Coiteux colère, Couillard tempère

Le Front commun a poursuivi jeudi son mouvement de grèves tournantes, grèves qui se poursuivront vendredi.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le Front commun a poursuivi jeudi son mouvement de grèves tournantes, grèves qui se poursuivront vendredi.

Tandis que le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, sommait les syndicats du secteur public de retourner à la table des négociations, le premier ministre, Philippe Couillard, a affirmé de son côté que les négociations avec les employés de l’État se déroulaient bien.

« Les négociations vont bien. Ça va continuer », a déclaré Philippe Couillard après la sortie du président du Conseil du trésor, au moment où le mouvement de grèves tournantes du Front commun touchait les régions de Québec et de Chaudière-Appalaches, de l’Estrie, de la Montérégie, du Centre-du-Québec, de la Mauricie, du Bas-Saint-Laurent, de la Côte-Nord et de la Gaspésie–Les Îles-de-la-Madeleine.

« De prendre la population en otage en les privant de services, de faire, comme on a vu lors des derniers jours, même des actes de vandalisme dans certains cas, c’est tout à fait inacceptable », a soutenu Martin Coiteux dans une mêlée de presse.

La semaine dernière, l’État a présenté à ses employés syndiqués une offre révisée qui ajoute 1,7 milliard pour la durée de la convention de cinq ans à l’offre initiale du gouvernement, selon les calculs du président du Conseil du trésor. Il s’agit d’une moyenne de 340 millions par an ; à la dernière année de la convention, en 2019, 550 millions seront consacrés à la relativité.

« C’est une proposition très sérieuse, et à ce stade-ci, on s’attend à une réponse sérieuse des syndicats », a indiqué Martin Coiteux. « Ce que les syndicats doivent faire à ce stade, c’est de revenir le plus tôt possible aux tables de négociations, parce que c’est là que ça se passe, ce n’est pas dans la rue. » Il s’est toutefois gardé de lancer un ultimatum ou de brandir la menace d’une loi spéciale.

Dans un point de presse alors que des syndiqués en grève étaient réunis au parc de la Francophonie, le président de la CSN, Jacques Létourneau, le président de la FTQ, Daniel Boyer, et Lucie Martineau, à titre de représentante du Secrétariat intersyndical des services publics (SISP), ont signalé que les négociations avec le gouvernement n’étaient pas rompues. « Il [Martin Coiteux] fait beaucoup de politique », croit Jacques Létourneau. « Ils nous invitaient à la négo alors qu’il n’avait pas l’air d’être au courant qu’il y avait eu une rencontre, hier [mercredi], avec les négociateurs. » Les représentants du Front commun, qui représente 400 000 employés de l’État, ont rencontré les négociateurs patronaux afin d’obtenir des précisions sur l’offre révisée du gouvernement.

Le Front commun a d’ailleurs l’intention de présenter une contre-offre rapidement, d’ici une semaine si possible.

« C’est simple : on ne veut pas que les gens s’appauvrissent. Ça, c’est un minimum », a résumé Lucie Martineau, qui s’est dite « optimiste » quant à la possibilité d’en arriver à une entente négociée. Le gouvernement offre des augmentations de 3 % en cinq ans, auxquelles s’ajoute en 2019 une hausse de la rémunération globale de 2,3 % pour la relativité salariale. « La négociation, elle va se faire aux tables, elle ne se fera pas sur la place publique éternellement », a fait observer Jacques Létourneau.

Les négociations aux tables sectorielles — ce qui exclut les conditions salariales et le régime de retraite — se poursuivent, mais rien n’avance, a déploré Daniel Boyer. « Nous, on a des mandats pour faire des contre-propositions à chacune des tables sectorielles. On est face à des représentants patronaux qui n’ont absolument aucun mandat. Les négociations sont hypercentralisées. Le trésor contrôle absolument tout », a avancé le président de la FTQ.

Encore des grèves vendredi

Le Front commun a poursuivi son mouvement de grèves tournantes, qui affectent un groupe de régions à la fois — grèves qui se poursuivront vendredi. Après un débrayage d’une journée, les syndiqués font la grève deux jours d’affilée. Lundi et mardi, le mouvement de grèves touchera Montréal et Laval. Le tout culminera par une grève générale de trois jours, les 1er, 2 et 3 décembre, à moins d’avancées dans les négociations. Par ailleurs, les membres du Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ), qui représentent 25 000 personnes, ont voté en faveur de la grève, qui pourra être déclenchée à compter de mercredi prochain.


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