L’économie du partage, entre peur et colère

Le débat réunissait Martine Ouellet, Ianik Marcil, Guillaume Blum et Michelle Blanc.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Le débat réunissait Martine Ouellet, Ianik Marcil, Guillaume Blum et Michelle Blanc.

Alors que le discours dominant est à la crainte, la consultante en marketing Michelle Blanc a lancé une bombe dans le débat du Devoir sur l’économie du partage mercredi soir. Selon elle, les Québécois devraient d’abord essayer de rattraper leur retard en matière d’innovation.

« Je suis fâchée. On se pose en victimes alors qu’Uber, Airbnb, ça aurait pu être inventé ici ! » a-t-elle lancé lors de l’événement qui se tenait au Musée de l’Amérique francophone à Québec. « Uber n’existera pas dans cinq ans parce qu’on aura des voitures qui se conduisent toutes seules ! »

L’animateur Antoine Robitaille l’a ensuite interpellée en lui demandant ce que devrait faire le gouvernement par rapport à cela. Or sur cette question, Mme Blanc n’avait pas de réponse claire, si ce n’est que d’insérer plus de codage informatique dans la formation des écoliers.

Usurpation

La députée péquiste Martine Ouellet (porte-parole en matière de transports) a ensuite affirmé que ce n’était pas juste une question de technologie. « On ne peut pas accepter UberX et forcer les chauffeurs de taxi à appliquer les règles que les autres n’appliquent pas », a-t-elle dit. Plus d’une fois, elle a dit que les entreprises comme Uber ne payaient pas d’impôts et « usurpaient » le discours sur l’économie du partage pour contourner les lois.

Pour le professeur de design Guillaume Blum, l’économie du partage repose d’abord sur « le partage des ressources », la « rencontre de l’autre ». Le logiciel libre en a été une des premières manifestations, a-t-il dit avant d’avancer que des entreprises comme Uber font plutôt dans « l’hypercapitalisme ».

« Le capitalisme est une bestiole qui ne veut pas mourir et récupère à peu près tout », a renchéri plus tard l’économiste Ianik Marcil. À ses yeux, ces plateformes sont de beaux projets dont « l’usage est perverti ».

Au moins deux invités ont reconnu avoir utilisé Airbnb pendant leurs vacances. Or, ils distinguent la personne qui loue son appartement pendant ses vacances des gens pour qui c’est devenu un gagne-pain quotidien. Personne ne semblait cependant en mesure de dire où la limite devait être placée. Le hasard faisant bien les choses, le gouvernement du Québec doit justement déposer un projet de loi ce jeudi sur le phénomène de l’hôtellerie illégale.

Le débat sera diffusé le 30 novembre prochain au Canal Savoir. Les deux précédents (sur la cohabitation auto-vélo et sur la place de la technologie en éducation) seront diffusés les semaines du 16 et du 23.

Un projet de loi déposé ce jeudi

La ministre du Tourisme Dominique Vien doit justement déposer ce jeudi un projet de loi pour encadrer l’hôtellerie illégale, selon Radio-Canada. Le projet de loi forcerait les gens qui louent leur logis à des touristes pour de courtes périodes à se doter d’une certification et à payer des taxes. Cette réglementation, réclamée à hauts cris par l’industrie hôtelière, serait la première du genre au pays. Reste à savoir comment ce projet de loi s’harmonisera avec les règlements municipaux qui contraignent, eux aussi, les utilisateurs par le zonage.
1 commentaire
  • Yves Corbeil - Inscrit 22 octobre 2015 09 h 01

    Beaux projets purs et dignes au départ

    Une fois récupéré par l'industrie, ça devient du commerce au noir et la magie disparait. C'est comme les trips de backpackers, une fois que l'industrie s'établie dans les endroits visités ça devient un zoo commercial et l'intérêt pur disparait au profit des riches qui en font des endroits banales pour la classe moyenne ensuite.