Ghislain Picard enchante les péquistes en s’affirmant souverainiste

« Je suis Innu. Je suis souverainiste », a lancé le chef de l’Association des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL), Ghislain Picard, au Conseil national du Parti québécois, une déclaration qui a déclenché une ovation béate de la part de l’assemblée péquiste.

Mais dans le point de presse qui a suivi son discours devant quelque 350 militants, Ghislain Picard a précisé que cette souveraineté, c’était celle du peuple innu sur un territoire ancestral qu’ils revendiquent et qui pourrait se séparer d’un Québec devenu souverain. « C’est une possibilité », a indiqué le chef autochtone lorsqu’un journaliste lui a demandé si cette souveraineté innue pouvait conduire à la partition du Québec. Si le Québec déclare son indépendance, il reviendra aux nations innues de décider avec quel pays elles choisissent de collaborer, le Québec ou le Canada, a-t-il expliqué. « À ce moment, à mes yeux, tout est sur la table, incluant la question territoriale. » 

« Il n’y a personne qui peut réclamer le monopole sur la souveraineté », a fait valoir Ghislain Picard. « Nous sommes des peuples souverains comme Premières Nations. On appuie notre cause. »

Le chef du PQ, Pierre Karl Péladeau, a nourri, malgré lui, le quiproquo qui a berné les militants péquistes en établissant un parallèle entre le projet souverainiste des Québécois et les revendications des autochtones. « Nous partageons avec les Premières Nations notre quête de liberté et de respect de nos droits, la volonté de préserver notre langue, notre culture et la perpétuation de notre émancipation par le biais de l’éducation », a-t-il déclaré dans un discours prononcé avant que Ghislain Picard ne soit acclamé comme un héros de la cause par ses troupes.  

Les nations autochtones sont un caillou dans le soulier du mouvement souverainiste. Lors du référendum de 1995, plusieurs nations autochtones avaient tenu leur propre référendum pour affirmer leur allégeance au Canada en cas de séparation du Québec. Les Premières Nations réclament que de vastes territoires qu’ils considèrent comme ancestraux leur soient restitués pour qu’ils y établissent des gouvernements autonomes.  
10 commentaires
  • Sylvain Rivest - Inscrit 21 novembre 2015 15 h 41

    Quoi de plus normal!

    Je serais même d'accord à leur céder le Québec en entier et de faire une demande d'immigration sur ce nouveau territoire.

  • Claude Bariteau - Abonné 21 novembre 2015 16 h 04

    Droit interne versus droit externe

    Que monsieur Picard avance que les peuples Autochtones ont un droit à l'autodétermination va de soi, ce croit est d'ordre interne. Ils l'exercent au Canada et il va de soi qu'ils l'exercent au pays du Québec si ce dernier prend forme.

    D'ailleurs, s'il prend forme, il y aura, pour les peuples autochtones un espace de négociation tant au Québec qu'au Canada. C'est un point à prendre en compte.

    Quant au droit à l'autodétermination externe, qui conduit à l'indépendance des peuples autochtones, c'est une autre affaire. Cette autodétermination n'est pas du même ordre que l'externe, car elle implique la création d'États autochtones indépendants du Canada et du Québec.

    Il s'agit là non d'un droit théorique, celui qui conférerait à tous les peuples le droit de disposer d'eux-mêmes, mais de la création d'un État indépendant reconnu par les Nations Unies et, étant créé, la gouverne d'un peuple sur un territoire donné. Il ne s'agit pas de revendications visant à protéger ces peuples, mais d'affirmation grâce à laquelle ils exercent un contrôle politique sur un territoire, ce qui implique des moyens en conséquence.

    Ces distinctions, monsieur Picard n'y fait pas écho, préférant, ce qui est compréhensible voire approprié, affirmer un principe général et se placer dans une position de négociation.

    Que les militants péquistes l'aient applaudi va de soi, car ils affirment aussi ce principe de base. Il leur reste à choisir ente la revendication et l'affirmation, entre l'autodétermination interne et l'autodétermiantion externe.

  • Robert Beauchamp - Abonné 21 novembre 2015 22 h 57

    De quel côté?

    Ce monsieur est aussi ambigu que Françoise David se disant souverainiste au Québec et souverainiste au Canada. Françoise David se dit souverainiste et NPD. De qui se moquent-ils ces deux là? De tout le monde à la fois finalement.

  • Guy LeVasseur - Abonné 22 novembre 2015 05 h 28

    Et le droit international autochtone monsieur Picard ?


    Ghislain Picard ne fait que se placer dans une position de négociation mais omet de faire mention du droit international autochtone.

    Tous les experts juridiques en droit international précisent que les peuples autochtones détiennent en vertu du droit international des droits étendus
    sur leurs terres et territoires ancestraux, mais que ces droits ne constituent
    pas des droits de souveraineté:

    1.
    Ainsi, contrairement à ce qui se produit pour les minorités non-autochtones, le droit international contemporain tend à reconnaître à ces peuples des droits étendus sur leurs terres et territoires ancestraux.

    Mais, quelle que soit la valeur juridique des textes qui traduisent cette tendance, ils ne vont pas jusqu’à reconnaître à ces terres et territoires un statut séparé de celui du territoire de l’État et ces droits ne s’apparentent en aucune manière à des droits de souveraineté.

    2.
    L’adoption de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones en 2007 n’a pas remis en question cet énoncé.

    Cette Déclaration contient de nouvelles normes qui reconnaissent des droits très étendus aux peuples autochtones sur leurs territoires ancestraux.

    Cependant, sa disposition finale, l’article 46 (par. 1) précise que la Déclaration ne peut servir à remettre en question l’intégrité territoriale ou l’unité politique d’un État souverain :

    Article 46

    "Aucune disposition de la présente Déclaration ne peut être interprétée comme impliquant pour un État, un peuple, un groupement ou un individu un droit quelconque de se livrer à une activité ou d’accomplir un acte contraire à la Charte des Nations Unies, ni considérée comme autorisant ou encourageant aucun acte ayant pour effet de détruire ou d’amoindrir, totalement ou partiellement, l’intégrité territoriale ou l’unité politique d’un état souverain et indépendant."

  • Michel Lebel - Abonné 22 novembre 2015 06 h 10

    Marrant!

    Tout un rigolo ce Ghislain Picard! Il a complètement berné l'auditoire péquiste! Vraiment tout un rigolo!

    M.L.

    • André Nadon - Abonné 22 novembre 2015 18 h 31

      Tout un rigolo ce Pierre Elliot Trudeau qui a berné le peuple québécois en 1980 avec sa promesse de changement.
      De peuple fondateur, nous sommes devenus une communauté culturelle à l'intérieur du Canada.
      Lors de l'achat des Territoires du Nord-Ouest et de l'Ungava par le Canada avec promesse que les occupants du Territoire, en majorité métisse et francophone conserveraient leurs droits acquits, ces occupants furent bernés, comme vient de le confirmer le jugement de La Cour Suprême aux francophones de l'Alberta et de la Sask.
      Voilà à quoi sert le droit dans ce '' plusse meilleur pays au monde", comme ce rapatriement de 1982, illégitime, mais légal.
      Vive ce beau pays qui continue à nous berner avec la complicité de nos élites parvenues
      Quel bonheur!!!