoir, ce qu'ils font très bien depuis la défaite de 1760.
      Diviser pour régner. La devise des fédéralistes.