Une échéance exigeante mais atteignable, estime Couillard

La ministre de l’Immigration, Kathleen Weil (à gauche) et le ministre de la Sécurité publique intérimaire, Pierre Moreau (à droite)
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La ministre de l’Immigration, Kathleen Weil (à gauche) et le ministre de la Sécurité publique intérimaire, Pierre Moreau (à droite)

Le premier ministre du Québec Philippe Couillard croit « possible » d’accueillir 5750 réfugiés syriens au Québec en 45 jours, contrairement à ses ministres Kathleen Weil et Pierre Moreau. Il a néanmoins qualifié d’« exigeante » et d’« ambitieuse » cette cible.

« Quand on veut, quand il y a une volonté, quand tout le monde travaille ensemble, on peut accomplir beaucoup », a-t-il déclaré avant latenue d’un débat d’urgence sur l’accueil des réfugiés syriens à l’Assemblée nationale mardi.

M. Couillard a réitéré la promesse du gouvernement québécois d’accueillir au moins 3650 déplacés de guerre. « Le processus a débuté. Ça, c’est acquis », a-t-il fait valoir, précisant que 29 millions de dollars ont été mis de côté notamment pour la francisation de cette « première vague de réfugiés ».

Le chef du gouvernement s’est toutefois refusé mardi à fixer un échéancier à l’arrivée au pays de ces déplacés de guerre. Les probabilités qu’ils soient admis au Canada à temps pour le réveillon du Nouvel An sont minces puisque Québec transmettra à Ottawa une liste de 2400 personnes ayant été sélectionnées par le ministère de l’Immigration seulement le vendredi 18 décembre. « Là, doit se faire l’habilitation sécuritaire, qui inclut les examens médicaux, qui doivent être contre-vérifiés dans les ambassades canadiennes », a expliqué le ministre de la Sécurité publique intérimaire, Pierre Moreau. « Vous savez où on est le 18 décembre ? Généralement, la fée des étoiles n’est pas très loin : tout ralentit dans les systèmes. »

 

2100 réfugiés syriens supplémentaires

M. Couillard s’en remet à son homologue fédéral, Justin Trudeau, pour mettre en oeuvre une stratégie d’accueil de 2100 réfugiés syriens supplémentaires au Québec — nécessaire à l’admission de 25 000 réfugiés syriens au Canada d’ici le 31 décembre prochain. « C’est lui-même qui l’a établie. Il en prend l’engagement. C’est à lui de le mettre sur pied [le plan] », a-t-il soutenu. Par ailleurs, il escompte le remboursement d’une « grande partie » des dépenses liées à l’accueil et à l’intégration de cette éventuelle nouvelle vague de migrants par Ottawa.

De son côté, M. Moreau juge « irréaliste » l’objectif du gouvernement fédéral d’accueillir quelque 25 000 réfugiés syriens au cours du prochain mois et demi. « Est-ce que c’est réaliste ? La réponse, c’est non. Clairement », a-t-il laissé tomber en début de journée. Il ajoutait sa voix à celle de sa collègue, la ministre de l’Immigration Kathleen Weil, qui avait jeté le doute sur la concrétisation de la promesse de l’équipe Trudeau. « C’est impossible de procéder à cet accueil d’ici la fin de l’année », avait-elle dit.

À l’instar de M. Couillard, M. Moreau a écarté la possibilité d’emprunter des « raccourcis » pour se plier à « un échéancier qui n’est pas notre échéancier ». « Il n’y aura pas un réfugié qui va arriver sur le sol québécois tant et aussi longtemps que nous n’aurons pas l’assurance que les procédures de sécurité, ce qui inclut les vérifications de nature médicale, ont été correctement complétées », a-t-il affirmé lors d’un impromptu de presse.

Les chefs du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau, et de la Coalition avenir Québec, François Legault, se sont plaints des signaux contradictoires envoyés par les membres du gouvernement Couillard. « Nous sommes obligés de conclure qu’il y a un certain niveau d’improvisation qui peut paraître inquiétant », a lancé M. Péladeau.

Une « certaine urgence »

Le premier ministre a invoqué mardi une « certaine urgence » pour accueillir des centaines de réfugiés, aujourd’hui entassés dans un camp de fortune ou dans la capitale libanaise, Beyrouth, à l’approche de l’hiver. « Les réfugiés sont les victimes les plus horriblement atteintes du terrorisme actuellement, avec bien sûr les victimes de Paris », a-t-il affirmé, le ton grave.

M. Couillard s’est dit sensible aux « inquiétudes légitimes » de la population et de certains élus, comme les maires de Montréal, Denis Coderre, et de Québec, Régis Labeaume, à l’égard du calendrier serré, qui est privilégié à l’heure actuelle pour extirper du bourbier syrien des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants. Il s’est toutefois dit désolé de voir plus de 72 000internautes cautionner la pétition virtuelle « Non à l’immigration des 25 000 réfugiés ». « Je trouve ça déplorable. […] Gardons une fois en tête dans tout ce brouhaha le fait que ce sont là des victimes que nous accueillons, ce ne sont pas des gens problématiques. »

3 commentaires
  • Cyr Guillaume - Inscrit 18 novembre 2015 02 h 03

    On en n'est pas à la première contradiction

    Entre autre en ce qui concerne la corruption, le PLQ à supposément intensifier la lutte à la corruption alors que l'on attend encore les résultats de l'UPAC...quand celle-ci n'est pas encore en train de perquisitionner les bureaux du PLQ bien entendue. De plus les gens on le droit fondamental, comme dans toute démocratie de se poser des questions et de remettre les choses en questions. Je ne vois pas pourquoi certains n'aurainet pas le droit de poser des questions et de s'opposer à certaines arrivés massives d'étrangers.

    Certaines remises en questions culturelles sont de mises. Que 72000 Québécois, Canadiens où autres s'y opposent prouve que le plan du gouvernement Couillard est vague, floue et imprécis. Les gens on peur (avec raison après les attentats de la semaine dernière, où encore du 11 Septembre) de ces énormes chiffres, avec lesquels s'accompagnent des imprécisions quand aux capacités d'accueils, aux foyers où ceux-ci logeront, et aux enquêtes que suiveront ces procédures. C'est la normalité humaine, c'est tout.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 18 novembre 2015 05 h 44

    Ils sont là

    Ils sont là sur la photo, les trois juges des Libéraux. Le premier dit «C'est faisable», le deuxième «C'est impossible» et la troisième «On ne sait pas».
    Quoi qu'il arrive, ils sont prêts car ils l'ont dit.

    PL

  • Michel Blondin - Abonné 18 novembre 2015 11 h 52

    La honte et la noirceur.


    La honte est un sentiment qui tente d'obliger à une certaine rectitude politique.
    Faire fi du principe de liberté de parole et tenter d’influencer la majorité sociale par la honte ne promeut pas la meilleure démocratie.
    Je ne partage pas ce point de vue, ni de principe ni de sentiment. Les gens qui ne partagent pas ce point de vue de leurs signatures ne sont ni honteux ni des gens de noirceur par association du texte.
    Quant aux immigrants venant de ces pays de guerre, ils se sentent impuissants à défendre leurs propres droits dans leur patrie de naissance. Ils se protègent en fuyant leurs racines. Combattre de leur vie est un trop grand sacrifice. Cette culture de misère, de corruption et de répression, des sans droits d’aucuns, viciée par un quotidien inavouable de ces dirigeants sanguinaires, doit faire place à un sens de croire en l’humanité. Nous avons le droit de croire que cela ne se fait en criants ciseaux.
    Le texte oublie que la France a déclaré la guerre. Elle oblige à prendre parti.
    Je m’en souviens comme d’hier. C'est ce que Trudeau père a tenté en 1970. Il a voulu mater les nationalistes. Il a muselé les libertés, toutes les libertés, pour que tous gestes d’intervention ne soient punis plus tard en regard des lois et des droits de l’homme. Une guerre c’est toujours pour terroriser, pour changer un état de choses par la violence.
    Leur but de ces fous de Dieu d’un autre monde, captagon aidant, est de renverser nos sociétés et de remplacer le principe premier des droits de l’homme par celui de la primauté de Dieu.
    Au Canada, en instaurant la primauté de Dieu dans la constitution et ce multiculturalisme du père pour noyer le nationalisme, Trudeau « junior» s’y brûlera. Ce mauvais prétexte en fera un roitelet. Le sens de l'humanité tout comme celui de la guerre n'est jamais innocent ni naïf.
    Pour tout dire, tant que nous ne sommes pas en guerre, nos libertés de penser, croire et exprimer nos points de vue méritent respect et non honte.