Legault négocierait de nouveaux pouvoirs pour le Québec

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, mise sur la bonne foi d’Ottawa pour conclure, en quelques étapes faciles, une « nouvelle entente » entre le Québec et le Canada. Il réclamerait le transfert de points d’impôt et la « reconnaissance constitutionnelle pleine et entière » de la nation québécoise au cours des huit années suivant l’élection d’un premier gouvernement caquiste, a-t-il promis lors du conseil général de la CAQ, dimanche.

M. Legault veut rapatrier d’Ottawa « les moyens d’affirmer et de protéger » l’identité québécoise ainsi que « les pouvoirs et les ressources nécessaires pour relancer son économie » tout d’abord par le biais d’ententes administratives ou de modifications constitutionnelles bilatérales. « On y va par étapes », a-t-il répété après avoir présenté la déclaration « Un nouveau projet pour les nationalistes du Québec » à quelque 300 militants caquistes réunis au Château royal de Laval.

« Soyons clairs : la voie des grandes manœuvres constitutionnelles, en particulier celles requérant l’unanimité des provinces, n’est pas à privilégier. Celles-ci ne doivent pas constituer le point de départ, mais au contraire le point d’arrivée d’un processus visant à renouveler le partenariat qui unit le Québec au reste du Canada », insiste M. Legault. À ce moment-ci, il n’écarte toutefois pas la tenue d’un référendum pour permettre à la population québécoise d’avaliser les modifications constitutionnelles négociées entre Québec et le reste du Canada.

Repartage de l’« assiette fiscale »

M. Legault réclame notamment dans la « Déclaration de Laval » — un pamphlet de 20 pages imprimé sur du papier glacé — « la mainmise » du gouvernement québécois sur les « subventions » octroyées actuellement par le ministère du Patrimoine canadien aux organismes culturels québécois afin que le Québec puisse « jouer pleinement son rôle dans la promotion de ses produits culturels, notamment à l’étranger, ainsi que dans l’univers numérique ».

D’autre part, M. Legault veut « remettre la majorité historique francophone au cœur du processus d’intégration » des Néo-Québécois, en convainquant le gouvernement fédéral de permettre au gouvernement québécois de choisir seul les immigrants admis sur son territoire. Cependant, le Québec aura un « effort de francisation » supplémentaire à faire, selon lui. Cela dit, il n’est « pas prévu » dans les cartons de la CAQ de « renforcer » la Loi 101, a-t-il précisé aux journalistes, réitérant du même souffle son souhait de voir les entreprises à charte fédérale être assujetties à la Charte de la langue française.

M. Legault demandera aussi une « libération accrue du champ fiscal occupé par le gouvernement fédéral » en offrant sans rechigner aux provinces « une partie de son assiette fiscale ». Il revendiquera également le « transfert en bloc » des sommes du Fonds Chantiers Canada allouées au Québec. Il escompte récupérer au bas mot 15 milliards de dollars par année d’Ottawa.

Le chef de la CAQ suggérera par ailleurs que Revenu Québec administre une seule déclaration de revenus pour les deux ordres de gouvernement après la conclusion d’une entente administrative avec le fédéral.

Nouvelles « garanties » pour le Québec

S’inquiétant de la perte du « poids du Québec » au sein des institutions fédérales, M. Legault veut voir « la reconnaissance constitutionnelle pleine et entière du Québec en tant que nation » — ce qui nécessite le feu vert du gouvernement fédéral et d’au moins sept provinces sur 10 représentant plus de la moitié de la population canadienne — assortie « des garanties » pour assurer la présence de voix québécoises fortes au Parlement canadien, mais également dans la magistrature. À cet égard, il demande que les trois juges québécois à la Cour suprême soient nommés par Ottawa, mais sur proposition de l’Assemblée nationale. Le député Simon Jolin-Barrette déposera prochainement un projet de loi à cet égard à l’Assemblée nationale.

Appel à l’unité des nationalistes

Le chef caquiste appelle les nationalistes québécois à se rallier à lui pour donner « les meilleures chances de réussite » à sa « démarche progressive et pragmatique ». « Ce sera très difficile, sinon impossible, pour le premier ministre du Canada de refuser ce qui est demandé par beaucoup de Québécois », a-t-il fait valoir en point de presse. « La CAQ préconise pour le gouvernement québécois un rôle actif en matière de relations intergouvernementales canadiennes. Cette position est sans arrière-pensées, sans intentions cachées », a assuré à la presse l’ex-élu péquiste, qui loge désormais entre l’Accord du lac Meech et le Rapport Allaire.

À l’aube du quatrième anniversaire de naissance de la CAQ, M. Legault a avoué avoir été forcé de préciser sa position sur la « question nationale » suite à l’arrivée du « radical » Pierre Karl Péladeau à la tête du Parti québécois, qui cherche avec la complicité du premier ministre libéral Philippe Couillard à polariser les voix entre fédéralistes (PLQ) et les indépendantistes (PQ). « Pendant trop longtemps, le Parti québécois a prétendu avoir le monopole de la fierté et le Parti libéral, celui de la prospérité. Cette illusion a volé en éclats alors que l’un et l’autre ont prouvé leur incapacité respective à sortir le Québec de l’impasse constitutionnelle et à lui faire rattraper son retard économique », soutient le « nationaliste », « autonomiste », mais « non-souverainiste » François Legault.

La CAQ réclame notamment:

- Désignation des juges québécois à la Cour suprême sur proposition de l’Assemblée nationale 
- Transfert en bloc des fonds pour les infrastructures 
- Rapatriement des budgets fédéraux en culture 
- Contrôle des infrastructures portuaires le long du fleuve Saint-Laurent 
- Reconnaissance constitutionnelle pleine et entière du Québec en tant que nation 
- Abolition ou réforme du sénat
10 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 8 novembre 2015 11 h 49

    Legault...

    Il dit n'importe quoi pour avoir l'air intéressant!

    Non seulement il veut nous ramener en arrière de soixante ans en rappelant le fameux "redonnez-nos notre Butin" de Duplessis mais il arrive à un bien mauvais moment.

    D'une part Couillard est prêt à signer sans conditions et Trudeau me voit pas de problèmes...

    Ce qui ne laisse qu'une avenue. L'idépendance.

    Si toutefois Péladeau se réveille...

  • Guy O'Bomsawin - Abonné 8 novembre 2015 12 h 35

    Monsieur Lubies

    Quelle tristesse que cette nouvelle poudre lancée aux yeux des Québécois non avertis, de ceux qui n'ont pas encore pris conscience du mur infranchissable des solitudes canadiennes et québécoises, et quel opportunisme innommable ! Force est de constater que François Legault est prêt à toutes les bassesses pour accéder à un pouvoir qu'il ne détiendra jamais. Ses intentions ne peuvent résulter qu'en un désastre à la Panurge, qu'en une dramatique digression neutralisant une substantielle proportion de ces souverainistes peu pugnaces qui recherchent vainement quelque bouée de secours.

  • Yves Graton - Abonné 8 novembre 2015 13 h 56

    un second MEECH

    Brian et René ont reçu une réponse négative avec MEECH . Justin- le fils de l'autre-défenseur du multiculturalisme - va dire au PM du Québec: ' François, vas te faire cuire un oeuf '
    En anglais : DROP DEAD

  • Richard Génois Chalifoux - Inscrit 8 novembre 2015 14 h 00

    De la fleur de lys à la feuille d’érable

    Des couleurs de l’arc en ciel, on passe au bleu ciel parce que les bleus poudre c’était déjà pris.

    Les caquistes continuent à rêver en couleur mais réduisent le nombre de couleurs et ils vont continuer à pelleter des nuages pour que le ciel reste toujours bleu ; ce qui nous conduira « à la reconnaissance constitutionnelle pleine et entière » de la nation québécoise.

    Evidemment cela va se faire par étapes, mais il n’y a rien qui presse puisque la CAQ est un parti résolument optimiste, et le Québec au sein du Canada attendra le temps qu’il faudra pour que ces rêves deviennent des réalités…

    À ce rythme-là, au lieu d’une fleur de lys, c’est une feuille d’érable que les caquistes auraient dû mettre dans le Q de leur nouveau logo.

  • Raymond Gauthier - Abonné 8 novembre 2015 14 h 10

    Et ça recommence!!

    Bonne chance M. Legault! Le ROC et tout l'appareil fédéral vous attendent de pied ferme! Il ne fait aucun doute que la réponse à toutes vos revendications va se décliner en trois lettres que le Québec connaît bien : NON!!

    Sauf erreur, les Québécois et leurs gouvernements successifs ont déjà joué dans ce film-là. Sérieusement, êtes-vous en train de nous ramener à l'époque du "maître chez nous" et du "beau risque"? De grâce, M. Legault, resaisissez-vous et réfléchissez un peu. Croyez-vous un seul instant que le Québec va gagner à ce jeu? Tant que nous n'afficherons pas clairement notre détermination à obtenir notre propre pays, il ne se passera rien de significatif pour le Québec. Il y a belle lurette que le ROC ne nous prend plus au sérieux et votre positionnement nationaliste n'y changera rien.