Yves Bolduc, médecin… et conseiller spécial

Le parcours politique de l’ex-ministre Yves Bolduc a été cahoteux. Il a démissionné en février.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le parcours politique de l’ex-ministre Yves Bolduc a été cahoteux. Il a démissionné en février.

Habitué de pratiquer la médecine tout en travaillant sur d’autres fronts, l’ancien ministre Yves Bolduc a annoncé mercredi avoir joint l’équipe-conseil du cabinet Hill + Knowlton Stratégies (HKS). Celui-ci assure qu’il ne fera pas de lobbyisme.

« M. Bolduc va être conseiller spécial auprès de nos clients, a indiqué Raphaëlle Cyr-Lelièvre, conseillère principale de la firme. Il va collaborer dans différents mandats de relations publiques ou de conseils stratégiques. Mais il ne sera absolument pas dans notre équipe affaires publiques, qui fait du lobbyisme. »

L’ancien ministre aurait toutefois partiellement le droit de pratiquer des activités de lobbyisme, car il n’a pas été en poste suffisamment longtemps pour que s’applique l’article le plus contraignant de la Loi sur la transparence et l’éthique en matière de lobbyisme.

Yves Bolduc a en effet été ministre de l’Éducation entre le 23 avril 2014 et le 26 février 2015. L’article 28 de la Loi interdit aux anciens ministres d’agir comme lobbyiste-conseil auprès de « l’ensemble des titulaires de charges publiques des institutions parlementaires, gouvernementales et municipales » pour une période de deux ans suivant leur départ de la politique.

Mais cela, c’est seulement s’ils ont occupé leur fonction pendant « au moins un an », ce qui n’est pas le cas de M. Bolduc (10 mois). Le bureau du Commissaire au lobbyisme a toutefois confirmé au Devoir que l’article 29 (qui cible plus précisément les activités de lobbyisme auprès de l’institution où a siégé un ancien ministre) s’applique pour M. Bolduc.

Au sens de la Loi, un lobbyiste-conseil peut notamment être un « consultant spécialiste en relations publiques ».

Atout

Mme Cyr-Lelièvre indique que « chacun [des consultants de la firme] apporte une valeur ajoutée sur un mandat. Lui aura la sienne par son expérience passée en politique, en éducation et en médecine ». La directrice générale de HKS, Josianne Hébert, a soutenu dans un communiqué que le « parcours éloquent du docteur Bolduc et ses acquis professionnels font de lui un atout exceptionnel ».

Les derniers mois de la carrière politique d’Yves Bolduc avaient été difficiles, le médecin accumulant les controverses. Il avait notamment dû rembourser à la Régie de l’assurance maladie du Québec quelque 54 000 $ en primes perçues en trop pour la prise en charge de patients. M. Bolduc avait touché un total de 215 000 $ en primes quand il est retourné à la pratique médicale (en plus d’être député) alors que les libéraux étaient dans l’opposition, entre 2012 et 2014.

Il s’était aussi mis dans l’embarras avec certaines déclarations concernant l’état des bibliothèques scolaires (« Il n’y a pas un enfant qui va mourir » si les commissions scolaires coupent dans l’achat de livres, avait-il dit) et les fouilles à nu d’élèves.

Il a finalement quitté son poste pour retourner à la pratique de la médecine à temps plein, cela en touchant une allocation de transition de 150 000 $. L’Assemblée nationale a récemment adopté le projet de loi 78 pour empêcher ce genre de situation.

11 commentaires
  • Micheline Gagnon - Inscrite 10 décembre 2015 05 h 01

    Quel paradoxe

    Il se joint à une entreprise de communication, vraiment?

    • Gilles Théberge - Abonné 10 décembre 2015 11 h 35

      Quelle farce !

      Si Molière était vivant, il y aurait de quoi en écrire tout une !

    • Johanne Fontaine - Abonnée 10 décembre 2015 15 h 30

      Molière a écrit le médecin malgré lui,
      mais en l'espèce,
      j'estime que Tartuffe
      s'applique plutôt bien.

  • Hélène Gervais - Abonnée 10 décembre 2015 05 h 39

    On ne peut pas dire ...

    qu'il ne sait pas comment faire de l'argent celui-là! médecin? En êtes-vous certains? En tout cas pas longtemps, car il a trouvé le bon moyen d'empocher des contribuables de toutes les façons.

  • François Dugal - Inscrit 10 décembre 2015 07 h 57

    Choeur des pleureuses

    Pleurons ce pauvre hère,
    Perdu dans sa galère.
    Il rend le citoyen cynique.
    Écoeuré par la vie publique.

  • Patrick Daganaud - Abonné 10 décembre 2015 08 h 08

    Le lobbyisme, c'est la collusion légalisée!

    Le coût des médicaments continue d'être le principal poste de dépenses du réseau de la santé.

    L'industrie pharmaceutique, par le truchement du lobbyisme, édicte ses lois en achetant des gens de pouvoir.

    Il en est de même de l'industrie des produits médicaux.

    Le lobbyisme médical coûte annuellement trois milliards de dollars à la population québécoise traditionnellement mal protégée par ses gouvernements.

    C'est un scandale!

    • Robert Beauchamp - Abonné 10 décembre 2015 09 h 28

      Dans l'indécence la plus totale. Ce qui est légal n'est pas nécessairement décent et moral. Le parti libéral est un parti tourniquet. Couillard n'a-t-il pas fait la même chose?

  • Yves Corbeil - Inscrit 10 décembre 2015 08 h 49

    Merci pour vos bons services

    C'est la vie après la politique, un tremplin qui te permet d'assouvir tes passions. Dans ce cas précis c'est les gens et les affaires ''gouvernementales''.

    Comment pourrait-on éviter que le gouvernement fassent des affaires avec le bien public. Est-ce possible de mettre cela dans les mains d'une société privé qui administrerait et conseillerait sur les démarches à faire pour maintenir les biens publics à flot.

    Éloigner le politicien de la tentation et des petits démons qui tournent autour. Ils débloquent des budgets mais ça s'arrête là. Je sais pas si ça peut se faire mais si oui ça redonnerait confiance que la caisse de dépôt par exemple gère le tout comme toutes ces affaires avec une équipe sorti des fonctionnaires du gouvernement.

    Je suis sûrement naif en disant cela.