Québec (ré)investit en éducation

En dévoilant sa mise à jour économique, le ministre des Finances, Carlos Leitão, a annoncé un réinvestissement in extremis de 80 millions en éducation sur une base annuelle, tout en refusant d’admettre qu’il y a eu des coupes dans le réseau scolaire.

Ce sont 20 millions qui seront consacrés d’ici la fin de l’année financière le 31 mars, et 80 millions en 2016-2017, à l’ajout de « ressources d’enseignement et de ressources professionnelles et techniques » pour favoriser la réussite scolaire en milieu défavorisé, notamment. Le gouvernement Couillard pallie ainsi les compressions effectuées dans l’aide aux élèves en difficulté, compressions conduisant à la réduction des heures travaillées par les professionnels qui viennent appuyer les enseignants.

Même si le gouvernement a senti le besoin de réinvestir précipitamment, Carlos Leitão a nié l’existence de coupes. « On n’a pas coupé en éducation », a-t-il martelé ; on a plutôt haussé de 0,9 %, ou 154 millions, les budgets. Il s’agit toutefois d’une somme insuffisante pour couvrir la croissance normale des dépenses du réseau.

« Il n’y a pas eu d’austérité toxique », a-t-il affirmé, manifestant la même aversion pour ce terme que le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, qui a refusé cette semaine d’accorder une entrevue à une journaliste de La Presse si elle ne s’interdisait pas d’employer le mot « austérité » dans son article. L’entrevue n’a pas eu lieu.

Le ministre de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, François Blais, doit préciser sous peu combien de professionnels il réengagera ainsi que les autres détails touchant l’utilisation de ces sommes. Le mois dernier, le ministre ne s’attendait pas à en voir la couleur puisqu’il affirmait qu’il serait « maladroit » de réinvestir cette année dans le soutien des élèves en difficulté.

Le porte-parole de la Coalition avenir Québec en matière d’éducation, Jean-François Roberge, refuse quant à lui d’utiliser le mot « réinvestissement ». « À la limite, on pourrait parler d’une injection. […] Même avec 20 millions, il faudrait encore 601 millions de dollars pour seulement revenir au niveau d’avril 2014 », a-t-il souligné.

La Fédération des comités de parents évalue à 1 milliard de dollars les compressions effectuées dans le réseau éducatif depuis cinq ans. Sa présidente Corinne Payne a fait savoir par voie de communiqué que le montant annoncé jeudi « ne représente qu’un petit pansement sur une blessure beaucoup trop grosse ».

Vers l’atteinte du déficit zéro

Carlos Leitão a présenté une mise à jour économique qui montre que le gouvernement est en voie d’atteindre son objectif du déficit zéro en 2015-2016 malgré une croissance économique plus anémique que prévu. « Grâce à cet effort collectif, nous avons remis le Québec en ordre de marche et nous sommes prêts à faire face aux défis de demain. Notre situation financière est plus solide et la croissance économique se poursuit. Nous avons véritablement repris le contrôle des finances publiques », a déclaré le ministre.

Les résultats pour l’année 2014-2015 sont meilleurs que prévu. Ainsi, le déficit de 2,35 milliards envisagé lors du dernier budget a été réduit à 1,1 milliard. En fait, il s’agit d’un léger surplus puisque cette même année, l’État a versé 1,28 milliard au Fonds des générations.

Ce déficit moindre s’explique par des dépenses de programmes moindres de 362 millions, dont une somme de 140 millions qui n’a pas été dépensée pour répondre à la tragédie de Lac-Mégantic. Une somme de 884 millions a été retranchée des autres dépenses du gouvernement : des projets d’infrastructures ont été reportés — une économie de 170 millions —, le Fonds vert a déboursé 100 millions de moins que prévu, tout comme la Régie d’assurance maladie du Québec — quelque 300 millions de moins — ainsi que l’assurance médicaments. Les revenus du gouvernement ont légèrement fléchi.

Mais Carlos Leitão a refusé de s’engager à ne pas augmenter la taxe sur l’essence. « Ce que je n’aimerais pas faire, c’est de fermer tout de suite la porte à une éventuelle réforme fiscale, à une éventuelle écofiscalité, surtout dans le contexte de la réunion de Paris [la COP21] », a-t-il dit.

Tant le Parti québécois que la CAQ ont accusé le gouvernement de boucler son budget en imposant un fardeau supplémentaire de 1500 $ à la famille moyenne. Selon le porte-parole péquiste en matière de finances, Nicolas Marceau, les finances publiques ne sont pas en santé. « Il s’agit d’une illusion. » Ainsi, à 55 %, le ratio dette-Produit intérieur brut (PIB) dépasse la prévision du ministre. « Les politiques d’austérité […] sont autodestructrices », accuse l’économiste.


Avec Sarah R. Champagne

Les garderies encore sous pression

Les regroupements du secteur des services de garde ont claqué la porte des discussions entreprises cet automne avec le ministère de la Famille sur leur financement, craignant un « désastre » et un « nivellement par le bas » dans le système de garderies tel qu’on le connaît aujourd’hui. La coalition calcule que, selon les exigences du gouvernement, des compressions de 120 millions pourraient être imposées aux services de garde, mettant en danger environ 5000 emplois. C’est l’Association québécoise des centres de la petite enfance qui a calculé ce chiffre selon les indications reçues du ministère. Selon l’Association des garderies privées du Québec (AGPQ), le gouvernement souhaite que les deux tiers des garderies s’inspirent du tiers qui « coûte moins cher ». Le premier ministre, Philippe Couillard, a confirmé qu’il remettait en question les performances de gestion du secteur des services de garde. « Je trouve qu’il est tout à fait correct de s’inspirer des meilleures gestionnaires possible, d’avoir les services publics de la meilleure qualité possible pour le meilleur prix possible », a-t-il dit à l’Assemblée nationale. Le président de l’AGPQ, Samir Alahmad, note que les garderies qui opèrent à coûts moindres ne respectent peut-être pas le ratio entre enfants et éducatrices ni le guide alimentaire canadien dans leurs menus, par exemple. La Presse canadienne


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