«On n’a rien volé», clament les spécialistes

La présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, Diane Francoeur
Photo: Michaël Monnier Le Devoir La présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, Diane Francoeur

La Fédération des médecins spécialistes du Québec n’a pas apprécié le récent rapport de la vérificatrice générale au sujet de la rémunération des médecins, qu’elle qualifie pratiquement de tendancieux. Les médecins en sont blessés, a affirmé vendredi sa présidente, Diane Francoeur.

« Tendancieux pour ceux qui ne réussissent pas à le comprendre au complet. Un rapport d’une telle ampleur, avec des tableaux qui mélangent tout : médecins omnipraticiens, médecins spécialistes ; on mélange les mesures, on mélange les objectifs, on mélange les cibles », s’est plainte la présidente de la FMSQ au cours d’une rencontre avec la presse à Montréal.

« Le rapport qui a été produit est un rapport strictement comptable qui ne fait pas les distinctions qui s’imposent, qui laisse entendre des choses qui ne sont pas fondées ou qui sont carrément fausses », a-t-elle critiqué.

Du même souffle, pourtant, elle affirme « ne pas prêter de mauvaises intentions » à la vérificatrice générale.

Elle ne conteste pas les chiffres révélés dans le rapport de la vérificatrice générale pour son examen de la période 2010 à 2015. Mais ces 384 millions versés en rémunération durant cette période ne représentent pas un « dépassement » de l’enveloppe budgétaire prévue, mais bien une « sous-évaluation » qui vient d’une demande croissante en soins et de programmes qui se sont ajoutés, a-t-elle affirmé.

La Fédération des médecins spécialistes affirme plutôt que le dépassement réel serait de 64,6 millions.

Au-delà de l’interprétation divergente donnée aux chiffres par la vérificatrice générale et la fédération syndicale des spécialistes, la docteure Francoeur a senti le besoin de marteler que les médecins spécialistes n’avaient rien à se reprocher.

« On n’a rien volé ; on n’a rien caché ; on n’a rien camouflé », s’est-elle exclamée.

La docteure Francoeur nie également qu’on arrive mal à mesurer les effets de certaines mesures et incitatifs destinés à faciliter l’accès aux médecins. « Contrairement à ce qui est affirmé, des cibles et des indicateurs existent pour plusieurs de ces mesures, mais cela n’est pas requis pour toutes les mesures », a-t-elle objecté.

La docteure Francoeur a affirmé que « les médecins ne méritent pas de se faire traîner dans la boue » et que, depuis que ce rapport a été rendu public, ils se sentent « tristes, blessés, frustrés, choqués, si ce n’est découragés par ce qu’ils ont entendu et lu à leur endroit ».

Barrette renchérit

À Québec, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, s’en est surtout pris au précédent gouvernement du Parti québécois pour avoir versé de telles sommes aux médecins spécialistes durant une période donnée. Il a carrément qualifié le Parti québécois de « parti croche et immoral » qui est « intellectuellement malhonnête ».

Le ministre Barrette a aussi défendu le fait que les médecins toucheront une autre hausse de leur rémunération, puisqu’ils recevront également les augmentations de salaire qui seront versées aux 500 000 employés de l’État — qui négocient actuellement.

« Il va falloir bien, bien, bien des arguments pour me convaincre que les médecins ne sont pas à l’endroit où ils devraient être sur le plan de la rémunération », a commenté le ministre.


 
6 commentaires
  • Patrick Daganaud - Abonné 5 décembre 2015 01 h 35

    Vol au-dessus d'un nid de coucous...

    «On n’a rien volé», clament les spécialistes.

    Non, c'est vrai.
    Ils ont travaillé plus : ils ont gagné plus...

    Entre 300 millions et un demi-milliard de plus, parce qu'il n'y a pas un chiffre à croire venant de la FMSQ ou du Conseil du trésor.

    Le chiffre crédible demeure celui de la vérificatrice générale : 384 millions, je crois.

    Hum, Madame Francoeur...

    Cela fait abstraction du questionnement qui, chiffres à l'appui, nous apprenait que l'augmentation du nombre de spécialistes et de médecins s'était traduite par une diminution de la moyenne individuelle des heures travaillées. C'était d'ailleurs un argument de négo de Barrette.

    Un peu comme si dans une usine, l'ouvrier payé pour 40 heures diminuait à 35, puis réclamait une hausse salariale pour les 5 heures «ajoutées ».
    Mais je m'égare : qu'est-ce qu'un ouvrier?

    Et puis, bien sûr, il y a le mérite, le « presse-tige » de la profession, généreusement quantifié à 58 % d'augmentation salariale (excusez, je veux dire rémunération) en six ans.

    Il a aussi, Dame Francoeur, les 20 pour cent de la population les plus pauvres qui, pour que les « pôvres » spécialistes s'enrichissent, sont appauvris encore et encore.

    Mais ça, ça ne sait pas cela un spécialiste!

    Ça ne sait pas que la pauvreté rend malade, chiffres à l'appui.

    Ou alors, ça sait, mais ça se dit que ça travaillera plus d'heures et que ça méritera encore davantage.

    Qui sont les coucous de la farce?

    • Yves Corbeil - Inscrit 5 décembre 2015 16 h 11

      « On n’a rien volé ; on n’a rien caché ; on n’a rien camouflé »

      Ce que le rapport ne dit pas pour une question éthique bien sûr.

      Pas besoin,

      « On n’a rien volé ; on n’a rien caché ; on n’a rien camouflé »

      quand tu peut introduire 3 de tes meilleurs lobbyistes dans l'appareil gouvernemental tu n'as même pas besoin de faire du piquetage non plus, au frette comme les ''sous produits'' du système de santé.

  • Nicole Delisle - Abonné 5 décembre 2015 12 h 30

    Vous vous discréditez Mme Francoeur!

    Par cette sortie médiatique, vous êtes perçue encore beaucoup moins crédible aux yeux de bien des gens, enfin je pense. Pour essayer de bien paraître, vous remettez
    en cause la crédibilité de la vérificatrice générale du Québec et remettez en doute sa compétence. Là, vous y allez un peu trop fort, chère dame! Vous êtes surtout choquée et frustrée que les ententes secrètes se révèlent au grand jour! Mais en tant que payeurs de vos rémunérations, nous sommes en droit de SAVOIR. En plus, vous aurez droit aux avantages pécuniers des autres travailleurs du domaine public, sans vivre les inconvénients (grèves, pertes de salaire, instabilité, etc.) autrement dit, ils se battent pour vous mais vous avez eu déjà votre dû plus que généreux! Comment
    vous attendez-vous à être perçus? Vous vivez de vos privilèges, grâce à nos dirigeants médecins-ministres, mais avez-vous seulement une pensée compatissante
    pour les travailleurs salariés qui payent votre dû et se battent à votre place? Mais cela
    c'est trop demander à une élite qui se croit au-dessus de la mêlée. Pendant ce temps,
    de nombreux québécois sont encore sans médecins de famille et attendent des mois,
    sinon des années pour être soignés. Quelle injustice!

  • Yves Corbeil - Inscrit 5 décembre 2015 15 h 13

    Pas besoin de voler quand on nous donne la clé du coffre, le sac pour mettre le tout dedans et un numéro de carte de crédit pour les accessoires qui ne sont pas dans le coffre Madame.

    Pour le commun des dindons mortels que nous sommes, la dinde passera difficilement à Noêl cette année.

    Il va falloir bien, bien, bien des arguments pour me convaincre que vous n'êtes pas encore plus qu'avant ce gouvernement des prévilégiés de notre société.

  • Paul de Bellefeuille - Abonné 5 décembre 2015 16 h 03

    J'ai presque versé une larme!

    Je crois, au contraire de la présidente de la FMSQ, que l'eau continue de couler sur le dos des médecins et des médecins spécialistes, comme celle qui coule sur le dos d'un canard. Je ne pleurerai pas sur leur sort très enviable. Et dire que ces professionnels ne paient pas un sous aux syndicats du secteur public qui négocient pour elle et eux car le résultat des augmentations obtenues dans le cadre de la négociation actuelle leur sera automatiquement versée par l'effet magique d'une clause remorque. On peut donc effectivement parler d'une aristocratie médicale car le propre de cette catégorie sociale est de vivre des efforts des autres sans lever le petit doigt. Je revendique donc une clause remorque universelle pour tous les travailleurs vivant du salaire minimum ou en dessous du seuil de pauvreté. Et ce n'est pas la publicité de la FMSQ qui me convaincra de leur grande humanité.

  • Donald Bordeleau - Abonné 6 décembre 2015 22 h 29

    Les médecins ressemblent à nos curés.

    Ils contrôlent la population comme des curés de campagne et qui par surcroit ont obtenu 2 temples à coup de milliards ( méga-hôpitaux ).

    Ils ne font pas de voeux de pauvreté.