La bibliothèque du ministère dans un corridor

Des milliers de livres, manuels, rapports et autres documents dorment dans les couloirs du sous-sol de l’Institut de réadaptation en déficience physique de Québec.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Des milliers de livres, manuels, rapports et autres documents dorment dans les couloirs du sous-sol de l’Institut de réadaptation en déficience physique de Québec.

Depuis la fermeture du Centre de documentation du ministère de la Santé en septembre, des milliers de livres et documents dorment dans les couloirs du sous-sol de l’Institut de réadaptation en déficience physique de Québec (IRDPQ).

Manuels de toxicologie, ouvrages en anglais sur les politiques mondiales de contrôle du tabac, dossier sur le programme de virage ambulatoire… Des milliers d’articles et de livres attendent à l’Institut qu’on décide de leur sort.

Entassés dans des meubles de bois recouverts de pellicule de plastique, les documents ont été mis de côté dans les couloirs du sous-sol loin des regards et des lecteurs.

« On les a pris temporairement », explique Annie Ouellet, la porte-parole du Centre intégré universitaire de santé et services sociaux de la Capitale-Nationale (CIUSSS). Le ministère serait en quête d’un lieu permanent où les mettre, mais Mme Ouellet ne sait pas jusqu’à quand la situation va perdurer. « Pour nous, ce n’est pas dérangeant. La clientèle n’a pas ça dans les jambes », a-t-elle ajouté.

La collection de quelque 30 000 documents devait à l’origine être transférée à la bibliothèque Cécile-Rouleau du Complexe G. Or, selon nos sources, seulement la moitié des documents y auraient été transférée. Pris avec 15 000 documents restants, le ministère aurait obtenu l’aide de l’Institut en attendant.

Le ministère de la Santé était d’autant plus pressé de disposer de ses ouvrages que le plancher de sa bibliothèque n’avait plus la capacité de supporter le poids de tout ce matériel, d’où la fermeture le 25 septembre dernier.

Après avoir accepté d’entreposer le matériel, le CIUSSS a offert de prendre en charge la collection de façon permanente. Il s’est toutefois désisté par la suite parce qu’il jugeait que les ressources humaines qu’on lui offrait n’étaient pas suffisantes pour accomplir tout le travail. « Il y a eu des discussions pour essayer d’avoir une entente, mais devant l’ampleur du travail […],on n’était pas en mesure d’offrir ce service-là », a précisé Mme Ouellet.

Selon une source proche du dossier, le ministère de la Santé aurait offert uniquement de payer le salaire d’un technicien en documentation, alors que le CIUSSS estimait avoir besoin au minimum d’une bibliothécaire et d’un technicien.

Le Devoir a demandé des explications au ministère de la Santé mardi, mais on n’a pas été en mesure de nous répondre.

En quête d’économies

Chez le personnel en documentation, la situation est vue comme le symptôme d’un problème global. « Ça limite l’accès à la connaissance. C’est vraiment déplorable pour un ministère gros comme celui-là », a expliqué au Devoir sous le couvert de l’anonymat une professionnelle documentaliste du réseau de la santé très au fait du dossier.

Les techniciens en documentation compilent des documents et des statistiques exhaustives sur les maladies, la santé publique, les services sociaux et la recherche de partout dans le monde.

« Les gens s’imaginent qu’en allant chercher sur Google, ils vont trouver. Mais ce qu’on fait, nous, les bibliothécaires, c’est le tri dans toutes ces informations-là. On fait de la veille informationnelle. On fait ressortir ce qui est important », explique-t-elle.

Au-delà des contraintes physiques dues au poids de la collection, le gouvernement a lancé une opération de « rationalisation » des services documentaires du gouvernement. Comme le révélait Le Devoir à la mi-août, la bibliothèque du Complexe G regroupe déjà le matériel d’au moins 17 centres de documentation de ministères qui ont fermé leurs portes ces dernières années.

Selon un document interne du Secrétariat du Conseil du trésor, le gouvernement espère ainsi éliminer des postes et éviter les achats en double de documents ou d’abonnements. On pense ainsi pouvoir économiser 4,5 millions.

Parmi les Centres de documentation qui ont déjà fermé leurs portes, on retrouve ceux de la Régie des rentes, de la Société de l’assurance automobile, du ministère du Tourisme, de l’Environnement, du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation, des Affaires municipales, de l’Éducation et de la Famille.

5 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 28 octobre 2015 01 h 57

    De piètres administrateurs

    On a vraiment toujours étés de pietres administrateurs, peut-être que ce sont des choses difficiles a changer, enfin ne me demander pas ce qu'il faudrait que l'on fasse

  • Robert Beauchamp - Abonné 28 octobre 2015 07 h 26

    La connaisance

    «ça limite l'accès à la connaissance» voilà la marque de commerce de ce gouvernement.

  • Michel Thériault - Inscrit 28 octobre 2015 09 h 43

    Autodaphé

    Autodafé: Destruction par le feu d'un objet (en particulier des livres) que l'on désavoue, que l'on condamne.

    Cela a commencé en Espagne, sous l'inquisition. Les nazis l'on fait, Les talibans et l'EI le font toujours, Harper l'a fait avec plusieurs bibliothèques scientifiques. Pas étonnant que Couillard et son clan d'idéologues bornés s'y adonnent.

  • Benoit Thibault - Abonné 28 octobre 2015 10 h 08

    Du déjà vu

    Cette situation ressemble à du déjà vu d'un parti politique fédéral qui ne croyait pas à la science et à l'approche. Qu'un ministre laisse faire une telle chose en dit long sur sa préoccupation. Et vive l'idéologie.

  • Sylvain Patenaude - Abonné 28 octobre 2015 17 h 24

    Démantèlement

    Le gouvernement perd des collections inestimables imprimées et électroniques cataloguées, indexées et accessibles, des services documentaires spécialisés aux employés de l'État et l'expertise des bibliothécaires et techniciens qui connaissent les domaines de recherche et les bases documentaires. La gestion de la connaissance est en berne dans plusieurs ministères.