Francisation: les immigrants «entre deux feux»

On ne peut rendre les immigrants responsables du déclin de la langue française à Montréal et du fait qu’elle peine à s’imposer comme langue commune.

C’est ce que sont venus dire des intervenants auprès des immigrants à la commission parlementaire qui a amorcé, mercredi, les consultations sur le projet de loi 77. Ce projet de loi, défendu par la ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Kathleen Weil, vise une refonte majeure de la Loi sur l’immigration, vieille de 25 ans.

Commentant le fait qu’une majorité d’immigrants qui ne connaissent pas le français ne suivent pas de cours pour se franciser, comme l’a rapporté Le Devoir, Michèle Vatz-Laaroussi, professeure en travail social à l’Université de Sherbrooke, a soutenu que le français n’était pas en danger à cause des immigrants. On ne doit pas leur faire porter « l’odieux de ce qui serait un déclin du français au Québec », a-t-elle prévenu.

Pour Roger Le Clerc, du Regroupement des organismes en francisation du Québec (ROFQ), que des immigrants boudent les cours de français est « une sonnette d’alarme ».

« Comment peut-on vivre et travailler, surtout à Montréal, sans apprendre le français ? Comment est-ce possible ? Il faut se questionner », a-t-il plaidé.

Dualité linguistique

Sa collègue, Georgina Kokoun, croit que les immigrants qui arrivent à Montréal sont pris entre deux feux : ils sont victimes de la dualité linguistique. « Je parle français ou je parle anglais ? Je suis dans un dilemme ; il faut bien que je choisisse. »

« Qu’on dise que l’immigrant est la cause du recul du français, moi, je suis désolé : il faut [plutôt] que la société elle-même se pose la question : est-ce qu’on veut que le français soit la langue commune ? a-t-elle dit. On attend que le gouvernement au plus haut niveau fasse vraiment la promotion du français comme langue commune. »

Selon elle, il est plus facile de se trouver un emploi à Montréal si on est unilingue anglophone que si on est unilingue francophone. « Une serveuse dans un restaurant de NDG peut être unilingue anglophone », a illustré Roger Le Clerc.

Kathleen Weil, qui est d’ailleurs députée de la circonscription de Notre-Dame-de-Grâce, a réitéré qu’il est impossible pour un travailleur qualifié de se trouver un emploi à Montréal s’il est unilingue anglophone. Georgina Kokoun estime plutôt que c’est l’unilingue francophone qui est rejeté. Elle a cité son expérience personnelle : originaire de la Côte d’Ivoire, elle n’a pu trouver d’emploi en informatique, sa spécialité, parce qu’elle n’était pas parfaitement bilingue.

Moins de français

Par ailleurs, le président de la FTQ, Daniel Boyer, a déploré que le projet de loi 77 réduise l’obligation de la ministre d’intégrer les immigrants en français dans « une volonté d’allégement au bénéfice strict des entreprises ». Le patronat souhaite recruter plus facilement des travailleurs qualifiés qui ne connaissent pas le français. Le chef syndical a aussi signalé que les coupes au ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion avaient touché la francisation en entreprise, dont se charge la FTQ. L’organisme FDBM, qui donne presque tous les cours mis sur pied par la centrale syndicale, a diminué de 30 % le nombre de travailleurs visés par an, soit 350 au lieu de 500.

3 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 28 janvier 2016 07 h 28

    Kathleen Weil

    Bonne représentante du gouvernement en place Mme Weil cherche partout la raison pour laquelle les immigrés ne trouvent pas d'emploi en français. Elle ne comprend pas. Ce n'est pas la Société St-Jean-Batiste qui lui dit, ce sont des immigrants qui ne savent rien de notre histoire et de nos combats.
    Comme dirait l'autre : «C'est tout cru».
    Les méchants francophiles n'ont pas eu le temps de les conditionner à leur cause, ils ne parlent même pas la langue.

    Alors, Mme Weil, ne serait-il pas «possible» que dans la «seule» Province «francophone» de «l'Amérique du nord», le «berceau de la civilisation américaine française», les «passe-droits» soient «trop nombreux» ? Et qu'à force années, la loi 101 ait été «édentée» par «votre» Parti ?

    Y a pas de magouille là, des immigrants ne parlant «pas» français, viennent vous dire «Je suis obligé de travailler en «anglais».

    Ce n'est pas un souhait, ce n'est pas un but, ce n'est pas un vœu, c'est «une Loi» ! Qui est «responsable» ?

    Ce qui m'abasourdis d'avantage est que vous fassiez «l’étonnée», madame.

    Pour être obligé de se poser encore cette question «Comment peut-on vivre et travailler, surtout à Montréal, sans apprendre le français ? Comment est-ce possible ? Il faut se questionner», faut vraiment vivre en silo ou faire exprès.

    Moi, je sais bien que quand j'entends des «immigrants» me dire (dans une autre langue) «je peux pas travailler en français», j'ai comme une petite lumière qui allume. Me revient à l’esprit l’histoire de ma grande tante de 90 ans qui baragouinait l’anglais derrière sa machine à coudre commerciale. Ah, qu’on en a fait du chemin !

    Mais... Mme Weil est «étonnée», M. Le Clerc se pose des questions et M. Boyer poursuit le même combat que quand j'étais petit garçon. Que de routes parcourues.

    Et, ils vont tous nous faire croire que toute cette histoire a commencé la semaine passée... Bien sûr !

    PL

    • Gilles Delisle - Abonné 28 janvier 2016 10 h 49

      M. Lefebvre , votre commentaire est tès pertinent! La lente mais inéluctable baisse du parler francais, a été accélérée avec le retour des Libéraux depuis les années 90. Si les nouveaux arrivants savaient à quelle enseigne se loge le gouvernement du Québec, ils n'auraient pas le choix d'apprendre le francais. Mais ce n'est pas avec des Mme Weil que le Québec francais revivra. Quand on leur demande de recevoir des réfugiés, les Québécois restent un peuple ouvert et accueillant, même s'ils savent pertinemment que cette arrivée de nouveaux citoyens risquent de rejoindre la majorité anglophone, ce faisant enfoncant le clou d'un possible projet de pays. Il avait dit " L'argent et les votes ethniques", et on a ri de lui. Pourtant , cet aveu se réflète un peu plus chaque jour, depuis cet énoncé.

    • Jacinthe Lafrenaye - Inscrite 28 janvier 2016 11 h 00

      Peut-on rappeler ici comment Couillard a fait et permis l'assermatation en anglais de ses députés à l'Assemblée nationale aux dernières élections?