Le problème de cette majorité francophone

Des réfugiés syriens à Ersal, au Liban, en février 2014
Photo: Agence France-Presse Des réfugiés syriens à Ersal, au Liban, en février 2014
L’accueil par le Québec de réfugiés syriens a inspiré à Philippe Couillard des réflexions sur l’intolérance des peuples, intolérance sur les braises de laquelle il accuse le Parti québécois et la Coalition avenir Québec d’avoir soufflé. Des commentateurs y ont vu un dérapage partisan. Or, il n’a fait que révéler le fond de sa pensée.​
 

Dans son discours d’ouverture du conseil général du Parti libéral du Québec il y a une semaine, Philippe Couillard a lancé : « Non à la xénophobie et au racisme, non à la fermeture et l’exclusion, oui à l’accueil, oui à la citoyenneté partagée. » Le sujet : l’accueil des réfugiés syriens et une bannière déployée à Québec pour s’y opposer.

Le lendemain, dans son discours de clôture, le chef libéral s’enhardissait en parlant de l’intégration des nouveaux arrivants : il a dénoncé la proposition du PQ — en fait, de Jean-François Lisée — d’imposer un délai d’un an à un nouveau citoyen canadien avant qu’il obtienne le droit de vote au Québec, question d’empêcher Ottawa de tricher. Quant à la CAQ, Philippe Couillard lui reprochait cette idée aussi singulière qu’inapplicable d’imposer aux immigrants un examen de français et de « valeurs » trois ans après leur arrivée : un échec mènerait à l’expulsion.

Le PLQ se présente comme le parti « de l’inclusion », comme l’a dit son chef, « celui d’une citoyenneté ouverte et partagée ». Le corollaire, c’est que le PQ et la CAQ ne le seraient pas. Dimanche dernier, le président de la Commission-Jeunesse du parti, Nicolas Perrino, a bien résumé dans son discours cette nouvelle posture des libéraux. « Les Québécois de tous les horizons savent que notre parti est le seul qui refusera toujours de céder aux fantasmes populistes d’un autre temps. Ils savent que notre parti se méfiera toujours de ceux qui prétendent promouvoir l’affirmation identitaire de la majorité en brimant les droits fondamentaux des minorités. Ils savent que notre parti défendra toujours les libertés individuelles et notre culture sans jamais verser dans l’intolérance et l’exclusion. »

Dans la conférence de presse de clôture du conseil général, Philippe Couillard a développé sa pensée. Tant le PQ que la CAQ « ont un lourd passif » en matière d’accueil des immigrants. « Parfois, et même parfois involontairement, en adoptant certaines politiques qui semblent faciles, qui semblent répondre à ce qu’on croit être le souhait de la population, on pose des gestes qui attisent les braises de ces démons qu’on a chez nous comme partout ailleurs », a-t-il fait observer. Devant l’intolérance, « j’ai toujours eu cette inquiétude », devant ces « démons », présents dans toutes les sociétés démocratiques, « dont la peur de l’Autre, dont la tentation facile du rejet de l’étranger, dont la xénophobie ».

À l’Assemblée nationale mardi, le chef de la CAQ, François Legault, a bien tenté d’obtenir de lui une rétractation. En vain. Jamais, jamais il ne se rétractera parce que c’est précisément ce qu’il pense, confirme-t-on dans son entourage. Ce ne sont pas là des exagérations partisanes servant à chauffer des militants qui se délectent des attaques du chef à l’endroit des adversaires politiques.

Aux yeux de Philippe Couillard, l’hypocrisie du PQ était manifeste durant ce qu’il appelle « cet épisode très regrettable de la charte des valeurs ». En prônant une neutralité religieuse qui s’incarne dans les employés de l’État, le PQ a sciemment exacerbé les sentiments xénophobes du peuple et il a divisé les Québécois.

Deux conceptions

Le débat sur cette charte, appuyée par une nette majorité de francophones à l’époque, ne confrontait pas deux conceptions légitimes du vivre-ensemble — entre les visions d’un Guy Rocher et d’un Charles Taylor, par exemple. Pour les détracteurs de la laïcité de l’État comme Philippe Couillard, le débat opposait les défenseurs des droits et libertés à une majorité pusillanime qui gonfle les muscles en brimant les minorités ; les Lumières de l’interculturalisme, l’ouverture à l’Autre étaient confrontées à l’ignorance nauséabonde d’une plèbe un brin raciste et obtuse.

À l’instar de Bouchard-Taylor, Philippe Couillard a toujours soutenu qu’il n’y avait pas eu de crise des accommodements raisonnables. Il a affirmé que la pratique était aujourd’hui bien balisée et que la charte péquiste ne réglait que des « problèmes imaginaires ». Ce qui ne va pas, c’est la majorité francophone. Il faut définir une « nouvelle identité québécoise », avait-il fait valoir alors qu’il était candidat à la chefferie du PLQ.

Dans une allocution sur l’islamophobie, le président de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, Jacques Frémont, déplorait l’attitude des Québécois quant à la diversité religieuse : le « stigmate du musulman “ imaginaire ” dans la population n’a pas décru », a-t-il souligné, ajoutant que « divers acteurs et leaders d’opinion se chargent d’ailleurs de nous le ramener régulièrement ».

Au sujet de l’islamophobie au Québec, le président de la CDPDJ citait la commission Bouchard-Taylor, qui signalait qu’un « stéréotype s’est formé : celui du musulman radical qui ne veut pas s’intégrer, qui rejette les valeurs fondamentales de notre société […] ». Depuis les attentats de Paris, le cliché est devenu bien réel. Jacques Frémont a prononcé son allocution deux semaines avant les tueries de Paris.

Dans un sondage commandé récemment par l’organisme et dont Jacques Frémont a dévoilé des résultats fragmentaires, 43 % des répondants se montraient d’accord avec l’idée selon laquelle il faut se méfier des personnes qui affirment trop clairement leur religion. « Au Québec, il y a des gens qui haïssent la religion religieusement », avait-il fait remarquer. La CDPDJ se refuse toujours de rendre publics tous les résultats de cette enquête d’opinion.

Certes, Philippe Couillard peut se montrer convaincant quand il vante le Québec pour sa grande tradition d’accueil des réfugiés, qu’ils soient juifs, haïtiens, vietnamiens, libanais, birmans, etc. — la liste est longue. Il y a une semaine, il jugeait que la majorité des Québécois partageait son point de vue. C’était assurément le cas en septembre quand la photo de cet enfant syrien mort sur la plage a fait le tour du monde. Cela semble être moins le cas aujourd’hui si on se fie à un sondage de CROP-La Presse, paru vendredi, qui montre que 60 % des Québécois s’opposent à l’accueil de 25 000 réfugiés au Canada.

On parle beaucoup des difficultés logistiques et d’intégration qu’entraînera l’arrivée de 6000 réfugiés au Québec, quatre fois plus que prévu. Or ces réfugiés ne représentent que 12 % des immigrants reçus annuellement, et plus de la moitié d’entre eux sont pris en charge par la communauté. Et les contrôles de sécurité, une responsabilité fédérale, n’ont jamais été aussi poussés sur le plan technique.

On peut se demander pourquoi au Québec une pareille opération, qui relève de l’expertise éprouvée du ministère et des organismes du milieu de l’immigration, apparaît aujourd’hui à ce point gigantesque qu’elle serait vouée à l’échec. La société québécoise serait-elle devenue à ce point incapable ? La question, on le voit, est ailleurs.

22 commentaires
  • Robert Beauchamp - Abonné 21 novembre 2015 00 h 43

    Le problème ailleurs

    Oui le problème est ailleurs. Tout d'abord les Québécois francophones sont tannés d'essuyer tous les reproches empreints de démagogie et que dire de certaines autres communautés qui sont aussi québécoises, allez-y voir, certaines réactions sont très révélatrices, je le sais en connaissance de cause car je vis ici. Ensuite on exige beaucoup et continuellement de la part Québécois et la liste est longue et connue. Ensuite les Québécois sont tannés de recevoir des leçons de vie avec des dirigeants qui «décident» sans effort de pédagogie à coups de pilons jusque dans le fond de la gorge et à coups de maillets sur la tête votre honneur.

    • Yves Corbeil - Inscrit 21 novembre 2015 15 h 24

      Le problème part de la charte des droits et libertés Canadienne. Cette loi qui permet à tous ceux et celles qui viennent s'installé ici, de s'installé exactement comme d'où ils viennent, cette loi qui leur permet de revendiquer au nom de leur religion et de se comporter en ''trou du cul'' au lieu de s'intégré dans le pays qui les accueillent les bras ouverts.

      Pas tous, une chance, mais cette loi qui date...le permet.

    • Cyr Guillaume - Inscrit 21 novembre 2015 21 h 13

      Donc on reproduirait les même problèmes qui on fait en sorte qu'ils ont quitter leur pays en premier lieux selon vous M.Corbeil? C'est exactement ce que je pense aussi du multiculturalisme canadien. Vivons l'un à coté de l'autre, mais sans jamais s'adresser la parôle.

    • Lise Bélanger - Abonnée 23 novembre 2015 08 h 48

      Oui, le problème est ailleurs.

      Le peuple québécois se meurt, est en train de disparaître et je dois accepter cela en silence. J'ai le droit de crier que mon peuple est en train de disparaître par le fait de son anglicisation ou bilinguisation.

      En fait, ce ne sont pas les syriens qui sont la cause de notre disparition ou assimilation au Canada anglophone. Mais ils font partie de la cause.

      La bilinguisation du Québec et l'uninguisme canadien creusent notre tombe.

      Les syriens anglicisés, c'est un coup de couteau de plus dans l'affirmation du peuple québécois. J'ai le droit de crier à tue-tête quand on me fait mal.

      J'en ai marre de la xénophobie envers les francophones d'Amérique , du Québec bashing. De la pure manipulation.de la projection également.

      Il y a deux points de vue avec ces syriens immigrants au Québec.

      1- En général, la masse immigrante empêche notre projet, notre aspiration à devenir un État normal. C'est un fait.

      Nous acceptons trop d'immigrants annuellement depuis 1995 pour les intégrer à la population, et je dois ajouté: française du Québec.

      Il n'y a pas de volonté de faire du Québec un état français avec le gouvernement libéral québécois qui détourne même l'aide fédérale à la francisation. Par le fait, les français deviennent de plus en plus minoritaire chez eux.

      Et je dois me taire!!!


      2- Quand on sait que la plupart des syriens n'ont pas eu le choix de coopérer avec l'EI, même contre leur volonté avant de fuir leur pays, il est plus que probable que plusieurs membres de L'EI se retrouvent parmi les immigrants syriens.

      Ceux là ne se feront pas sauter. Ils endoctrineront des êtres plus fragiles qui eux s'immoleront. Ses endoctrineurs, l'EI va leur donner de belles récompenses en argent. Car, l'argent il y en a à l'EI.

      Le Québec est le seul territoire à avoir une double crainte face à cette immigration.

      Nous avons le droit de nous opposer à notre minorisation, ces syriens ne sont qu'une goutte d'eau, m

  • Yves Côté - Abonné 21 novembre 2015 06 h 53

    Au delà de toutes les grandes théories...

    Au delà de toutes les grandes théories politiques et sociales qui peuvent se présenter à notre réflexion, le problème de perception auquel nous somme tous liés est le suivant : comment une majorité historique, culturelle et lingistique qui assiste depuis deux siècles et demi au déclin de son pouvoir politique, donc la nôtre de majorité, peut-elle assurer un virage démocratique à ce qui devrait être normal pour sa persistence, tout en offrant aux exilés de pays sous dictature et en guerre, une nouvelle patrie à leur fierté d'Hommes ?
    Une république du Québec qui prendrait tous les les moyens politiques, économiques et culturels utiles à la continuité de sa propre existence serait, à mon sens, la seule alternative viable et valable pour répondre à ce besoin vital de société.
    Tant qu'une autre majorité que la nôtre fixera les déterminants nationaux à son existence, l'immigration demeurera une question à double tranchant.
    L'un humaniste en terme d'ouverture et l'autre, de protection en terme d'assimilation aux anglophones de notre groupe.

    Merci de m'avoir lu.

  • Normand Carrier - Inscrit 21 novembre 2015 07 h 23

    L'intolérence vient d'où , croyez-vous ?

    Plus j'entend Philippe Couillard affirmer sa partisannerie envers sa clientèle captive , plus je le trouve foncièrement intolérent .... Tous les partis d'opposition qui ose poser une question , se questionner , suggérer des solutions ou faire des propositions se font taxer de zénophobes ou souvent pire d'islamophobes ..... Cet homme est d'une rigidité maladive et dune partisannerie aveugle .....

    Couillard est doctrinaire en ce qui concerne le bilinguisme , le multiculturalisme , le nationalisme ainsi que le patriotisme ..... Tout doit être ``canadian `` pour être acceptable sinon point de salut .... Faut dire que cet homme fut formé a l'école de l'Arabie Saoudite qui a une tradition de grande tolérence et de démocratie exceptionnelle , comme vous savez tous chers lecteurs ...

    Lui qui croit toujours détenir la vérité sous sa barbe , réalise aujourd'hui que le bon peuple ne le suit plus et en a marre de ses dérives idéologiques et bassement partisannes ......

    • Cyr Guillaume - Inscrit 21 novembre 2015 21 h 15

      M.Carrier, vous avez si bien résumé ce que je pense de P.Couillard, merci!

  • François Dugal - Inscrit 21 novembre 2015 08 h 07

    Une minorité de 60%

    60% des gens sont contre, mais avec le 40% restant, on est majoritaire et on gouverne pour l'éternité.

    • Cyr Guillaume - Inscrit 21 novembre 2015 21 h 15

      C'est malheureusement ça notre réalité on dirait bien en effet.

  • Jean Lapointe - Abonné 21 novembre 2015 08 h 41

    «Aux yeux de Philippe Couillard, l’hypocrisie du PQ était manifeste durant ce qu’il appelle « cet épisode très regrettable de la charte des valeurs ». En prônant une neutralité religieuse qui s’incarne dans les employés de l’État, le PQ a sciemment exacerbé les sentiments xénophobes du peuple et il a divisé les Québécois.» (Robert Dutrisac)

    Phillippe Couillard me fait penser à ces gens qui face aux problèmes auxquels ils sont confrontés préfèrent ne rien faire plutôt que d'adopter des mesures qui sans être miraculeuses ont des chances d'améliorer la situation en espérant que les problemes se règlent tout seul.

    Ce n'est pas la charte des valeurs qui est la cause de l'existence de sentiments xénophobes dans la population, qui ne sont quand même pas très répandus, et ce n'est pas à cause de la charte des valeurs si les Québécois sont divisés entre autres entre souverainistes et fédéralistes et entre ceux qui sont contre la laïcité de l'Etat et pour la laïcité de l'Etat étant donné qu'une certaine xénophobie et l'xistence de divisons au sein de la population québécoise exsitant bien avant que la charte de valeur soit proposée.