Devant les étudiants du cégep François-Xavier-Garneau - N'ayons pas peur des mots, dit Jacques Parizeau

Même en mettant des gants blancs pour ne pas faire «le gérant d'estrade», selon son expression, Jacques Parizeau n'a pas pu s'empêcher hier de convier les élus du Parti québécois à un sursaut salutaire et à faire preuve de clarté en vue des prochaines élections.

«Après sept ou huit ans au pouvoir, on a tendance, sur le plan des idées, à vivre sur l'acquis. C'est vrai. Puis, des fois, il faut avoir une sorte de sursaut à cet égard», a dit Jacques Parizeau lors d'un point de presse après sa prestation devant des étudiants du cégep François-Xavier-Garneau.


«Je pense qu'il y a une certaine clarté des objectifs qu'il faut redéfinir, qu'il faut rétablir: la souveraineté, la social-démocratie. Il ne faut pas avoir peur des mots.»


Le sursaut dont parle M. Parizeau peut prendre la forme d'une démission, comme il l'avait fait en 1984 lorsque René Lévesque s'était laissé tenter par le «beau risque». «Le sursaut peut prendre une autre dimension, c'est-à-dire, par exemple, constater que lorsque la souveraineté est plus populaire que le parti, il n'y a pas de raison de la mettre sur la voie de garage», a-t-il poursuivi.


Jacques Parizeau répondait hier à l'invitation de quatre étudiants en science politique du cégep François-Xavier-Garneau. Devant environ 200 étudiants, l'ancien premier ministre a répondu aux questions en provenance de l'auditoire sans préambule et sans discours.


À l'étudiant qui lui a demandé si la souveraineté a régressé depuis 1995, M. Parizeau a répondu sans ambages qu'il est clair que c'est le cas. Plusieurs raisons expliquent cette situation. L'atteinte du déficit zéro en a détourné plusieurs de la ferveur souverainiste. En outre, les «décideurs» au gouvernement «sont engagés dans une sorte de gestion des choses courantes qui leur fait laisser de côté les objectifs politiques».


On ne parle presque plus de la souveraineté depuis quatre ou cinq ans. «Dès qu'il y a moindrement un problème politique, on dit qu'il faudrait mettre de côté la souveraineté, a-t-il poursuivi. Ça ne fait pas beaucoup avancer les choses.» Est-ce que les fédéralistes mettent de côté leurs options au moindre contrecoup politique?, se demande M. Parizeau.


Après plusieurs années au pouvoir, il est compréhensible que le choix entre un discours misant sur un bon gouvernement et celui tablant sur le projet souverainiste et social-démocrate «provoque un débat à l'interne», a-t-il souligné. Or, ce que les étudiants qu'il rencontre lui disent, c'est qu'ils veulent qu'on leur propose des «idées claires».


Il est d'ailleurs «étonnant» que la souveraineté conserve autant d'appuis en dépit de tout ce qui s'est passé depuis 1995. Si la souveraineté a perdu du terrain, elle «reste tenace dans l'esprit des gens», estime M. Parizeau. «C'est vrai, ç'a reculé. Mais ce n'est pas dramatique. Ça se renverse; il faut le décider, a-t-il fait valoir. Je ne comprends pas les hésitations.»


Dans ses réponses aux étudiants, Jacques Parizeau a exposé les idées que lui inspire, depuis quelques années, le phénomène de la mondialisation. Avec le libre-échange, ce n'est plus l'économie qui définit les pays mais la culture prise dans son sens large. La préservation de la souveraineté des États dans la mondialisation est une idée qui ne mobilise pas seulement le Québec mais bien des peuples à travers le monde, comme en témoigne le rassemblement de 60 000 personnes au Forum social mondial de Porto Alegre, a-t-il dit.