Québec vise les produits les plus dangereux

La Stratégie québécoise sur les pesticides 2015-2018 lancée ce dimanche promet d’encadrer et réduire l’utilisation des pesticides les plus dangereux pour la santé humaine, l’environnement et la survie des insectes pollinisateurs.

Axée sur les milieux agricole et urbain, la stratégie, qui sera mise en oeuvre après l’adoption d’un projet de loi modernisant la Loi sur les pesticides, prévoit donc de favoriser les pesticides les moins dommageables pour la santé et l’environnement, si leur utilisation est inévitable.

Parmi les pesticides les plus encadrés, le programme provincial mentionne les néonicotinoïdes, reconnus comme étant très nocifs pour les abeilles. Cette classe d’insecticides agit sur le système nerveux central des insectes.

La stratégie fera la promotion des biopesticides et favorisera une utilisation restreinte à l’essentiel en milieu urbain.

Dans les villes, pour réduire l’exposition de la population à ces produits chimiques, la Stratégie exigera une distance d’éloignement minimale des zones habitées et triplera le nombre de pesticides interdits sur les végétaux.

Un communiqué du ministère de l’Environnement, M. Heurtel souligne l’importance accrue d’un usage contrôlé des pesticides à l’heure changements climatiques, qui « risquent d’entraîner une augmentation des insectes nuisibles dans les cultures du Québec ».

Le gouvernement propose aussi de faire payer les pollueurs afin « d’accroître la responsabilisation ». Un document d’orientation serait déposé l’été prochain.

Dans les milieux agricoles, la Stratégie vise également à « faire en sorte que l’utilisation de tous les pesticides les plus à risque à des fins agricoles soit préalablement justifiée par un agronome dans 100 % des cas ».

Les propositions feront l’objet de consultations avec les partenaires, a indiqué le ministère, « ce qui permettra de préciser et de bonifier les modifications législatives et réglementaires à venir ».

L’UPA réagit

L’Union des producteurs agricoles (UPA) a rapidement réagi au dévoilement des mesures de la Stratégie, qu’elle a qualifiées de « décevantes et incomplètes ».

« Elles auront surtout pour conséquence d’augmenter les exigences administratives liées à l’utilisation des pesticides alors que les agriculteurs sont déjà littéralement enterrés sous des tonnes de paperasse », a déclaré le président général, Marcel Groleau.

Il déplore que le gouvernement s’attaque à une utilisation qui est déjà approuvée par des agronomes plutôt qu’à la source du problème.

« Pour diminuer l’usage des pesticides, la solution passe par de meilleures méthodes de dépistage des ravageurs, sans quoi les agronomes n’auront d’autre choix que de faire ce qu’ils font maintenant, c’est-à-dire agir de façon préventive », a fait valoir M. Groleau, ajoutant que cela passait par des investissements dans la recherche, la formation, le transfert des connaissances, l’accompagnement et les outils de dépistage.

3 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 23 novembre 2015 09 h 33

    Un Sommet demandé et espéré

    Solidement et intensément.

    Nous devons, au nom de nos descendants, de cesser d'être des criminels de la Nature et de ses vivants.

    Et, chez les agronomes, qu'un Code d'éthique (trop élastique) soit remplacé par un Code d'intégrité (plus intense et contraignant).

    Tiens, c'est pour quand un Sommet sur Les insecticides et notre agriculture ?

    En Sommet, les meileurs intérêts émergent plus souvent, beaucoup plus que dans les plaines et dans les champs.

  • Anne Sirois - Abonnée 23 novembre 2015 10 h 13

    L'urgence est là

    J'ai la cinquantaine. Dans mon enfance, lorsque nous faisions le trajet Québec Montréal en voiture, à l'arrivée nous devions décrasser l'avant de la voiture et le pare-brise de tous les insectes qui s'y étaient écrasés durant le trajet
    De nos jours, durant ce trajet même la nuit, on compte sur les doigts d'une main les insectes qui ont collidé avec le véhicule. Il est grand temps d'agir avant que la situation ne soit irréversible. Tous les maillons de la chaîne de vie sont essentiels à notre survie en tant qu'espèce

  • Thierry Laliberté - Inscrit 24 novembre 2015 20 h 35

    Une stratégie sans cible réelle

    L'Ontario a comme objectif de réduire de 80 % la superficie des champs traités aux néonicotinoïdes. Le Québec ne s'est fixé aucune cible et objectifs précis. On reconnaît la toxicité des pesticides pour la biodiversité et les humains, mais on ose pas avoir une position claire contre leur utilisation.

    De plus, lorsqu'on parle de "pesticides les plus à risque" on n'en fait pas une liste exhaustive. Nulle part dans la stratégie il n'est mention dy glyphosate, pourtant l'herbicide le plus vendu au Québec.

    Attendons de voir la modification à la Loi, mais espérons que le leadership sera au rendez-vous et que les partenaires de tous les horizons seront autour de la table.