Couillard fait mieux que ses prédécesseurs

Philippe Couillard a imposé la «rigueur budgétaire» dès les premiers mois de son mandat, en avril 2014. 
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Philippe Couillard a imposé la «rigueur budgétaire» dès les premiers mois de son mandat, en avril 2014. 

Le gouvernement Couillard tient promesse plus rapidement que ses prédécesseurs : après un an et demi au pouvoir, les libéraux ont rempli la moitié de leurs engagements électoraux, quitte à bousculer les électeurs en agissant avec plus de vigueur que promis.

Le premier ministre, Philippe Couillard, a imposé la « rigueur budgétaire » dès les premiers mois de son mandat, en avril 2014. Et il garde le cap là où ses prédécesseurs, notamment Jean Charest, avaient reculé, note une étude de l’Université Laval obtenue par Le Devoir.

Le professeur François Pétry et son équipe ont calculé que le gouvernement libéral a déjà rempli 52 % de ses engagements électoraux. C’est plus que tout autre gouvernement depuis 2003, qu’il soit libéral ou péquiste, après moins de deux ans au pouvoir.

« Il y a une volonté sans précédent de la part du cabinet Couillard [de remplir les engagements électoraux] », dit François Pétry en entrevue. L’étude qu’il dirige sera publiée dans L’état du Québec 2016, produit par l’Institut du Nouveau Monde. On peut consulter les résultats préliminaires sur le site des chercheurs à l’adresse polimetre.org.

Rigueur à tous crins

La fameuse « rigueur budgétaire », qui impose des mesures d’austérité à tout l’appareil d’État, a pris tout le monde par surprise, au printemps 2014. Le professeur Pétry et ses adjoints classent cette décision du gouvernement parmi les promesses tenues même si les libéraux vont plus loin que ce qui était écrit dans leur plateforme électorale.

Le Parti libéral avait promis « une gestion très rigoureuse des dépenses ». « Une révision de programmes sera faite immédiatement après les élections. Des compressions de 1,3 milliard de dollars seront réalisées au cours des deux premières années du mandat », indique le programme.

Le parti s’était aussi engagé à « protéger » la santé et l’éducation, avec des hausses de dépenses de 4 % et 3,5 % par année, et de geler le budget des autres ministères pour cinq ans.

On connaît la suite : toutes les missions de l’État ont subi des coupes, y compris la santé, l’éducation et celles qui touchent les personnes les plus vulnérables. Des compressions de 2,3 milliards dès la première année ont ouvert la voie au retour à l’équilibre budgétaire en 2015-2016, comme promis. Le gouvernement se trouve aussi engagé dans un bras de fer avec les 440 000 employés de l’État en vue de renouveler leur contrat de travail.

Bref, le gouvernement Couillard en a fait plus que prévu en matière d’austérité, et « ça explique sans doute la grogne de la société civile », estime François Pétry.

Conditions favorables

Les libéraux gardent le cap sur la « rigueur » malgré les protestations. Contrairement au gouvernement Charest en 2003, par exemple, ils sont déterminés à agir. Jean Charest avait été élu en promettant de « réinventer l’État », mais il avait vite reculé. « Il y avait une résistance intense au conseil des ministres, rappelle François Pétry. Les ministres se battaient contre le Conseil du trésor pour éviter les coupes. Il y a davantage d’unité au gouvernement Couillard. »

L’opinion publique a changé dans la dernière décennie, estime le professeur. Les Québécois semblent favorables à la « rigueur budgétaire ». En tout cas, ils ne s’y opposent pas de façon catégorique.

Signe des temps, la Coalition avenir Québec (CAQ) de François Legault a une influence nouvelle sur la scène politique, par rapport au début du gouvernement Charest en 2003. La « rigueur » est une idée de la CAQ, qui milite pour un « grand ménage » dans l’appareil d’État.

De plus, le gouvernement Couillard est majoritaire à l’Assemblée nationale. C’est un avantage par rapport aux gouvernements minoritaires de Jean Charest en 2007 et de Pauline Marois en 2012, note l’étude de l’Université Laval. La croissance économique, même faible, favorise aussi la réalisation des promesses électorales.

Le professeur Pétry prévoit que le programme de « rigueur » fera place à de bonnes nouvelles pour les électeurs — comme des baisses d’impôts — vers la fin du mandat du gouvernement Couillard. Juste à temps pour les élections de 2018.

Promesses tenues ou en suspens

En attendant, en plus de la « rigueur budgétaire » qui a permis d’équilibrer les finances publiques, le gouvernement Couillard a réalisé dans les derniers mois — ou est en voie de réaliser — d’autres engagements, tels que l’élimination progressive de la taxe santé à compter de 2017, le pacte fiscal avec les municipalités, le plan d’action contre l’intimidation et le crédit d’impôt aux personnes âgées pour activités physiques ou culturelles.

Le gouvernement libéral a mis de côté d’autres engagements, comme la création d’un programme d’aide à l’emploi dans l’industrie forestière ou l’investissement dans les soins de santé à domicile, à cause des compressions. Il a aussi reporté d’autres promesses, comme celles d’étendre l’aide aux devoirs, d’augmenter la qualité de l’enseignement, de créer un crédit d’impôt pour les proches aidants ou de créer 2000 postes d’infirmières spécialisées.

Nombre de promesses réalisées ou en voie de l'être en moins de 24 mois

Jean Charest
2003
 : 49
2007 : 54
2008 : 16

Pauline Marois
2012
 : 57

Philippe Couillard
2014
 : 82

Source : François Pétry, Lisa Birch, Julie Martel et Félix Parent, Université Laval

Un constat s’impose : avec 82 promesses réalisées en tout ou partie après 18 mois au pouvoir, le gouvernement de Philippe Couillard se démarque nettement de ses prédécesseurs au même stade d’avancement dans leur mandat.

30 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 27 octobre 2015 04 h 23

    Le problème n'est pas là...

    Le problème avec les promesses du gouvernement Couillard n'est pas dans les promesses qu'il met rapidement en action.
    Le problème, c'est dans les mises en actes de mesures qu'il n'a jamais promises.
    C'est là qu'il tue littéralement le Québec solidaire et fraternel (éducation, soins de santé, soins aux Ainés, etc.) de manière illégitime...
    Cette action de saccage général sur notre tissus social et culturel n'ayant été annoncée d'aucune manière par lui en élection, la vitesse avec laquelle il agit n'a pour but que de prendre l'ensemble des Québécois par surprise et de les mettre devant le fait accompli, avant que la masse la plus naïve d'entre eux ne se réveille et se rende compte que ce contre quoi les plus éveillés de nous redoutent, est devenue une triste réalité.
    Celle de l'agonie collective voulue de notre majorité française au Québec, dans un pays canadien riche. Là où le pouvoir politique n'appartient qu'aux anglophones et aux anglophiles qui soignent une monarchie étrangère, que cela soit volontairement ou pas ni change rien, et qui n'ont pour la langue française que mépris ou, au mieux, qu'une indifférence coupable ou une ignorance aveugle pour ce qui est notre paupérisation culturelle croissante.
    Chose condamnable s'il en est...

    Merci de m'avoir lu.

    • Francois Cossette - Inscrit 27 octobre 2015 09 h 36

      Tout a fait d'accord, il a mentit par omission, mais que voulez-vous il sert ses maitres.

  • Jacques Morissette - Abonné 27 octobre 2015 06 h 23

    Propagande libérale?

    C'est un texte qui ressemble à de la propagande libérale.

    • Jacques Patenaude - Abonné 27 octobre 2015 09 h 07

      Quel est la méthodologie utilisée?
      Comment font-ils pour évaluer les pourcentages?
      Promettre l'autérité sauf en santé et en éducation mais en fin de compte imposer l'autérité y compris en santé et en éducation est-ce ça augmente le pourcentage car ils en font plus ou est-ce que ça réduit le pourcentage parce qu'ils ont imposé l'austérité aussi en éducation et en santé? Mettre de côté une promesse comme la création d’un programme d’aide à l’emploi dans l’industrie forestière est-ce la même chose que de renier une promesse dans ce calcul?
      ¸Ca ne semble pas sérieu comme recherche.

    • Françoise Maertens - Abonnée 27 octobre 2015 11 h 49

      Bien d'accord!!!

  • Christian Montmarquette - Abonné 27 octobre 2015 06 h 45

    « Promesses » ou « attaques » ?


    «Le gouvernement Couillard tient promesse..» ..mentionne l'article.

    En réalité, il faudrait se demander s'il s'agit de «promesses» ou d'«attaques»?

    En ce sens, Philippe Couillard semble bien plus enclin aux attaques envers les services publiques qu'à respecter sa promesse de créer 250,000 nouveaux emplois.

    De plus, le gouvernement Couillard est un gouvernement illégitime élu sur un programme mensonger. Et il faut être culotté pas à peu près pour oser parler de réalisation de promesses, alors que jamais ce «gouverne-menteur» n'aurait été élu s'il avait clairement afficher son agenda caché et ses intentions d'imposer autant d'austérité et de coupures généralisées dans l'ensembles des services publics. Car il ne suffit pas de manipuler les mots et de changer «austérité» par «rigueur» pour que l'austérité disparaisse! Et alors que nous venons tous d'être témoins de ce qui arrive à ceux qui évoque l'austérité en campagne électorale.

    Ajoutons à ce sordide palmarès, que Philippe Couillard s'était clairement engagé à ne pas s'attaquer aux plus démunis durant sa campagne; une autre promesse brisée par François Blais qui n'a pas manqué de frapper.

    Or donc, loin de réaliser «ses promesses», ce gouvernement frauduleux et illégitime, qui réalise d'abord et avant tout «ses magouilles» et ne respecte pas ses promesses, devrait être sorti à coups de pieds au cul, si les citoyens du Québec avaient pour deux sous de colonne vertébrale, plutôt que de s'écraser et de se laisser tondre comme des moutons sans rien dire.

    Christian Montmarquette

    • Emmanuel Lyng-Sabatier - Inscrit 27 octobre 2015 08 h 29

      Malheureusement, les québécois auraient quand même voter pour le PLQ même en connaissant l'agenda caché. Les électeurs du PLQ sont les anglo et les nouveaux immigrants donc plus les années passent et plus leur majorité s'accroit.
      Les électeurs du PQ sont principalement dans les 30-65 ans donc ni les boomers ni les jeunes. Le PLQ a la démographie de son côté.

    • Christian Montmarquette - Abonné 27 octobre 2015 11 h 25

      «Malheureusement, les québécois auraient quand même voter pour le PLQ même en connaissant l'agenda caché. »- Emmanuel Lyng-Sabatie

      Cet affirmation apparaît comme théorie bien téméraire, quand on sait que le NPD est passé de 54 à 16 députés au Québec en proposant le maintien du déficit zéro, et que les libéraux sont passés de 7 à 40 députés en rejetant les politiques d'austérité.

      Christian Montmarquette

      Référence :

      « Le rouge déferle sur le Québec» -Radio-Canada, 20 octobre 2015

  • Françoise Labelle - Abonnée 27 octobre 2015 07 h 01

    Vive la compta! Tout dans la forme, rien dans le fond.

    On compte le nombre de promesses et le tour est joué.

    Si on lit le programme auquel on avait accès avant l'élection, le programme des coupures n'était pas mentionné. L'austérité était un agenda conservateur caché.

    Une ommission cruciale puisqu'après 2008, la GB et l'Espagne ont visé l'équilibre budgétaire en coupant alors que les USA ont continué à stimuler modérément. La GB vient de rattraper le taux de croissance des USA après 8 ans de souffrances inutiles et l'Espagne a vu ses revenus fondrent et a dû emprunter!
    Le pib de Québec s'est affaissé, comme le rapportait le Devoir récemment.
    http://www.economist.com/news/schools-brief/215868

  • André Nadon - Abonné 27 octobre 2015 07 h 53

    Austérité réalisée.

    La seule promesse vraiment réalisée est celle des coupures dans les services aux citoyens, quelles qu'en soient les conséquences pour diminuer le rôle de l'État.
    La perte d'expertise de l'État, comme la Commission Charbonneau l'a si bien démontré au ministère des Transports, s'étend maintenant à tous les ministères au profit de l'entreprise privée.
    Ce sont tous les citoyens qui en paieront le coût éventuellement et les politiciens s'en laveront les mains et n'auront plus à justifier leurs erreurs.
    Ce que l'étude ne dit pas c'est que ce gouvernement qui devait être transparent fut élu par la minorité grâce à la peur du référendum sans vraiment dévoiler son agenda.