Une rencontre qui laisse les Premières Nations sur leur faim

Le chef cri Matthew Coon Come avec, en arrière-plan, le premier ministre Philippe Couillard, mercredi
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le chef cri Matthew Coon Come avec, en arrière-plan, le premier ministre Philippe Couillard, mercredi

Les Premières Nations sont sorties déçues de leur rencontre mercredi avec Philippe Couillard. Si le premier ministre a annoncé une série de mesures de soutien très circonscrites, il ne s’est pas montré empressé à considérer la situation dans son ensemble ni à lancer une commission d’enquête indépendante sur les allégations de sévices visant la Sûreté du Québec comme le souhaitaient les autochtones.

À la suite d’une rencontre avec l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, le gouvernement du Québec annonce des mesures à Val-d’Or pour soutenir le centre de jour Chez Willie, le Centre d’amitié autochtone, un projet de logements sociaux et divers efforts régionaux. L’effort est évalué à 6,1 millions.

Au moment de rendre cette nouvelle publique, le premier ministre Philippe Couillard a regretté que la nomination de Fannie Lafontaine de l’Université Laval à titre d’observatrice dans l’enquête conduite par le SPVM sur les agissements de membres de la Sûreté du Québec de Val-d’Or ait fait l’objet d’une fuite.

Pour plusieurs autochtones présents, cette nomination est jugée prématurée. Michèle Audette, ancienne présidente de Femmes autochtones du Canada (AFAC), estime qu’« on aurait pu nommer conjointement deux personnes », dans un véritable effort de cohabitation. Mme Audette regrette surtout que toute l’attention soit fixée sur Val-d’Or, qui plus est sur sa police : « On n’a jamais parlé encore du rôle de la Direction de la protection de la jeunesse. Lui aussi mériterait pourtant d’être observé. C’est un problème global qui est en cause. Et on parle juste de la SQ ! »

Même son de cloche chez l’ancien chef Joe Norton, qui assistait lui aussi à la rencontre : « On fixe l’attention sur Val-d’Or, alors que cette crise porte notre attention sur des problèmes généraux. […] On a l’impression d’être invité chez un docteur qui écoute et qui, quelques minutes plus tard, nous fait une prescription et nous dit de revenir le consulter dans six mois. Tout vient d’un seul côté. […] Franchement, on sait pas où ça s’en va, cette affaire. »

Cette rencontre du premier ministre avec les chefs des Premières Nations dans un hôtel de Montréal répondait à l’invitation que lui avait lancée il y a quelques jours le chef de l’Assemblée des Premières Nations, Ghislain Picard, en réaction aux allégations d’abus de pouvoir et d’inconduite sexuelle de policiers de la SQ à l’endroit de femmes autochtones dans la région de Val-d’Or, en Abitibi. En conférence de presse, M. Couillard a insisté pour dire que le problème est en effet structurel, mais que la mise sur pied d’une table de travail tripartite est un premier pas dans la bonne direction. Quand ce comité doit-il mettre en oeuvre des actions pour l’ensemble du territoire ? Le PM estime qu’il faut d’abord attendre de voir ce qu’une commission fédérale fera. En attendant, il lance un appel « au calme dans les communautés concernées ». « Nous allons remplir toutes nos responsabilités dans le but de partager la prospérité », a-t-il assuré, en regrettant par ailleurs que depuis quelques années le gouvernement fédéral ait délaissé son rôle de fiduciaire en matière autochtone.

Marginalisation

Ghislain Picard a pris la parole immédiatement après le premier ministre. Il s’est dit rassuré par les mesures mises en place bien qu’il soit toujours inquiet devant les formes de profilage racial dont serait victime sa communauté. Même s’il attend avec impatience l’annonce d’une commission d’enquête sur les disparitions de femmes autochtones par le fédéral, « cela n’excuse pas ce qui se passe au Québec ». Il suggère au minimum une « rencontre de haut niveau sur les relations entre la justice et la sécurité » dans les communautés, tout en ne cachant pas que « plusieurs chefs sont restés sur leur appétit quant à l’idée d’une enquête indépendante », à laquelle le premier ministre refuse de souscrire.

Le chef cri Matthew Coon Come s’est dit déçu. « Comme père, comme grand-père, je n’ai pas le luxe de venir seulement entendre des mots. » La commission d’enquête fédérale n’a rien à voir avec les problèmes soulevés ici, plaide-t-il. Les problèmes que révèle la crise de Val-d’Or sont de nature coloniale et sociale. Ils montrent la marginalisation d’une population. « C’est pour ça qu’on veut une commission québécoise d’enquête ! » Le chef regrette que le premier ministre ne veuille pas combler le vide entre ce qu’Ottawa pourrait faire et des problèmes très québécois. « Il faut admettre que le racisme et la discrimination existent. On doit commencer par là. Et voir à ce que les villes puissent s’en occuper. »

Pour M. Couillard, il importe d’abord de circonscrire le problème : « Je veux minimiser l’idée qu’on part dans toutes sortes de directions sans coordination. »

Le chef de l’opposition officielle à Québec, Pierre Karl Péladeau, a réagi quant à lui à cette annonce en affirmant qu’« il n’y a pas uniquement des responsabilités au niveau du gouvernement fédéral. Ce sont des citoyens et des citoyennes qui font face à des situations liées à la discrimination et au racisme. […] Comme tout citoyen, ils devraient avoir droit à cette justice qui est celle que la société et la collectivité octroient à chacun de ces citoyens. Or, ce n’est pas le cas. »

9 commentaires
  • André Nadon - Inscrit 5 novembre 2015 04 h 55

    De la poudre aux yeux!

    Les premières Nations vont, à leur tour, constater que le premier ministre est un expert dans les '' shows de boucane '' et a malheureusement la langue fourchue, comme l'a expérimenté la population blanche qui a eu recours à sa médiation.
    Comme dit la chanson: '' Paroles, paroles, paroles,'' ou en québécois: '' grand parleur, petit faiseur ''.
    Pour notre plus grand malheur, c'est ce type de personnage qu'une minorité a élu et qui nous mène tout droit vers la catastrophe, tel un vieux sorcier.
    Nous nous sommes débarrassés d'Harper à Ottawa, mais son sosie, charlatan, règne toujours à Québec.

    • Hélène Gervais - Abonnée 5 novembre 2015 07 h 53

      Bien d'accord avec vous; ce n'est pas payant pour eux que les Autochtones soient sur le même pied d'égalité que les blancs. Alors, ils se déchargent de leurs obligations sur Ottawa, pour qui ce n'est pas une priorité les autochtones du Québec.

  • Pierre Schneider - Abonné 5 novembre 2015 06 h 38

    Mauvais diagnostic

    Les chefs n'ont pas apprécié le diagnostic trop sommainre du Dr Couillard qui, pressé de s'en aller au chevet d'un autre corps malade, s'en remet au gouvernement d'Ottawa.

    S'en laver les mains comme un Ponce Pilate est indigne du chef de ce qui reste de ce qu'on appelait jusqu'à rcemment l'État québécois, devenu progressuvent une province comme les autres.

    Vivement l'indépendance et le retour de la grande alliance avec les nations autochtones.

  • Jacques Morissette - Inscrit 5 novembre 2015 06 h 41

    Une civilisation de l'image.

    Regardez la photo, elle veut dire un peu n'importe quoi pour qui veut l'interpréter. Elle peut cependant vouloir dire que le PM est calme et les Premières Nations sont énervées; pour ces derniers, c'est une tempête. C'est après que la "job" du parti Libéral commence. Tout ceci se passe dans un hôtel de Montréal. L'aveu de la visite du PM est de ne pas entacher la prospérité au Québec. Ce texte dans Le Devoir résume relativement bien la situation, avec une certaine objectivité.

    Vous voulez gager que ce ne sera pas le cas dans certains autres médias? S'il y a des photos, elles seront choisis pour faire peser la balance du côté du parti Libéral. Les gens se font souvent une idée sur une chose, en se contentant de voir les photos. Ce n'est qu'un exemple parmi d'autres d'un parti politique qui questionne les "vraies affaires" au cours de son mandat, celles de rester au pouvoir le plus souvent possible, avec la complicité de certains médias, radios-poubelles incluses.

  • Sylvain Rivest - Abonné 5 novembre 2015 06 h 44

    À quoi s'attendaient-ils

    Il détruit notre état depuis son arrivé au pouvoir. Alors faut pas s'attendre à des changements sur que la seule police à le protège est sur le banc des accusés.

    Les premières nations doivent s'adresser à quelqu'un d'autre. Il n'y a plus de service au provincial.

    Je vous conseillerait d'aller à la presse international, allez en France, en Angleterre et dénoncé la situation que vous subissez ici. Allez au devant de ses rencontres internationales.

    J'ai vraiment honte de notre PM, comme j'avais tellement honte de Harper.

    • Sylvain Rivest - Abonné 5 novembre 2015 09 h 19

      erratum: Il détruit notre état depuis son arrivé au pouvoir. Alors faut pas s'attendre à des changements quand la seule police à le protèger est sur le banc des accusés.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 5 novembre 2015 10 h 22

      Des fois, quand on ne s'attend à rien, on s'assure que rien n'ait jamais l'air d'arriver. Si les chefs amérindiens vouent ce genre de mépris tous azimuts au gouvernement de Québec, je suggère qu'ils aillent le discréditer partout où on voudra les entendre sans réserves.

      Cela n'empêchera ni la population de Val d'Or d'obtenir l'aide promise, ni les enquêtes commencées par la SQ de suivre leur cours, ni le gouvernement fédéral de lancer l'enquête promise, ni le gouvernement de Québec d'initier éventuellement sa propre enquête, mais en coordination avec Ottawa.

      Mais ce sera une économie de temps et de dignité. Quelles qu'aient été les exactions et les infamies commises par les gouvernements québécois ou canadiens, leur réparation ne justifie pas du tout qu'ils consentent à ce qu'on s'essuie les pieds dessus à tort et à travers.

      Ce genre de show de boucane ne règle rien.

  • Raymond Chalifoux - Abonné 5 novembre 2015 07 h 43

    "Stephen" qui?

    Stephen COUILLARD!