La ministre Lise Thériault au repos forcé

Lise Thériault avait pleuré en pleine conférence de presse, vendredi dernier, en réagissant aux présumés abus de policiers de la Sûreté du Québec (SQ) envers des femmes autochtones à Val-d’Or.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Lise Thériault avait pleuré en pleine conférence de presse, vendredi dernier, en réagissant aux présumés abus de policiers de la Sûreté du Québec (SQ) envers des femmes autochtones à Val-d’Or.

Elle est reconnue comme une « toffe ». Mais elle doit se retirer pour des « raisons de santé ». Plongée dans une controverse après les révélations sur les femmes autochtones victimes d’abus, la ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault, cède sa place pour un temps indéterminé à son collègue Pierre Moreau, qui garde aussi les Affaires municipales.

Des sources au gouvernement indiquent que la ministre Thériault a paru ébranlée, au cours des derniers jours, par la tempête qui s’est abattue sur son ministère. Elle avait pleuré en pleine conférence de presse, vendredi dernier, en réagissant aux présumés abus de policiers de la Sûreté du Québec (SQ) envers des femmes autochtones à Val-d’Or.

Depuis, les relations de la ministre avec la SQ sont tendues. Le Parti québécois (PQ) a aussi demandé la démission de la ministre, qui avait été informée en mai dernier des allégations d’abus envers les autochtones.

La ministre Thériault — qui est aussi vice-première ministre — « vit des moments difficiles », affirme un membre influent du gouvernement Couillard. « C’est très dur d’être sur la ligne de feu comme ça pour une question extrêmement délicate [comme les autochtones]. »

Le gouvernement Couillard a annoncé l’absence temporaire de la ministre de 49 ans « pour des raisons de santé » et son remplacement par Pierre Moreau dans un communiqué laconique, en fin d’après-midi. Plus tôt dans la journée, une porte-parole avait dit que Lise Thériault souffrait d’une gastro. Radio-Canada a rapporté de son côté que la ministre doit s’absenter une semaine « pour des difficultés personnelles ».

Au conseil des ministres, Lise Thériault est perçue comme une « toffe » depuis son bras de fer avec les syndicats de la construction, en 2011. Alors ministre du Travail, elle avait tenu tête à la puissante Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) et mis fin au placement syndical sur les chantiers de construction.

La ministre a eu du fil à retordre à la Sécurité publique : elle s’est attiré de vives critiques pour sa réaction à la spectaculaire évasion en hélicoptère de trois détenus de la prison d’Orsainville, à Québec. Elle avait déclaré avoir reçu des informations contradictoires sur l’événement, ce qu’une enquête indépendante a confirmé. Le PQ avait aussi demandé sa démission à la suite de cette affaire, à l’automne 2014.

Prompt rétablissement

Les partis de l’opposition ont mis de côté la partisanerie, en fin de journée jeudi, pour souhaiter un prompt rétablissement à la ministre Thériault. Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, ainsi que les députés Pascal Bérubé, du PQ, et Manon Massé, de Québec solidaire, ont transmis leurs voeux à Lise Thériault.

« Alors qu’il y a urgence d’agir, on espère que l’arrivée d’un nouveau ministre responsable ne retardera pas les actions à prendre, a indiqué Manon Massé. Espérons que M. Moreau aura plus de poids pour convaincre le premier ministre de la nécessité d’une enquête indépendante pour rétablir la confiance des Premières Nations et du public en général. La police ne peut pas enquêter sur la police. »

LE COURRIER DE LA COLLINE

Nouvelle infolettre

Chaque jeudi, l'équipe du Devoir à Québec résume l'essentiel de la semaine parlementaire. Retrouvez aussi la note de Michel David, notre chroniqueur politique. Inscrivez-vous, c'est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

C’est très dur d’être sur la ligne de feu comme ça pour une question délicate

10 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 30 octobre 2015 05 h 31

    M. Moreau

    On commence sérieusement à manquer de personnel crédible chez les libéraux.

    PL

    • Sylvain Rivest - Inscrit 30 octobre 2015 13 h 57

      Moreau?
      Celui-là même qui a essayé d'étoufé le rapport Ducheneau
      Et qui affirma à la presse que 13 dossiers ont été confiés à l'UPAC. Pendant que l'UPAC soutenait avoir rien reçu du ministre Pierre Moreau.

      Crédibilité? Aucune! Il ne devrait même pas avoir le droit de travailler directement ou indirectement pour le gouvernement québécois.

    • Yves Corbeil - Inscrit 30 octobre 2015 14 h 15

      Vous avez raison, ils auraient pu au moins nous ramener la Bolduc, je croyais qu'il était en ''réserve''

  • François Dugal - Inscrit 30 octobre 2015 07 h 49

    Le rétablissement

    Souhaitons à madame la ministre et vice-première ministre un prompt rétablissement.

  • Lucie Bilodeau - Inscrite 30 octobre 2015 08 h 23

    Usage de photo

    Moi ce qui m'énerve, c'est le journalisme de bas étage. Pourquoi cette photo utilisée à outrance. Comme si parce qu'elle pleurait, elle était nécessairement incapable de faire son travail. Comme si l'humanité n'avait pas le droit à l'humanité. Dès lors, on conseille très probablement à la «madame» de prendre un peu de repos.

    • Sylvain Rivest - Inscrit 30 octobre 2015 13 h 49

      Ce n'est pas des larmes c'est une sinusite. La grippe est vraiment forte ces temps-ci.

    • Hélène Gervais - Abonnée 30 octobre 2015 13 h 50

      parce qu'on ne croit pas en ses larmes, étant donné qu'elle était au courant depuis le mois de mai et qu'elle n'a rien fait pour sécuriser les plaignantes, à part demander à la sq d'enquêter sur ses policiers. Comme si ces derniers pouvaient être objectifs, franchement.

    • Richard Génois Chalifoux - Inscrit 30 octobre 2015 15 h 36

      Quand on choisit la vie publique, il faut savoir assumer ses choix.

      Si cette photo revient en boucle, c’est peut-être parce qu’elle suscite encore bien des questions qui demeurent sans réponses.

  • Yves Archambault - Inscrit 30 octobre 2015 10 h 09

    Mme vice-première.

    affronter la SQ ça prend le support du premier-ministre...alors?

  • Colette Pagé - Inscrite 30 octobre 2015 10 h 47

    La politique qui use et défait les personnes en poste !

    Se pourrait-il que la Ministre de la sécurité publique ne soit plus la personne de la situation et que le PM lui ait imposé une charge de travail déraisonnable. Un poste difficile très médiatisé pour faire face aux dirigeants de la Sûreté du Québec, une fratrie qui cultive le culte du secret.

    Parfois, une crise est nécessaire pour prendre du recul, refaire ses forces et décider d'une nouvelle orientation voire souhaiter exercer un poste moins exigeant.

    La politique use et défait les personnes soumises à répétition aux jugements des journalistes et des électeurs alors que les ministres sont tenus aux secrets des délibérations du Conseil des ministres, L'on oublie trop souvent en langage vulgaire "que les shots sont calés par le cabinet du PM ". Ce qui signifie que les Ministres n'ont pas toujours la latitude nécessaire à l'exercice de leurs fonctions et surtout qu'ils ne peuvent pas tout dire. Très frustant !