L’opposition craint un Québec accro à la bourse carbone

La Coalition avenir Québec veut inciter le « 450 » à troquer la voiture pour le transport en commun.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La Coalition avenir Québec veut inciter le « 450 » à troquer la voiture pour le transport en commun.

Les partis d’opposition jettent le doute sur la capacité du Québec à atteindre, sans tours de passe-passe, la cible de réduction de gaz à effet de serre (GES) fixée par le gouvernement libéral.

Le premier ministre, Philippe Couillard, s’est engagé à réduire de 37,5 % les émissions de GES par rapport au niveau de 1990, et ce, d’ici 2030. Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, craint de le voir acquérir pour des dizaines et des dizaines de millions de dollars des droits d’émission de GES en Californie pour respecter sa parole. « Il n’est pas capable d’avoir un plan assez ambitieux pour qu’on atteigne nous-mêmes nos objectifs, donc on va être obligé d’acheter des droits de polluer. […] On prévoit payer d’ici 2030 327 millions de dollars », a-t-il déclaré en marge du caucus hebdomadaire des élus de la CAQ mercredi après-midi.

M. Legault presse le chef du gouvernement de « revoir le plan » de lutte contre les changements climatiques, afin que celui-ci prévoie des mesures plus agressives de réduction des émissions de GES liées au secteur des transports. « Il faut en faire beaucoup plus dans le transport en commun, je pense entre autres à toutes les banlieues du 450 autour de Montréal, il faut être capable de remplacer plus rapidement les voitures par l’utilisation du transport en commun », a fait valoir le député de L’Assomption, invitant à favoriser l’utilisation du train de banlieue ou de l’auto électrique. Il a aussi affiché un préjugé favorable à l’utilisation du gaz naturel liquéfié par les camions.

Le chef caquiste doute que le gouvernement libéral ait les moyens de ses ambitions si la croissance économique du Québec n’excède pas la cible de 1,7 % fixée par les libéraux. « Ne nous contons pas d’histoire, il faut avoir de la richesse. On le voit, les pays qui sont les plus riches sont les pays qui se fixent les cibles les plus ambitieuses pour réduire les GES », a-t-il soutenu.

Le chef du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau, appelle aussi l’équipe Couillard à se doter d’un véritable plan, à défaut de quoi il ratera immanquablement sa cible. « On garroche, excusez-moi l’expression, des chiffres, mais où est le plan ? » a-t-il demandé lors d’une mêlée de presse. Il invite à intensifier le plan d’électrification des transports. « C’est 100 000 voitures qui ont été annoncées pour 2020 alors qu’il y en a 7000 à l’heure actuelle, donc 93 000 [de moins]. On est très loin du compte », a-t-il fait remarquer.

Collaboration fédérale

M. Couillard s’est pour sa part réjoui mercredi de la « collaboration fédéral-provincial » naissante dans la lutte contre les GES. Par ailleurs, il a dit toujours garder espoir de voir d’autres États fédérés faire leur entrée dans le plus grand marché du carbone en Amérique du Nord, où se trouvent notamment le Québec et la Californie. « Le marché du carbone a été salué — je cite le secrétaire général de l’OCDE — comme le seul qui fonctionne bien sur la planète, et il faut s’en féliciter. Nous avons réussi à recruter des partenaires comme l’Ontario. On essaie d’en recruter d’autres, et ça, c’est quelque chose qui est très, très apprécié et par la communauté internationale, mais également par le mouvement environnemental », a-t-il insisté.

M. Couillard, M. Péladeau et M. Legault s’envoleront pour Paris, dès la fin de la session parlementaire vendredi après-midi, afin de prendre part à la 21e Conférence des parties de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques.

4 commentaires
  • François Beaulé - Inscrit 3 décembre 2015 10 h 07

    La pensée magique de Philippe Couillard

    La bourse du carbone est sûrement une bonne chose. Cependant le marché ne peut suffire à orienter l'évolution de l'habitat et des transports. Il faut de nouveaux règlements d'urbanisme pour obliger une densité nettement plus forte des logements. Cette densité étant nécessaire à l'établissement de tranports en commun efficaces et efficients.

    Le marché ne suffit pas, loin de là. Il faut un gouvernement chef d'orchestre et imposant des normes.

  • Jean Richard - Abonné 3 décembre 2015 11 h 10

    Un ajustement s'impose

    « invitant à favoriser l’utilisation du train de banlieue ou de l’auto électrique. Il a aussi affiché un préjugé favorable à l’utilisation du gaz naturel liquéfié par les camions »

    Le train de banlieue ou l'auto électrique ? Monsieur Legault a tendance à tout mélanger en contournant les nuances qui s'imposent.

    Le train de banlieue ? D'accord, mais pas n'importe où et n'importe comment. Le train de banlieue ne doit pas servir à promouvoir l'étalement, comme il le fait actuellement. Si on veut que les transports contribuent à l'aménagement du territoire, il faut qu'ils soient envisagés en fonction de cet aménagement. Actuellement, les trains de banlieue favorisent l'étalement en favorisant ses usagers qui ont choisi de s'installer loin du centre. À vouloir desservir en quasi première classe les usagers qui habitent à plus de 50 kilomètres du centre, on néglige les usagers des banlieues immédiates, là où une densification harmonieuse pourrait être encore possible. Le développement des transports en commun doit se faire en priorité du centre vers la périphérie et non l'inverse. Pour en finir avec les coûteux embouteillages, il faut rendre l'auto inutile en ville et ça, on le fera avec les transports actifs et les transports collectifs, pas avec la voiture individuelle en solo (fut-elle électrovertueuse). Dans un deuxième temps, pour inciter les gens à ne pas trop s'éloigner du centre, il faut également offrir aux gens de la périphérie immédiate un système de transport efficace, orienté vers le centre en priorité.

    Le train de banlieue ou l'auto électrique ? Si on choisit les transports collectifs, on choisira également d'électrifier en priorité ces transports. Actuellement, on subventionne indirectement mais généreusement les Ford, Nissan, Tesla, Toyota et on écarte l'électrification des autobus en disant qu'on n'a pas l'argent pour le faire. Cherchez l'erreur et si vous la trouvez, ne la répétez pas, de grâce.

    • Jean Richard - Abonné 3 décembre 2015 11 h 15

      Le gaz naturel pour les camions ? En attendant l'électrification efficace des transports (et non pas les subventions aux constructeurs étrangers et à l'industrie minière du lithium), le gaz doit aussi être retenu pour les autobus (ce vers quoi se tournent bien des villes européennes et même américaines). Ce recours au gaz exige toutefois une condition : qu'une partie de plus en plus importante de ce gaz ne vienne pas des réserves fossiles, mais de la récupération du méthane qui autrement, s'échappe dans l'atmosphère et contribue à l'effet de serre.

    • François Beaulé - Inscrit 3 décembre 2015 12 h 57

      Si une norme de densité est imposée pour tous les nouveaux développements de banlieues proche ou lointaine, les gens choisiront la banlieue proche. Jusqu'à maintenant, l'étalement urbain est favorisé par la possibilité pour un acheteur de se procurer un plus grand terrain en s'éloignant du centre.