Tirs groupés contre le rapport Payette

Dans son rapport, Dominique Payette conclut que les radios privées ont contribué à l’instauration d’un « régime de peur » à Québec.
Photo: Clément Allard Archives Le Devoir Dans son rapport, Dominique Payette conclut que les radios privées ont contribué à l’instauration d’un « régime de peur » à Québec.

Le rapport « L’information à Québec, un enjeu capital » produit par la professeure de journalisme — et ex-candidate péquiste malheureuse — est une « tragique farce », a soutenu le député de La Peltrie, Éric Caire, mercredi, accusant du même souffle le commanditaire de la « pseudoanalyse » de 50 pages, l’ex-première ministre Pauline Marois, de « détournement de fonds ».

L’élu caquiste reproche à Mme Payette de s’être livrée à « des jugements de valeur épouvantables » sur les radios parlées privées de Québec en les dépeignant dans son compte-rendu de recherche de racistes, sexistes et homophobes. « Je vois de la vengeance, de l’amertume là-dedans », a-t-il affirmé à l’entrée du caucus de la Coalition avenir Québec mercredi.

M. Caire n’arrivait toujours pas à croire que Mme Marois ait octroyé un contrat de gré à gré de milliers de dollars à l’ancienne candidate du Parti québécois dans la circonscription de Charlesbourg pour examiner l’offre d’information dans la région de la capitale nationale. « Elles se sont servis sans aucune espèce d’éthique, sans morale, de fonds publics pour déverser leur fiel sur des médias, parce que les messages qui y ont été diffusés ne sont pas ceux qu’elles [souhaitaient] », a-t-il dénoncé.

À ses yeux, Mme Payette s’est « discréditée totalement » en se prêtant à cet exercice, écorchant au passage la réputation l’Université Laval où elle enseigne. « Pour l’Université Laval, ce n’est pas une belle journée aujourd’hui », a lâché M. Caire, se décrivant comme un « consommateur de la radio de Québec ».

Démocratie

Dans son rapport, Mme Payette conclut que les radios privées ont contribué à l’instauration d’un « régime de peur » à Québec en cassant inlassablement du sucre sur le dos « [des] organisations communautaires, des syndicats, des fonctionnaires, de Radio-Canada, des féministes, des minorités sexuelles ».

« J’espère qu’elle n’enseigne pas ça à ses étudiants », a lancé le ministre responsable de la région de la Capitale-Nationale, Sam Hamad.

Le chef caquiste, François Legault, a rejeté l’idée qu’il y ait un « climat de terreur à Québec ». « Qui peut être dans une démocratie contre le fait que des animateurs émettent des opinions », a-t-il dit, appelant une nouvelle fois à une révision des allocations octroyées aux anciens premiers ministres.

Le leader parlementaire du gouvernement, Jean-Marc Fournier, a annoncé le dépôt prochain d’un projet de loi visant notamment à « revoir l’étendue et la durée [des] privilèges » dévolus aux anciens chefs de gouvernement québécois. « Ce n’est pas une loi qui va changer le monde », a-t-il toutefois précisé.

Pauline Marois s’est portée à la défense mercredi de Mme Payette, qui, selon elle, « n’a pas à défendre sa réputation ». Sa participation aux élections générales de 2014, sous la bannière du PQ, « n’enlève rien à la vérité qu’elle met en lumière » dans son rapport de 50 pages. « Elle fait la démonstration qu’il y a des groupes qui sont littéralement ostracisés », a déclaré Mme Marois au micro de Radio-Canada. L’ex-première ministre est « préoccupée depuis longtemps » de l’« espèce de climat malsain de confrontation un peu gratuite » régnant sur les ondes à Québec. Elle a entendu « des propos gratuits, parfois à la limite de ce qui est violent et à mon point de vue inacceptable ».

Péladeau veut être invité

Le chef du PQ, Pierre Karl Péladeau, croise ses doigts afin d’être invité de nouveau sur les plateaux des radios privées de Québec où « on a des échanges des fois un peu corsés ». « Moi, j’aime ça. C’est mon style ! »

Par ailleurs, M. Péladeau accueille favorablement la proposition de Mme Payette de rapatrier à Québec les pouvoirs du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC). L’ancien président et chef de la direction de Québecor ne s’est aussi dit « pas en désaccord avec d’éventuelles modifications » consistant à accroître les pouvoirs du Conseil de presse.

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