Les victimes doivent s’adresser à la justice, juge Stéphanie Vallée

Alors qu’une députée expliquait sa décision de dénoncer une agression sexuelle sans recourir à la voie judiciaire, mardi, la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée (notre photo), a insisté sur l’importance de porter plainte au criminel.
Photo: Clément Allard La Presse canadienne Alors qu’une députée expliquait sa décision de dénoncer une agression sexuelle sans recourir à la voie judiciaire, mardi, la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée (notre photo), a insisté sur l’importance de porter plainte au criminel.

La notion de justice réparatrice invoquée par la députée Caroline Simard après avoir obtenu des excuses de son agresseur ne trouve pas grâce aux yeux de la ministre de la Justice et ministre responsable de la Condition féminine. Quand il est question d’agressions sexuelles, Stéphanie Vallée juge que la victime doit avant tout porter plainte en justice.

« J’invite les femmes qui sont victimes d’agressions sexuelles à porter plainte parce que c’est d’abord et avant tout un acte criminel. Et par la suite, la façon dont le dossier sera traité, ça appartiendra au directeur des poursuites criminelles et pénales », a répondu, mardi, Stéphanie Vallée quand Le Devoir lui a demandé ce qu’elle pensait de cette notion de justice réparatrice.

La députée de Charlevoix–Côte-de-Beaupré, Caroline Simard, a accepté les excuses publiques de l’homme d’affaires de Baie-Saint-Paul, Daniel Guay, qui lui a pris un sein lors d’une séance de photos à un cocktail, vendredi dernier, au profit du Musée d’art contemporain de Baie-Saint-Paul. Elle a décidé de ne pas porter plainte contre lui parce qu’il existe « une approche de justice réparatrice » qu’elle a choisi d’adopter, a-t-elle indiqué dans une mêlée de presse mardi. « Il y a plusieurs façons de dénoncer comme il y a plusieurs façons de régler les litiges ou un événement de ce genre. »

Sur son compte Facebook samedi, Caroline Simard a dénoncé l’homme d’affaires — sans toutefois le nommer — qui avait commis l’attouchement et qui avait voulu, par la suite, tourner l’incident à la blague. « Ce qui est important, c’est de dénoncer ce genre de geste, qui est jugé inacceptable et qui doit le demeurer », a affirmé la députée.

Pour le premier ministre Philippe Couillard, qui a souligné le « courage » de sa députée, l’incident est « clos ».

« Je suis content également de la façon dont la chose s’est résolue. Je pense que la personne qui était en cause a bien agi en présentant des excuses publiques. »

Est-ce que la députée n’aurait pas dû s’adresser au système de justice ? « Je pense que la façon dont ça s’est résolu encore une fois est la bonne etjepense qu’il faut laisser à Caroline le soin de vivre cet événement-là. Je crois qu’elle l’a clos de façon élégante et de façon ferme à la fois et je lui en sais gré », a répondu Philippe Couillard.

Au Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) de Charlevoix, on a rappelé que seulement 10 % des victimes d’agressions sexuelles portent plainte et pour des cas autrement plus graves qu’un attouchement. « D’habitude, dans le cas d’attouchements, tu ne portes pas plainte », a signalé Line Duplain, la coordonnatrice de l’organisme.

Si Line Duplain avait à conseiller une victime d’attouchements comme Caroline Simard, elle ne lui recommanderait pas de s’adresser aux tribunaux, comme le suggère la ministre de la Justice. « Non, parce que c’est trop difficile. De toute façon, ça va probablement mourir dans l’oeuf. »

« Le système judiciaire n’est pas fait pour les victimes d’agressions sexuelles », a fait observer l’intervenante. Les procédures peuvent s’étendre sur deux ans ou plus et l’issue est incertaine. C’est souvent la parole de la victime contre celle de l’agresseur dont la culpabilité doit être prouvée hors de tout doute raisonnable. « Ça finit souvent en queue de poisson », a déploré Line Duplain.

À voir en vidéo