Martin Coiteux juge la grève impertinente

Selon leurs estimations, les employés du secteur public ont tenu mercredi la plus importante journée de grève depuis 1972.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Selon leurs estimations, les employés du secteur public ont tenu mercredi la plus importante journée de grève depuis 1972.

Le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, entend jouer ses dernières cartes. « Le temps est venu de conclure une entente », a-t-il déclaré au lendemain d’une journée de grève générale « non pertinente », selon lui.

Le ministre libéral a reproché aux quelque 400 000 membres du front commun et aux 34 000 enseignants de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) ayant manifesté à Montréal et à Québec, mercredi, d’avoir « fait subir des tracas qui ne sont franchement pas nécessaires » à la population. « Les gens dont je me préoccupe surtout aujourd’hui, ce sont les parents du Québec, qui ont des enfants d’âge scolaire et qui doivent trouver des solutions de rechange [pour la garde de leurs enfants] et c’est pas facile », a-t-il affirmé à la sortie du Conseil des ministres.

Les négociations sont « au stade où, s’il y a de la bonne volonté du côté des syndicats, on peut se parler vraiment de ces questions [salariales] et en arriver le plus rapidement possible à une entente », a poursuivi M. Coiteux après s’être entendu quant à l’organisation du travail avec des syndicats représentant plus de 300 000 employés de l’État.

Le Front commun et la FAE ne réussiront pas à faire monter les enchères en décidant de battre le pavé plutôt que de poursuivre les pourparlers, a-t-il plaidé. « Les syndicats savent que le gouvernement a encore quelques cartes, mais ces cartes-là ne changent pas aujourd’hui parce qu’on retarde cette discussion extrêmement importante par une journée de grève. »

 

Offres attendues

L’élu libéral avait évoqué la semaine dernière la possibilité de bonifier la hausse salariale consentie actuellement aux employés de l’État en échange d’un rehaussement de l’âge de la retraite sans pénalité actuarielle de 60 à 61 ou 62 ans.

Le président de la CSN, Jacques Létourneau, demande à M. Coiteux de faire connaître de « nouvelles offres ». « Est-ce que le gouvernement va se commettre dans les prochaines heures, dans les prochains jours, on le souhaite », a-t-il dit au terme de « la plus grande grève nationale depuis 1972 dans le secteur public ». « Il y en avait 210 000 en grève en même temps en 1972, aujourd’hui, c’est plus de 400 000 », s’est-il félicité.

Interrogé à savoir si le front commun allait bientôt tenir ses 5e et 6e journées de grève, le président de la FTQ, Daniel Boyer, a laissé entendre qu’il aimerait mieux ne pas avoir à en venir là. « On a toujours bon espoir de régler avant les Fêtes, en souhaitant que le mouvement de grève d’aujourd’hui fasse comprendre au gouvernement que nos gens ne sont pas fatigués ; ils sont toujours aussi mobilisés, déterminés. »

« Conditions pas réunies »

Le ton conciliant de M. Coiteux ne se reflète pas aux tables de négociation en éducation, avertit le président de la FAE, Sylvain Mallette. « Il tient ce discours, mais les gestes doivent appuyer ce discours [à la table sectorielle] », a-t-il fait valoir au Devoir. La partie patronale a exprimé le souhait d’une entente négociée et que les échanges restent cordiaux, mais « les conditions ne sont pas encore réunies », a-t-il ajouté.

Les 34 000 enseignants du préscolaire, du primaire et du secondaire membres de la FAE seront en grève encore jeudi et vendredi. Un camp d’occupation a été dressé mercredi matin sur des terrains à proximité du quartier général du ministère de l’Éducation à Montréal.

Les enseignants et professionnels de l’éducation affiliés à la CSQ ont défilé mercredi à Québec. Reconnaissant que le rythme des négociations s’est accentué, la présidente Louise Chabot a tout de même invité le gouvernement à « entendre le message » de cette mobilisation.

Contrairement au personnel de soutien scolaire, la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ) n’a toujours pas signé d’entente de principe à sa table sectorielle pour ses 73 000 enseignants. Elle réclame notamment une diminution des ratios par classe et de la précarité de ses membres.


Avec La Presse canadienne

LE COURRIER DE LA COLLINE

Chaque jeudi, l'équipe du Devoir à Québec résume l'essentiel de la semaine parlementaire. Retrouvez aussi la note de Michel David, notre chroniqueur politique. Inscrivez-vous, c'est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

Arrestations lors d’une manifestation de soir

Quelques centaines de personnes se sont donné rendez-vous mercredi soir à la place Émilie-Gamelin, au centre-ville de Montréal, pour marquer la fin d’une journée de manifestations dans plusieurs villes de la province. Alors qu’avancent certaines négociations dans le secteur public, le groupe de manifestants tenait à souligner que son « refus de l’austérité dépasse l’enjeu des conventions collectives et doit se porter au-delà du cadre syndical ». L’action, organisée par le collectif anti-austérité Printemps 2015, s’est soldée par des arrestations.

[Martin Coiteux] tient ce discours, mais les gestes doivent appuyer ce discours [à la table sectorielle]

8 commentaires
  • Nephtali Hakizimana - Inscrit 10 décembre 2015 01 h 12

    Selon monsieur Coiteux, les 400 000 membres du front commun et les 34 000 enseignants de la Fédération autonome de l’enseignement n'ont pas d'enfants.

    Donc, il ne s'en préoccupe pas:« Les gens dont je me préoccupe surtout aujourd’hui, ce sont les parents du Québec, qui ont des enfants d’âge scolaire et qui doivent trouver des solutions de rechange [pour la garde de leurs enfants] et c’est pas facile ».

    • Gilbert Turp - Abonné 10 décembre 2015 09 h 41

      Et cela, d'autant plus qu'il sabre aussi dans les CPE et les services de garde.
      Martin Coiteux est prisonnier de son propre cadre, il est l'encadreur encadré par excellence.
      Et si c'était le cadre, justement, tel que lui le définit, qui était non pertinent ?

      Il faut simplement foutre ce cadre à la poubelle, remercier l'encadreur encadré de ses services et mettre quelqu'un qui est un peu plus ouvert et capable de réfléchir au Conseil du Trésor.

  • François Séguin - Abonné 10 décembre 2015 07 h 25

    Les libéraux et le déficit

    Coîteux et les libéraux n'ont de cesse de justifier leur rigidité dans les négociations avec les employés de l'État par la nécessité de lutter efficacement contre le déficit budgétaire. Mais ils ne se privent pas pour accommoder les plus fortunés de notre société, individus et corporations. Ainsi, il est estimé qu'un impôt sur les profits des banques rapporterait au Québec quelque 800$ millions. Mais le gouvernement refuse de s'engager dans cette voie. Il faut dire que Martin Coîteux a été dans le passé représentant principal de la Banque du Canada pour le Québec...

    François Séguin
    Knowlton

  • Patrick Daganaud - Abonné 10 décembre 2015 07 h 48

    Le mot que je cherchais

    Impertinence, c'est cela.

    Coiteux, l'impertinence sur toute la ligne.

    Son programme : faire de la pauvreté une entreprise d'État.

  • Gilles Delisle - Abonné 10 décembre 2015 09 h 36

    J'accuse

    J'accuse Martin Coiteux, de se comporter comme un ministre "vaurien", incapable de mener cette trop longue négociation à terme,
    J'accuse Martin Coiteux , par son attitude de fermeture, d'avoir délibérément
    provoquer ces nombreux débrayages, lui permettant d'engranger des dizaines de millions sur le dos de ces travailleurs, et visant à distribuer ces argents sous forme de miettes d'augmentations de salaires pour les cinq prochaines années aux employés de l'Etat et possiblement, dans un décret gouvernemental,

    J'accuse Martin Coiteux, par ses agissements, d'avoir offert des sessions d'étude à rabais depuis septembre dernier, à tous les jeunes du Québec, du primaire jusqu'au collégial, les privant de cours et perturbant une session qui sera à reprendre éventuellement,
    J'accuse Martin Coiteux d'avoir perturbé les familles, qui ont des enfants dans des services de garde, et qui ont dû faire des acrobaties dans leur organisation familiale pour aller travailler et faire garder leurs enfants ailleurs,
    Martin Coiteux s'est comporté de facon odieuse dans cette négociation et a eu une attitude de confrontation depuis le début avec ces employés, attitude méprisante, inacceptable et indigne de la part de ce représentant gouvernemental.

    • Kateri Bourbeau - Abonnée 10 décembre 2015 12 h 19

      En effet, un "vaurien" qui devrait devenir un "serpuarien" !

  • Yves Corbeil - Inscrit 10 décembre 2015 12 h 21

    Impertinence, un mot qui lui siège bien

    L'impertinence est une manière irrespectueuse de parler et d'agir qui relève de l'arrogance. Elle est synonyme d'effronterie. Synonyme a rajouté dans une prochaine version du dictionnaire pour impertinent, Coiteux.