Couillard juge «prématuré» d’appeler les médecins à offrir l’aide à mourir

Le premier ministre Philippe Couillard juge «prématuré» d’appeler les médecins québécois à offrir l’aide médicale à mourir, même s’ils risquent de défier le Code criminel. «On ne peut pas encourager personne actuellement à défier une injonction. Ce serait un très, très mauvais message de la part d’un gouvernement», a-t-il déclaré en marge du caucus des élus libéraux, mercredi avant-midi. «La question […] pourrait un jour se poser, mais c’est prématuré de le faire aujourd’hui», a-t-il ajouté.

Pour sa part, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a indiqué que les médecins abrégeant les souffrances de leurs patients à l’agonie sont à l’abri du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP). «Je ne peux pas demander aux gens de faire abstraction du jugement. Ce qui est important, en ce qui me concerne aujourd’hui, c’est de dire aux médecins que la position du Québec n’a pas changé: nous n’irons pas faire une chasse aux sorcières ni poursuivre des médecins pour quoi que ce soit», a-t-il affirmé à la presse. L’injonction de la Cour supérieure suspend le «protocole» d’aide médicale à mourir prévu à la Loi sur les soins de fin de vie, dont l’entrée était prévue au 10 décembre prochain, mais n’enlève pas toute la marge de manœuvre aux médecins, a-t-il rappelé. «La fameuse proverbiale injection de morphine dans les dernières heures de la vie, ça se fait», a-t-il ajouté.

M. Couillard a à son tour expliqué que pour «la sédation terminale qui est une pratique médicale bien courante, et qui est maintenant encadrée, ça ne change rien». «C’est vraiment l’acte de l’aide médicale à mourir qui est le sujet de la discussion devant les tribunaux», a-t-il précisé.

D’autre part, le chef du gouvernement a invité les médias à ne pas voir dans l’accrochage entre les procureurs canadien et québécois au Palais de justice de Montréal la semaine dernière un «conflit de gouvernements». «Il s’agit d’une décision de tribunal», a-t-il dit, ajoutant que «l’injonction [devait] être respectée». «C’est certain que l’injonction doit être respectée, mais le message demeure inchangé: pour nous il s’agit de soins, de soins de fin de vie, et que ça n’a pas rapport avec soit de l’euthanasie ou soit une infraction au Code criminel. Maintenant, c’est aux tribunaux de faire la part des choses et je souhaite que ce soit fait.»

La députée de Joliette, Véronique Hivon, presse la procureure générale du Canada, Jody Wilson-Raybould, de donner instruction à ses procureurs de se «retire[r] de toute contestation qui vient remettre en cause la validité de la loi québécoise». À son initiative, l’Assemblée nationale a adopté mercredi une motion exigeant du gouvernement fédéral de «reconna[ître] la validité de la loi québécoise» une fois pour toutes. «Dans le contexte actuel ce n’est pas banal, c’est une demande formelle au gouvernement de Monsieur Trudeau, à Monsieur Trudeau lui-même, à sa ministre de la Justice, de reconnaître la validité de toute la démarche québécoise et de cette loi qui est poussée par un très très fort consensus au Québec sur les soins de fin de vie», a fait valoir l’élue péquiste.

De son côté, le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a invité le premier ministre fédéral Justin Trudeau à couper court aux activités du comité mis sur pied pour étudier les options en vue d'une réponse législative à l'arrêt de la Cour suprême du Canada dans l'affaire Carter et à « tout mettre en oeuvre » afin que le Québec puisse appliquer la loi sur les soins de fin de vie le plus rapidement possible. « La balle est dans le camp de Justin Trudeau », a-t-il lancé. 

D'autres détails suivront.

7 commentaires
  • Paul-Marie Bernard - Abonné 2 décembre 2015 11 h 55

    On peut encourager quelqu'un

    Si on ne peut pas encourager personne, on peut donc encourager quelqu'un, monsieur Couillard!

  • Yvon Bureau - Abonné 2 décembre 2015 12 h 07

    SVP Monsieur Trudeau, PMC

    Intervenez immédiatement.
    Demandez à la Procureur générale du Canada et ses représantants de se retirer de l'injonction contre la Loi concernant les soins de fin de vie. Immédiatement

    Que l'on laisse le Dr Saba débattre de sa cause, suite à l'appel du Québec.

  • Robert Beauchamp - Abonné 2 décembre 2015 12 h 30

    contresens

    Il y a un contresens évident dans le ler paragraphe de cet article.
    Davantage sur le fond, disons que Couillard se range sans surprise du côté de l'autorité fédérale.
    C'est un réflexe.

  • Marie Annik Grégoire - Abonnée 2 décembre 2015 13 h 56

    Qui sont les conseillers juridiques de M. Couillard ?

    Inquiétant que ce commentaire du Premier ministre puisque la lecture du jugement démontre clairement que le juge a rejeté la demande d'injonction! Il n'y a d'ailleurs aucune ordonnance (nécessaire lorsqu'une injonction est accordée) dans les conclusions du jugement. N'y a-t-il pas des conseillers juridiques dans l'entourage du Premier ministre ? Si la loi est privée d'effet, ce n'est pas en vertu d'une injonction, mais bien en vertu de la théorie constitutionnelle de la prépondérance de la législation fédérale...

  • Gilles Théberge - Abonné 2 décembre 2015 14 h 17

    On ne peut pas encourager personne

    Au secours l'office de la langue française...

    On jurerait que c'est Justin qui parle. Mais c'est vra qe ce sont dux libéraux!