La souveraineté bénéficierait d’un plan clair à la catalane

Ancienne députée de la gauche catalane et analyste politique, Gemma Calvet (au centre) était au panel multipartite sur la souveraineté, dimanche.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Ancienne députée de la gauche catalane et analyste politique, Gemma Calvet (au centre) était au panel multipartite sur la souveraineté, dimanche.

Il est grand temps que les partis indépendantistes et la société civile travaillent sur une feuille de route claire comme en Catalogne, affirme la présidente de OUI Québec, qui a réuni dimanche des militants du Parti québécois, de Québec solidaire et d’Option nationale pour analyser les leçons à retenir du parcours catalan.

À la lumière d’un séjour d’observation en Catalogne, où la dernière élection était ni plus ni moins un plébiscite sur l’indépendance, Claudette Carbonneau estime que les forces vives du mouvement souverainiste québécois sont pleines de « bonne volonté », mais qu’il faut plus que jamais un plan de match.

Conspués par Madrid, les indépendantistes catalans de la coalition« Ensemble pour le oui » et du parti CUP ont récolté une majorité de sièges lors du scrutin du 27 septembre dernier, sans toutefois réussir à décrocher plus de 50 % du vote populaire.

Le premier ministre catalan, Artur Mas, a toujours affirmé que l’élection d’un gouvernement régional mènerait, dans les 18 mois suivants, à la création d’un État indépendant. La feuille de route énonce clairement les différentes étapes menant à la déclaration de l’indépendance, laquelle serait précédée notamment par la négociation avec l’Espagne et l’adoption d’une constitution.

Une « bénédiction »

Invitée à commenter un récent sondage CROP indiquant que seulement la moitié des indépendantistes gardent espoir de voir « un jour » la création d’un État québécois, Mme Carbonneau a dit que « c’est une bénédiction du ciel qu’il y a encore autant de Québécois qui y croient ». « Il n’y a pas de plan de match clair autour de cette question-là depuis le référendum de 1995 », a dit l’ex-présidente de la CSN en marge du panel.

Parmi les leçons à retenir de l’expérience catalane, a dit Mme Carbonneau, il y a « la place de la société civile, qui est majeure, absolument majeure » et la « coalition électorale, qui s’est faite dans un contexte bien précis où l’élection prenait des allures plébiscitaires ».

OUI Québec est, depuis décembre 2014, la nouvelle incarnation du Conseil de la souveraineté du Québec. La table organisée dimanche à l’Université du Québec à Montréal a réuni Daniel Turp (professeur à la faculté de droit de l’Université de Montréal et ex-député du Parti québécois et du Bloc québécois), Alexandre Leduc (membre de Québec solidaire) et Julien Gaudreau (membre d’Option nationale). M. Turp a estimé que le fait d’avoir des militants des trois partis incarnait « un moment important, presque unique dans notre histoire politique ».

De passage au Québec, une ancienne députée de la gauche catalane et analyste politique, Gemma Calvet, a fait valoir la grande résistance du peuple catalan, mais a reconnu que les prochains temps seraient « difficiles ». Le soutien international est capital, a-t-elle plaidé.

Au-delà des répercussions politiques, les derniers événements en Catalogne retiennent l’attention du monde financier, comme lors du référendum de 1995. L’agence de notation Fitch a indiqué il y a deux semaines qu’elle fait passer la dette catalane à long terme dans sa catégorie spéculative. Elle a fait ce geste à la suite de l’adoption d’une résolution indépendantiste, mentionnant au passage les tensions avec le gouvernement de Madrid.

8 commentaires
  • Raymond Labelle - Abonné 23 novembre 2015 00 h 12

    Problème de légitimité?

    Les partis indépendantistes catalans n'ont pas obtenu 50% des voix. Cela pose un problème de légitimité pour réaliser l'indépendance.

    Et s'ils n'avaient dépassé 50% des que par peu, une élection pose un problème de légitimité: on peut voter pour un parti politique pour toutes sortes de raison - il aurait encore fallu un référendum.

    Bien sûr, on peut accepter qu'il ne faille que 50% + 1 à un référendum pour considérer qu'il y a mandat de réaliser l'indépendance - mais dans le cadre d'un référendum qui pose la question clairement - comme en Écosse par exemple.

    L'interdiction de la Cour constitutionnelle espagnole n'est pas une raison valide de ne pas proposer un référendum présenté comme exécutoire.

    Cette même Cour autoriserait encore moins le processus d'indépendance sans un tel référendum.

    • Gilles Théberge - Abonné 23 novembre 2015 09 h 46

      C'est vrai mais remarquez que le nombre de ceux qui s'abstiennent de voter sauf exception, pourraient faire pencher la balance en faveur de l'une ou l'autre des options.

      C'est sans compter le fraudeur comme pa exemple Joe Ghiz ex premier ministre de PEI qui était étudiant à Bishop en 95 et qui avait voté pour le non illégalement.

      Où encore dans le cas où des immigrants de souche très récente soient appelés à se prononcer sur une question qui les dépasse.

      Dans le cas où le résultat soit très serré la balance peut parfois être mince.

  • Yves Côté - Abonné 23 novembre 2015 03 h 17

    Pour arrêter de...

    Pour arrêter de parler dans le vide de l'indépendance, il faut un projet de société clairement exprimé.
    Au travail, les chefs !

    • Jean Richard - Abonné 23 novembre 2015 08 h 58

      Et un projet de société, nous n'en avons guère. C'est bien là qu'est le plus grand problème.

      L'indépendance du Québec ne peut pas être que politique : elle doit être sociale, culturelle... Elle doit être inclusive et non identitaire.

    • Claude Richard - Abonné 23 novembre 2015 10 h 40

      Eh oui, monsieur Richard, le non peut être identiaire, mais non le oui. Billevesées que cela. Quant au projet de société, quel est celui du Canada? Il varie d'un gouvernement à l'autre, mais personne ne parle d'annexion aux États-Unis, c'est-à-dire de la dissolution de l'indépendance. Si l'indépendance est bonne pour Pitou, elle devrait être bonne pour minou.

    • Sylvain Auclair - Abonné 23 novembre 2015 11 h 08

      Pourquoi? Pouquoi l'indépendance devrait-elle être politisée? N'y aura-t-il pas des partis défendant différentes options dans un Québec indépendant?

      Extrait de mon blogue:

      La seule conséquence du oui devra être la souveraineté et rien d'autre. Pourquoi? D'une part parce que la gestion de la transition sera sans doute très difficile (il serait d'ailleurs irresponsable de promettre que tout se fera facilement, qu'il n'y aura pas de postes-frontière, que l'on pourra garder le dollar canadien et rester sans problème dans l'ALÉNA, etc.), et qu'ajouter à cela des réformes institutionnelles profondes et controversées rendra la tâche impossible. Mais aussi et avant tout parce qu'il faut que l'appui à la souveraineté ne soit pas vu comme un appui à un programme quelconque, de gauche ou de droite, laïciste ou multiculturaliste, républicain ou parlementaire, centraliste ou régionaliste, etc. Il ne faut exclure aucun souverainiste.

      Les choix importants devront selon moi se faire dans un deuxième mandat. Néanmoins, il ne faut aucunement que cela empêche les partis de présenter leurs propositions de pays dès la campagne référendaire, qu'il s'agisse, par exemple, de l'abolition des frais de scolarité, de la mise sur pied d'une assemblée constitutante, de la légalisation de la marijuana, de l'abolition des commissions scolaires, de la privatisation du système de santé, de l'interdiction des armes d'assaut, de la décarbonisation de l'économie, et tutti quanti. Il faut illustrer ce qu'on veut faire de ce nouveau pays. Il faut justifier l'indépendance ou, du moins, montrer les choix qu'elle permettrait. Donc, on promet de ne rien faire dans un premier temps, mais on donne aux Québécois le droit de choisir, après le référendum et les soubresauts de l'indépendance, ceux et celles qui imprimeront à ce nouveau pays son élan initial. (...) On peut s'allier pour le pays, quitte à se battre ensuite.

  • Colette Pagé - Inscrite 23 novembre 2015 10 h 32

    À quand les chefs des partis souverainistes oeuvrant pour le même objectif ?

    Un jour, il est à espérer, que nous verrons assis à la même table les chefs des partis souverainistes qui présenteront un Plan commun de projet de pays. Un projet de société ! Cette initiative enverrait un message clair aux électeurs que désormais l'on parle des vraies affaires et que l'on met de côté les différends personnels.

    Se pourrait-il que le blocage de cette initiative découle du refus de Madame David ou bien de l'intransigeance du PQ à accueillir QS et à démontrer une véritable ouverture.
    Comment expliquer l'absence de Véronique Hivon dans l'équipe du OUI pour l'indépendance alors qu'elle oeuvre au Regroupement des forces souverainistes ?

    • Cyr Guillaume - Inscrit 23 novembre 2015 14 h 47

      Je veux bien croire que le PQ n'est pas parfais, mais QS à sa part de responsabilité aussi dans toute cette histoire. Je trouve que le refus de l'alliance viens beaucoup plus de leur coté, que du notre. ON au moins à compris.