La FSSS rejette l’entente de principe conclue entre le Front commun et Québec

Le Front commun représente 400 000 des 500 000 travailleurs de l’État.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le Front commun représente 400 000 des 500 000 travailleurs de l’État.

Insatisfaite des offres de Québec, la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN) a décidé de recommander à ses membres de rejeter l’entente de principe intervenue entre le Front commun syndical et le gouvernement québécois la semaine dernière, dans le cadre des négociations du secteur public.

Et cela, même si le Front commun — dont la FSSS fait partie — a recommandé d’accepter les offres.

Les 600 délégués de la FSSS-CSN ont pris cette décision mardi alors qu’ils étaient réunis en conseil de négociation.

Dans un communiqué, la FSSS-CSN dit qu’elle consultera l’ensemble de ses membres au cours du mois de janvier au sujet de cette recommandation de rejet de l’entente, et sur la marche à suivre pour poursuivre la mobilisation et les négociations.

Le Front commun avait fait connaître dimanche le contenu de l’entente de principe conclue : elle prévoit notamment des augmentations salariales équivalentes à 10,5% sur cinq ans et l’âge minimal de la retraite doit passer à 61 ans en 2019.

La FSSS représente quelque 110 000 syndiqués, dans tous les types d’établissements de santé et de services sociaux et dans différents titres d’emploi.

Le Front commun représente 400 000 des 500 000 travailleurs de l’État. Il regroupe le Secrétariat intersyndical des services publics — qui inclut la Centrale des syndicats du Québec (CSN), le Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ) et l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) —, la Confédération des syndicats nationaux (CSN) et la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ).

10 commentaires
  • Raynald Blais - Abonné 24 décembre 2015 06 h 47

    Gentil mensonge

    "...elle prévoit notamment des augmentations salariales équivalentes à 10,5% sur cinq ans"

    À force de le répéter ce gentil mensonge deviendra vérité. Les forfaitaires sont une prime pour accepter un gel de salaire, réellement...
    en 2015, l'augmentation salariale sera 0%,
    en 2016, 1,5 %,
    en 2017, 1,75 %,
    en 2018, 2 %
    et en 2019, 0%,
    le tout pour un total de 5,25 % en cinq ans.
    C'est bien loin du 10.5% du gentil mensonge.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 24 décembre 2015 10 h 10

      Mensonge ou «réorganisation de l'entendement». Vous avez bien raison de le rappeler. Cela s'appelle sauver la face, de part et d'autre. Ce n'est pas la première fois. Pour fins de comparaison, la discussion, dernière convention :

      2010-11: 0,5%
      2011-12: 0,75%
      2012-13: 1%
      2013-14: 1,75%
      2014-15: 2%

      Plus: 1% versé en 2015 si l'IPC est supérieur aux augmentations de 6% consenties au cours des cinq années précédentes.

      Plus des augmentations conditionnelles à la croissance de l'économie québécoise, qui n'ont pas rapporté grand chose.

      Donc, le 5,25% se matérialise une année plus vite que le 6% d'alors. Assez comparable, donc.

      La différence la plus importante : les forfaitaires au lieu de l'indexation, qui était largement préférable, même s'il fallait attendre P5.

      Quant aux augmentations liées à la croissance, comme elles sont conditionnelles, je ne comprends pas qu'elles n'aient pas été reconduites.

      Ça se ressemble. Aussi mauvais ou aussi bon? Les consultations sauront le décider. Autant que possible, pas sur la foi de gentils mensonges.

    • Germain Dallaire - Abonné 25 décembre 2015 11 h 54

      Conjoncture politique un peu beaucoup différente
      Justement, il y a une différence fondamentale avec la dernière convention: l'appui de la population. Les travailleur(se)s du secteur public, au cours des 35 dernières années, n'ont jamais eu l'appui de la population. Maintenant, ils l'ont. Il s'agit là d'un élément d'une très grande importance. D'ailleurs, à mon avis, c'est cet appui qui fait qu'il n'y a pas eu de loi spéciale.
      Germain Dallaire

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 24 décembre 2015 07 h 16

    Différends normaux dans un contexte démocratique


    C'est en ces termes que Jeff Begley qualifie la divergence entre le président de la CSN et la FSSS. Évidemment, ceux qui estiment que les «chefs» syndicaux ont agi en collusionnaires avec le pouvoir et essayé de passer un sapin à leurs membres se réjouiront de ce retournement de situation. Ils y verront pourtant le signe que la démocratie, dans la vie syndicale, ne joue jamais qu'un rôle de contrôle des apparatchik syndicaux... quand elle y parvient. Les «évidences» trouvent toujours à se conforter. Cet épisode ne fera pas exception.

    Ceci dit, s'il était prévisible et correct que le président du Conseil du trésor n'émette aucun commentaire, il devra porter grande attention au déroulement des consultations à venir, non seulement à la FSSS mais dans l'ensemble du réseau. Il devra s'assurer que les employés de l'État se reconnaissent dans cette entente autant que les comités de négociation le pensaient au moment de conclure. Le gouvernement n'a aucun intérêt à laisser monter le sentiment que les employés se sont pas rentrer un règlement dans la gorge de force.

    De leurs côtés, toutes les instances qui seront consultées doivent assumer pleinement la prérogative qui leur échoit d'entériner ou pas les règlements obtenus en leur nom. Sans se laisser endormir par les jérémiades «cyniques» qu'on leur sert pour qu'ils confirment bien docilement leur impuissance à agir sur un monde dominé par les forces du mal libéral, au bénéfice éventuel d'un changement de régime.

    • Raynald Blais - Abonné 24 décembre 2015 13 h 20

      Parmi ceux qui entérineront ou pas l'entente de principe, il y en a une partie qui répondront en fonction de l'étendue de la mobilisation après avoir consulté leur entourage. Ceux-là ne se distingueront pas, a priori, par une appartenance dans le camp du oui ou du non, mais par l'évaluation de la capacité de leur force et de la stratégie syndicale qu'ils feront avant de se prononcer.

  • Alain Larouche - Abonné 25 décembre 2015 09 h 06

    Un plat de lentilles

    Retraité et ancien militant syndical, il est regrettable que le front commun accepte cette entente qui n'est qu'un plat de lentilles dont les gains sont à toute fin inexistant. Å triturer les chiffres pour en cacher la vérité, j'espère que les membres donneront un message clair à leurs dirigeants que signer un pacte avec le diable, est un recul manifeste.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 26 décembre 2015 07 h 20

      Comme disait un autre monsieur : il y a au moins « Apparences de collusion gouvernement - dirigeants syndicaux ». Histoire de ne pas prêter le flanc à une accusation de biais complotiste, il complète son analyse très défavorable par cette précaution toute réthorique : « Si cela s'avère (et nous le saurons), les syndiqués auront été trahis par leurs chefs. » Lui le sait déjà. Donnons-lui raison.

      Pour mon compte, je me tiendrais un peu en retrait de son verdict, comme du vôtre. Non que je trouve que l'entente soit si bonne, mais que si on veut prendre la mesure de ce qui cloche, ces jugements sont de peu d'utilité.

      Je crois qu'on aurait dû exiger que les montants forfaitaires soient intégrés aux échelles de traitement avec effet récurrent. Sinon, il n'est pas correct de les traiter comme faisant partie des pourcentages d'augmentation. Traduits en pourcentage, il aurait fallu comme en 2010 ajouter une clause de protection contre l'inflation, totalement exclue cette fois-ci. En passant, le 1% de P5 était-il intégré aux échelles ou n'était-ce qu'un forfaitaire?

      De même, la relativité salariale ne faisant pas partie de la négo, elle ne doit pas être prise en compte. Conséquence non négligeable : la clause remorque des médecins ne s'applique pas aux 2,4% prévu en P5.

      De plus, je ne comprends pas qu'on n'ait pas reconduit la clause liée à la croissance de l'économie. Celle-ci permettait théoriquement aux employés du secteur public de réduire l'écart de rémunération avec le privé dès que l'État en aurait les moyens, sans en faire une obligation absolue.

      Bien sûr, dans les assemblées générales, on entendra tonner les oraisons contre le malin. Mais s'il faut espérer que les syndiqués renvoient les négociateurs à la table centrale, ce que je crois, que ce soit sur des bases simplement factuelles. Elles suffisent largement à justifier que la négo soit reprise.

    • Raynald Blais - Abonné 26 décembre 2015 08 h 10

      S'il y avait une apparence de trahison, elle ne viendrait certainement pas d'une volonté expresse de machination, mais plutôt d'une stratégie qui ne sert plus ses militants: La stratégie d'une négociation coûte que coûte.
      Ce simple plan qui a encadré jusqu'ici la réglementaire lutte des fonctionnaires a empêché depuis trop longtemps, cette force d'affronter l'employeur même s'il devient le législateur d'une loi de retour forcé au travail.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 26 décembre 2015 13 h 06

      Monsieur Blais, si je vous comprends bien, les dirigeants syndicats préfèreraient obtenir un règlement, même mauvais, que de pousser la négo à ces limites où l'ombre de la loi spéciale commence à planer. Les plus militants d'entre nous (quand j'étais employé de l'État) leur adressaient régulièrement ce reproche. Il ne fait aucun doute que les chefs étaient toujours en deça des attentes de ces militants. Mais, justement, les membres ordinaires ne sont pas tous aussi déterminés. Les négociateurs en table centrale ont-ils cette fois sous-estimé cette détermination de la part des membres? Je crois qu'ils seraient les premiers à s'en réjouir (laissons de côté les motivations personnelles des individus, leurs allégeances partisanes).

      Évidemment, le fait que l'employeur soit le législateur exerce une pression au règlement assez considérable, mais comparable aux menaces de coupures de postes ou carrément de fermeture que les employeurs privés brandissent. Les grèves de 1983 n'ont pas empêché le gouvernement de décréter nos conditions de travail, mais il avait quand même fini par convenir d'adoucissements avec le front commun.

      Bref, au-delà des suspicions des uns et des autres, le véritable test à venir, ce n'est pas le confessionnal pour les chefs syndicaux, mais l'état de la mobilisation des membres.

    • Raynald Blais - Abonné 26 décembre 2015 18 h 47

      Je n'avance pas que la volonté des dirigeants penche vers un mauvais règlement. Je souligne que la stratégie syndicale pratiquée depuis les trente dernières années les limitent en grande partie à une bataille pour "le droit de négocier", réservant une place secondaire aux droits à un meilleur environnement, à une meilleure reconnaissance et à de meilleures conditions de travail. L'importance mise sur la négociation par cette stratégie syndicale les empêche d'affronter l'employeur lorsqu'il devient législateur.