Un ex-stratège péquiste et bloquiste grossit les rangs de la Coalition avenir Québec

Stéphane Gobeil
Photo: Source Coalition avenir Québec Stéphane Gobeil

L’« indépendantiste de toujours » Stéphane Gobeil crée la surprise. L’ex-conseiller au Parti québécois et au Bloc québécois répond à l’appel au rassemblement des nationalistes québécois lancé par le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, y voyant la seule façon de briser le monopole libéral lors des élections générales de 2018.

« L’urgence est à l’union des francophones derrière la bannière nationaliste [de M. Legault], la seule capable de rassembler une majorité », laisse-t-il tomber sur son blogue mardi. À l’heure actuelle, la division des voix de la majorité de l’électorat québécois entre le PQ, la CAQ et Québec solidaire « prive la majorité francophone de sa capacité d’élire le seul gouvernement qu’elle peut encore contrôler », regrette-t-il.

M. Gobeil persiste néanmoins à croire que « l’indépendance demeure la meilleure option politique pour un peuple comme le nôtre », mais… « Tout donner pour réessayer de tenir un référendum “le plus tôt possible” comme veulent le faire mes amis du Parti québécois est parfaitement légitime. Agir selon ses convictions, c’est admirable. Mais pour atteindre cet objectif, il faudrait gagner les élections de 2018 et donc rassembler tous les souverainistes, y compris ces solidaires qui s’y refusent et ceux, parmi les souverainistes, qui n’en font plus une priorité. Cette mission est donc devenue impossible à mes yeux », tranche-t-il après une année politique fort mouvementée. Le stratège a notamment été principal conseiller du député de Marie-Victorin, Bernard Drainville, durant la course à la direction du PQ. Il a par la suite prêté main-forte au chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, lors de la dernière campagne électorale fédérale.

La « fuite en avant » des péquistes, désormais dirigés par Pierre Karl Péladeau, « renforce le monopole rouge, qui constitue désormais la plus grande entrave à l’avancement de la nation québécoise », ajoute-t-il, reprochant à l’équipe du premier ministre Philippe Couillard de n’avoir ni « vision » ni « élan ». « [Celui-ci] ne se renouvellera pas non plus par le miracle d’un remaniement ministériel. […] Un parti qui n’est pas relégué pour quelques années dans l’opposition ne se renouvelle pas. Il n’y a qu’à voir la marque de commerce de “parti de l’économie” qui a perdu beaucoup de son lustre », poursuit M. Gobeil, faisant un clin d’oeil à la sortie de l’ancienne vice-première ministre libérale Nathalie Normandeau sur les ondes du FM 93 lundi. À son émission, l’ex-élue libérale avait affirmé sans ambages que « le Parti libéral n’est plus le parti de l’économie ».

Vu de l’extérieur

Après des mois difficiles, la CAQ n’était pas peu fière mardi après-midi d’annoncer ce « ralliement important et significatif » de Stéphane Gobeil. L’ex-collaborateur de la chef péquiste Pauline Marois participera notamment à la révision de la plateforme économique de la CAQ, au coeur d’un « projet nationaliste alliant fierté et prospérité ».

Certains se sont amusés à tourner en dérision la prise de la CAQ. « Et s’il s’agissait d’une stratégiesecrète du PQ pour empêcher Legault de devenir PM [premier ministre] ? Après tout, ç’a fonctionné pour Marois… » a écrit le sympathisant indépendantiste Pierre-Luc Brisson.

Le fondateur du Nouveau mouvement pour le Québec (NMQ), Jocelyn Desjardins, a qualifié M. Gobeil de « Der Spinmaster » dans la vie politique québécoise, c’est-à-dire un « maître en rhétorique capable de vous faire avaler toutes les couleuvres si vous ne possédez pas les codes de cette discipline ». Le mariage de M. Gobeil et de la CAQ fait « peut-être » suite à un divorce entre le nouveau chef péquiste Pierre Karl Péladeau et les « tenants du nationalisme identitariste » au PQ, avance M. Desjardins. « [Si c’est le cas,] c’est sain, la maison avait besoin d’être nettoyée après la dérive des années Marois. Le PQ fait des choix et ces choix ont peut-être eu un effet sur l’employabilité de Stéphane Gobeil. […] Le même gars qui a fait des pieds et des mains pour tenter de nous faire avaler la couleuvre d’une Charte dans le pays des uns est en train de nous faire avaler la couleuvre de l’expression du nationalisme québécois dans le pays des autres ! »

19 commentaires
  • Claude Poirier - Abonné 5 janvier 2016 15 h 52

    On fait tout pour l'argent en politique....

    Difficile de croire une personne qui peut changer de cap à ce point, un peu comme monsieur Legault et d'autres avant lui, tel que monsieur Bouchard...

    • Colette Pagé - Inscrite 5 janvier 2016 19 h 53

      Sauf votre respect, Lucien Bouchard est celui qui a amené le Québec le plus près de son indépendance. Pour ce seul motif, il a droit à notre reconnaissance.

      Puis, après avoir bien servi le Québec, il a décidé de pratiquer le droit. Ce choix personnel doit être respecté.

      Et s'il gagne honorablement sa vie il l'a mérité.

    • Claude Poirier - Abonné 6 janvier 2016 09 h 17

      Oui, mais il semble fléchir depuis....

    • Patrick Daganaud - Abonné 7 janvier 2016 08 h 42

      Le calcul et l'âme politiques ne font pas bon ménage.

      Stratège un jour, stratège toujours.

      Cela ne donnera pas plus de substance à la Coalition avenir Québec : elle est en carence permanente à ce titre.

      Mais si les prochaines élections couronnent le manque de substance, les libéraux, les caquistes et les péquistes ont de bonnes chances.

  • Sylvain Rivest - Abonné 5 janvier 2016 16 h 14

    un stratège

    ça reste un stratège ;-)

  • Serge Morin - Inscrit 5 janvier 2016 16 h 26

    Mme Marois et son conseiller ont fait tellement de tort et sont une gene pour tous les Quebecois

    • Sylvain Rivest - Abonné 5 janvier 2016 18 h 08

      Personnellement, je ne vois toujours pas où Pauline Marois a fait du tord au pq.
      Une grande partie de la population a préféré les libéraux de Couillard. J'avoue que je n'ai jamais compris pourquoi. Car Pauline Marois et son équipe étaient à la haute mais la démagogie a séduit une grande partie de l'électorat. Et nous en payons le prix depuis le retour de l'équipe de démolition de Couillard.

    • Jacques Lamarche - Inscrit 6 janvier 2016 04 h 42

      Quelle gêne? Honte plutôt à ceux qui ont refusé que l'homme et la femme dans l'espace public ne soient pas égaux!

  • Colette Pagé - Inscrite 5 janvier 2016 16 h 37

    Le gros malaise !

    Se pourrait-il que la désaffection de ce stratège péquiste cache un plus grand malaise ? Un malaise qui en l'absence d'une alliance des forces souverainistes tous partis confondus risque d'en décourager plus d'un qui appréhende une victoire du PLQ.

    Car, comment expliquer que malgré la flopée de coupures affectant les services le PLQ maintient un pourcentage aussi élevé dans les sondages ?

  • Marc Bouchard-Marquis - Inscrit 5 janvier 2016 17 h 11

    Solidarité!

    Les Canadians du Québec sont solidaires et votent pour The Liberal Party of Quebec, afin de préserver leur pays, le Canada.

    Les Québécois n'ont qu'à faire la même chose...pour à leur tour, obtenir leur pays, le Québec.

    Toutefois, colonisés à l'os, je serais surpris que cela se produise.
    En attendant, "vive" l'assimilation et la Louisianisation du Québec.