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Le SPVM est chargé de l’enquête sur les allégations de sévices

Québec retire à la Sûreté du Québec (SQ), au profit du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), l’enquête sur huit agents de la SQ qui auraient brutalisé ou agressé sexuellement des femmes autochtones de la région de Val-d’Or, en Abitibi.


Les huit policiers soupçonnés sont suspendus avec solde. La ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault, a aussi annoncé la nomination d’une nouvelle directrice au poste de Val-d’Or.


Ces femmes des communautés autochtones avoisinantes de Val-d’Or ont rapporté avoir été humiliées, brutalisées, voire agressées sexuellement par des agents de la SQ.


La ministre s’est mise à pleurer lorsque les journalistes lui ont demandé comment elle se sentait à la suite de la diffusion du reportage de Radio-Canada qui a révélé l’affaire.

 

«Excusez-moi, permettez-moi de reprendre mes esprits un peu, a-t-elle lâché, après un long silence et des larmes, qu’elle essuyait, en conférence de presse à l’Assemblée nationale. [Je me sens] aussi choquée que la population. Il est temps qu’on fasse quelque chose.»


Une enquête interne a été entreprise par la Sûreté du Québec à la mi-mai, quand le ministère a été informé des allégations. La ministre a dû justifier les délais qui se sont écoulés.


«Je n’avais pas de noms de femmes, je n’avais que des allégations, c’est ce qui a été porté à ma connaissance! On n’aurait pas pu faire plus!» a-t-elle déclaré. Elle dit que beaucoup d’allégations dans le reportage n’étaient pas connues des enquêteurs et c’est pour cette raison qu’il faut donc maintenant confier le dossier au SPVM.

« Les gens n’ont pas confiance au département d’enquête de la Sûreté du Québec », a-t-elle avoué.

Elle a dû aussi expliquer pourquoi l’enquête n’a pas été confiée dès l’origine à un autre corps policier, devant la gravité des allégations. C’est la procédure, a-t-elle insisté.


«Les policiers de la SQ qui mènent les enquêtes sont des hommes et des femmes chevronnés, basés ailleurs qu’à Val-d’Or, leur intégrité ne doit pas être mise en cause, a déclaré la ministre sur un ton irrité. C’est une équipe spécialisée qui fait des enquêtes sur les policiers qui ont des comportements inadéquats.»

La ministre dit maintenant s’employer à rétablir la confiance en la SQ. Les huit policiers soupçonnés d’avoir commis les gestes répréhensibles ont été assignés à domicile.

Elle estime que d’autres femmes vont vouloir rompre le silence.


Au total, 14 allégations ont été rapportées, visant neuf policiers dont un qui est mort, pour des événements qui remontent parfois à plus de 10 ans, a précisé vendredi le porte-parole du corps policier, Guy Lapointe, lors d’un point de presse à Montréal.


Deux des allégations ont rapport à des inconduites sexuelles, et l’une d’elle implique le policier aujourd’hui décédé. Les autres allégations relèvent de voies de fait ou d’autres comportements répréhensibles.

Critiques de l'opposition

Les partis d’opposition n’ont pas mis de temps à réagir aux gestes du gouvernement et les larmes de la ministre ne les ont pas attendris. Le Parti québécois reproche à la ministre d’avoir traité cette affaire de façon banale en confiant à la SQ une enquête sur la SQ. Le PQ rappelle que, encore jeudi, le gouvernement estimait que cette enquête était suffisante.


« Maintenant que Radio-Canada a révélé l’histoire au grand jour, elle verse des larmes devant les caméras, a commenté le porte-parole à la Sécurité publique, Pascal Bérubé, par voie de communiqué. Ces larmes, la ministre aurait dû les verser au printemps, et faire quelque chose à ce moment-là. »


La députée Manon Massé, de Québec solidaire, a dit être « révoltée » par l’attentisme et l’inaction du gouvernement Couillard, du fait que les huit agents ont pu continuer à exercer leurs fonctions impunément aussi longtemps.


C’est d’autant plus scandaleux, selon elle, que l’Assemblée nationale s’était prononcée à l’unanimité pour qu’on donne suite à la Commission vérité et réconciliation qui a enquêté sur les sévices subis par les anciens élèves des pensionnats autochtones.


« On sait ce qui arrive aux autochtones depuis plus de 20 ans, a-t-elle indiqué en entrevue téléphonique. Et là, parce que ça bouge dans les médias, parce que les gens se mobilisent, on se dit, la petite larme à l’oeil, ça n’a pas de bon sens, il faut retirer ces agents. […] Ça me choque énormément. Je suis tannée de la discrimination systémique qu’on fait subir aux premiers peuples. »


Au lieu du SPVM, elle réclame l’intervention du Bureau d’enquêtes indépendantes, la nouvelle instance qui a pour mission de mener des enquêtes sur tout événement impliquant un agent de la paix ainsi que sur des allégations relatives à une infraction criminelle commise par un tel agent.


Le premier ministre Philippe Couillard a indiqué jeudi que le Bureau n’était pas encore prêt à entrer en fonction.


Selon la députée indépendante Sylvie Roy, qui a déjà pratiqué le droit dans une région où vivent des autochtones, l’enquête aurait dû être confiée dès le départ à la police de Montréal.

« Si ces femmes ont décidé de se confier à la caméra plutôt qu’aux policiers, c’est parce qu’elles se sentaient oppressées », a déclaré Mme Roy dans une conférence de presse.

Selon elle, l’amélioration des conditions de vie des autochtones doit devenir un enjeu non-partisan qui préoccupe tous les partis. « Ce n’est pas normal qu’il y ait deux Québec au Québec. Si vous allez dans une réserve indienne, vous n’aurez pas besoin de dormir là une semaine pour voir que ce n’est pas le même Québec. »
 

Enquête publique demandée

À la suite de la diffusion du reportage de Radio-Canada, les intervenants du milieu et les autorités locales réclament des enquêtes publiques et indépendantes sur ces événements et, plus largement, sur les femmes autochtones disparues ou assassinées.


Édith Cloutier, directrice générale du Centre d’amitié autochtone de Val d’Or, a souligné en conférence de presse vendredi que le gouvernement du Québec avait la responsabilité d’assurer la sécurité de tous ses citoyens. Elle a ainsi réclamé de façon «urgente» une enquête gouvernementale sur le cas spécifique de Val d’Or, ainsi qu’une commission d’enquête indépendante sur les femmes disparues ou assassinées.


Elle a rappelé que plusieurs autres femmes avaient été victimes de ces abus, qualifiant la situation de «tragédie nationale».

Mme Cloutier avait aussi demandé à ce que les huit policiers visés par des enquêtes soient suspendus temporairement — une demande qui a été accordée quelques minutes plus tard par la ministre de la Sécurité publique Lise Thériault.

«Ne pas agir, c’est se rendre complice», a plaidé Mme Cloutier.

Le chef de la Première Nation Abitibiwinni David Kistabish a lui aussi pressé le premier ministre désigné Justin Trudeau de mettre en oeuvre «dès maintenant» sa promesse d’instaurer une commission d’enquête publique sur les femmes autochtones disparues ou assassinées.


«Je suis perturbé. Comme père de famille, je suis dégoûté. Comme Algonquin, je suis blessé. Comme chef, je suis choqué», a-t-il tranché.


M. Kistabish a souligné que le Québec avait également ses responsabilités dans ce dossier, insistant qu’il fallait «faire le point, de nation à nation».
 

«Comme leader de ma communauté, je ne resterai pas les bras croisés, et je ne vais pas rester invisible [...] M. Trudeau, M. Couillard, je vous demande de passer aux actes», a-t-il déclaré.

«Nous demandons justice. Justice pour les femmes qui ont été abusées, maltraitées. Justice pour les enfants qui sont abandonnés, ignorés par les autorités gouvernementales», a-t-il conclu.

Témoignage

Les propos de Mme Cloutier et du chef autochtone ont été précédés par le témoignage émotif de la famille de Sindy Ruperthouse, qui est disparue depuis maintenant 17 mois.

«On nous a arraché notre fille. Nous ne sommes plus les mêmes. Il manque une partie de notre famille», a affirmé péniblement son père, Johnny Wylde.

La famille de Sindy Ruperthouse avait alerté les autorités de la disparition de la femme de 44 ans et on lui aurait répondu qu’elle avait trop tardé pour le faire. Les policiers avaient dit à l’époque qu’ils attendraient la fonte des neiges, au printemps 2015, avant d’entamer les recherches, mais rien n’a été fait depuis, a déploré M. Wylde.

«Nous nous sentons démunis face à la situation», a-t-il soutenu.

19 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 23 octobre 2015 11 h 46

    Le barrage

    Le barrage vient de petter. Depuis 10 ans le fédéral avec Harper en tête s'entête à ne pas reconnaitre ce qui arrive. Le provincial suivait la marche, la police faisait de même : Motus et bouche cousue. Ça fait tellement longtemps que ça dure que le premier intervenant est mort. Vous ne trouvez pas que «assez c'est assez ?»

    Certains vont essayer de se camoufler derrière la procédurite aigüe, les tours et détours, mais je n'accepte plus, comme homme, qu'on traite n'importe quelle femme d'une façon si dégradante. Il n’y a pas de mot assez fort dans n'importe quel dictionnaire pour décrire comment je me sens.

    Et pourquoi faut-il toujours mettre en pleine face de nos dirigeants ces injustices flagrantes avant qu'ils bougent ? J'ai honte !

    Faut-il toujours se rendre à la damnée limite ?

    PL

    • Yvan Harnois - Inscrit 23 octobre 2015 15 h 18

      Tout à fait juste m. lefebvre.Le Conseil du statut de la femme devrait s'en mêler.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 23 octobre 2015 15 h 55

      Je crois qu'il a été approché, comme d'autres d'ailleurs. Cette affaire-là ne fait que commencer. La canne est enfin ouverte. J'espère que Radio Canada ne lâchera pas le morceau, il faut garder la pression. Les belles paroles et les entourloupettes administratives ne suffiront pas.

      Des larmes, il en a déjà coulé trop.

      Notre nouveau premier ministre porte un corbeau tatoué sur l'épaule et le Corbeau est un signe de protection du peuple.
      Gagne-le ton tatoo, mon jeune !

      PL

    • Yves Corbeil - Inscrit 23 octobre 2015 19 h 30

      Moi aussi j'ai honte, on aime bien ça se vanter qu'on est un peuple accueillant, charmant, gentil, ouvert et bla, bla, bla mais là dans ce dossier on est des colons et nos dirigeants une honte sur le plan internationnal. Couillard qui va se peter les brettelles en Islande sur le climat quand le climat est pourri chez nous. Trudeau a fait une promesse en campagne qu'il fasse suivre les bottines maintenant.

  • - Inscrit 23 octobre 2015 12 h 44

    Les sanctions les plus sévères !

    Je ne sais pas si les enquêteurs du SPVM seront à la hauteur .. je préfèrerais un enquêteur ou des enquêteurs spéciaux choisis complètement hors des corps policiers.

    En tout cas, il importe que la lumière soit faite sur cette sordide affaire et que les sanctions les plus sévères soient prises envers des crimes odieux !

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 23 octobre 2015 14 h 55

      J'espère que les procureurs vont aussi prendre au sérieux ce qui se passe. On a vu ce qui est arrivé avec Shark, ça a viré en queu de poisson.
      «Some shark !»

      PL

  • François Villeneuve - Inscrit 23 octobre 2015 13 h 25

    Que ferait le Québec sans ses journalistes ?

    Merci aux journalistes de l'émission "Enquête" qui ont, encore une fois, permis aux québécois de prendre conscience d'un enjeux majeur.

    Quand je pense aux divers reportages de grande qualité (en environnement, criminalité, corruption, etc.) de nos journalistes ces derniers temps, tout média confondu, je prends encore plus conscience de l'importance de ceux-ci dans l'évolution de notre société.

    Merci journalistes québécois !
    François Villeneuve
    Rimouski

  • Christian Montmarquette - Abonné 23 octobre 2015 15 h 18

    Les larmes de crocodiles de la ministre Thériault

    Les larmes de crocodiles de la ministre Thériault ne m'impressionne pas.

    Québec était au courant depuis plus de 5 mois.

    D'après ce que j'ai vu, Lise Thériault pleure surtout «de honte», de ne pas avoir agit plus rapidement.

    - CM

    • Sylvain Rivest - Inscrit 23 octobre 2015 15 h 51

      Effectivement m. Montmarquette,

      Je croie que ce qu'il la peine le plus est de se faire prendre les culottes à terre, une fois de plus. Et notre couard provincial se cache derrière l'austérité. Faudrait demander à Trudeau de mettre le Québec sous tutelle jusqu'aux prochaines élections.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 23 octobre 2015 15 h 59

      La honte devrait tous nous habiter, M. Montmarquette. C'est le temps de prendre nos responsabilités, pas de lancer des flèches. C'est trop facile.

      Nous sommes tous concernés.

      PL

    • François Masseau - Abonné 23 octobre 2015 18 h 10

      Vous avez tout à fait raison. Elle n'avait que des allégations dit-elle. Étrangement, les journalistes de l'émission Enquête avec les dites allégations ont quand même mis à jour toute cette sordide affaire. C'est un peu facile la réaction de là ministre.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 25 octobre 2015 07 h 43

      Ok... toute honte bue. Mais une petite question, comme ça...

      La ministre dit qu'elle n'avait que des allégations, pas des noms. Bien sûr, on peut penser qu'elle ment effrontément. Sinon, si Radio-Canada avait ces informations d'intérêt public depuis des mois, n'aurait-il pas été urgent de les communiquer à la ministre plutôt que de s'asseoir dessus pour ne pas brûler un scoop?

  • Arthur Desgagnés - Inscrit 23 octobre 2015 15 h 48

    Jamais

    Jamais je ne croirai que la police enquête sur la police et je ne suis pas le seul à penser ainsi. Il devrait y avoir une loi qui l'interdit.