Barrette force la main aux spécialistes

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a exercé l’une de ses toutes nouvelles prérogatives. La Fédération des médecins spécialistes (FMSQ) a acquiescé sans enthousiasme.

Moins de 72 heures après l’adoption du projet de loi 20 par l’Assemblée nationale, il a enjoint à la FMSQ d’allouer quelque 30 millions de dollars de la masse salariale de 4,3 milliards octroyée annuellement aux médecins spécialistes pour financer l’ajout des échographies pratiquées en clinique par des radiologues au panier de services remboursés par la Régie de l’assurance-maladie (RAMQ). « En français, pour que ce soit clair, à partir de 2016, [il sera] illégal d’exiger quelque frais que ce soit pour l’échographie en cabinet pratiquée par des radiologues », a déclaré M. Barrette.

Le ministre aura recours à l’article 39 de la Loi favorisant l’accès aux services de médecine de famille et de médecine spécialisée dans cette « seule circonstance », ce qui lui a permis d’obtenir l’aval de la FMSQ malgré les « critiques certainement énergiques » dans ses rangs. Désormais, la législation québécoise « donne le pouvoir au ministre […] d’orienter certaines sommes d’argent vers certaines activités ».

La députée péquiste Diane Lamarre s’expliquait mal le « choix éditorial » du ministre libéral d’offrir gratuitement les échographies pratiquées en cabinet par des radiologues. « Il aurait pu demander le même remaniement pour différents autres frais accessoires qui concernent d’autres spécialités, les ophtalmologistes, les dermatologues », a-t-elle dit.

La FMSQ a promis — dans une entente signée au lendemain de l’adoption du projet de loi 20 — un accès accru aux médecins spécialistes, en échange de quoi M. Barrette a accepté de suspendre l’application des sanctions prévues à la nouvelle loi jusqu’au 1er janvier 2018. « Vous pouvez le présenter comme ça : “J’ai gagné mon pari.” J’ose plutôt dire que j’ai forcé les gens à changer d’approche », a-t-il affirmé.

« Cette loi était inutile ! » a pesté de son côté la présidente de la FMSQ, Diane Francoeur.

Les médecins spécialistes ont notamment convenu de réserver des plages horaires pour des consultations de patients envoyés par leurs confrères omnipraticiens. Ils ont aussi promis de « gérer de façon serrée les listes d’attente en chirurgie », en plus d’accepter d’être le médecin traitant d’un plus grand nombre de patients hospitalisés. Les usagers du réseau de la santé remarqueront, « le jour, moins d’attente pour les patients à l’urgence » puisque les médecins spécialistes se sont engagés à répondre « en dedans de quelques heures » à l’appel d’un urgentologue, a poursuivi M. Barrette.

Il a appelé les fédérations de médecins à « livrer ». « Ceux et celles qui pensent que, parce que 2018 est une année électorale, je n’oserai pas appliquer la loi, vous rêvez en Technicolor et Panavision », a-t-il lancé.

Le Parti québécois et la Coalition avenir Québec ont tour à tour déploré l’absence de « cibles précises » permettant de mesurer le raccourcissement de la liste d’attente promis par le ministre libéral. « Ce sont des voeux pieux », a fait valoir Mme Lamare.

Par ailleurs, elle soupçonne M. Barrette d’avoir acheté la paix avec la FMSQ au moyen de primes cachées ou la permission de recourir à des frais accessoires.

Le président du Regroupement des omnipraticiens pour une médecine engagée, Simon-Pierre Landry, a dénoncé la « légalisation » des frais accessoires par le biais de la loi 20 lors de son passage à l’Assemblée nationale vendredi. « Le principe de ticket modérateur qui est inséré par le projet de loi 20 vient mettre de côté carrément le principe selon lequel les gens doivent être soignés en fonction de leurs besoins, et non pas en fonction de leurs moyens », a déclaré l’urgentiste à Sainte-Agathe.

3 commentaires
  • Dominique Roy - Abonnée 14 novembre 2015 07 h 58

    VENDRE SON ÂME AU DIABLE

    Le plus vous brassez ce mélange, le plus ça pue. Le niveau de confiance est à zéro. À force de danser sur la musique de ce ministre, (que j'ai franchement hâte d'oublier), les médecins perdent progressivement cet imposant capital de sympathie que la population leur accorde depuis des lustres. Tout comme ce ministre, ils ressemblent de plus en plus à une bande de profiteurs. Il n'est jamais payant de vendre son âme au diable. L.B.

  • François Dugal - Inscrit 14 novembre 2015 08 h 43

    Monsieur le ministre

    Attendu que monsieur le ministre Barette
    - a conservé son droit de pratique
    - a négocié les conditions des médecins spécialistes
    - qu'il retournera à la pratique médicale une fois sa carrière politique terminée,
    Il est par conséquent en conflit d'intérêt.

  • Yves Corbeil - Inscrit 14 novembre 2015 10 h 49

    Merci M.Barrette

    Il reste juste aux compagnies d'assurances privé à prendre le relais comme c'était avant et ceux qui en ont pas les moyens, priez. Je ne pensais pas revivre ça.