Les forces vives de la société délaissent la souveraineté du Québec

Des partisans du «Oui» le 22 octobre 1995, dans la ville de Québec, aux discours de Mario Dumont, Jacques Parizeau et Lucien Bouchard
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Des partisans du «Oui» le 22 octobre 1995, dans la ville de Québec, aux discours de Mario Dumont, Jacques Parizeau et Lucien Bouchard

Les porteurs de l’élan souverainiste, ces francophones actifs de la classe moyenne qui avaient voté Oui à 70 % lors du référendum de 1995, ne sont plus que 40 % à embrasser l’option. Les femmes dans ce groupe ont délaissé le projet souverainiste dans une plus grande proportion que les hommes tandis que l’appui des jeunes à l’indépendance s’est érodé.

C’est le constat qu’a livré samedi le sociologue Simon Langlois, de l’Université Laval, lors du colloque sur la démocratie référendaire dans les États plurinationaux. « L’horizon de l’indépendance s’éloigne », estime le professeur. À moins d’une nouvelle mobilisation que l’on ne voit poindre, « la tendance illustre que le Oui s’estompe ».

En 2002, Simon Langlois et son collègue Gilles Gagné avaient publié une étude intitulée Les raisons fortes. Nature et signification de l’appui à la souveraineté du Québec. Il avait démontré que ce groupe porteur de citoyens actifs, représentant 45 % des électeurs, avait appuyé la souveraineté en 1995 parce que c’était aussi un projet de transformation de la société. Les francophones âgés de 18 à 54 ans à faible revenu n’avaient voté Oui qu’à 49 % tandis que chez les francophones plus âgés, ils étaient moins de 40 % à choisir la souveraineté-partenariat.

Où sont les femmes ?

Au sein du groupe porteur, les femmes ne sont aujourd’hui que 36 % à exprimer un Oui ferme, six points de pourcentage de moins que les hommes. « Ce qui est nouveau, c’est la désaffection observée chez les femmes depuis 2001 [soit 11 points de moins], a-t-il observé. Je fais l’hypothèse que les femmes sont plus sensibles à ce qu’on pourrait appeler le message social de l’option. » Une autre étude que le sociologue est en voie de terminer montre que les femmes, qui sont nombreuses à travailler comme enseignantes, infirmières et dans les services sociaux, a-t-il noté, sont critiques de l’état de la justice sociale. Un discours comme celui du chef du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau, qui met l’accent sur la création de la richesse, a peu de chances de les rejoindre, à son avis.

Chez les jeunes de 18 à 24 ans, l’appui à la souveraineté est passé de 55 % en 2001 à 32 % ces dernières années. « Les jeunes ont une profonde identité québécoise. Mais ça ne se traduit pas nécessairement en un appui à l’indépendance », constate Simon Langlois.

D’une part, il existe une « grosse cohorte » de jeunes qui parlent d’entreprise privée et veulent se lancer en affaires, qui oeuvrent dans les sciences ou l’administration. « Ils n’ont pas besoin de l’indépendance pour réussir leur vie », résume l’universitaire. D’autre part, il existe « une gauche plus affirmée » chez les jeunes pour qui le projet du PQ est « ringard », inspiré par la droite nationaliste, relève le chercheur.

Dans la région de Québec, la classe moyenne a massivement décroché de la souveraineté : seulement 30 % des francophones actifs optent pour le Oui. En outre, les baby-boomers, qui atteignent les 65 ans, sont moins fervents que dans leur jeunesse : l’âge — frilosité, crainte du changement, fatigue culturelle et politique — fait son oeuvre, signale le chercheur. À quelque 32 %, il n’y a pas ni plus ni moins d’appui à la souveraineté qu’il y a 14 ans. Enfin, pour compléter le tableau, Simon Langlois souligne que le « noyau dur » des Non fermes est passé de 50 % à 55 % ces dernières années.

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