Changement de donne escompté à Québec

Le dossier du pont Champlain fait partie des questions sur lesquelles le premier ministre, Philippe Couillard, a demandé des engagements clairs.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Le dossier du pont Champlain fait partie des questions sur lesquelles le premier ministre, Philippe Couillard, a demandé des engagements clairs.
Libéraux, péquistes, caquistes et solidaires s’apprêtent à décortiquer les résultats encore imprévisibles des élections fédérales de lundi et leurs répercussions dans l’arène politique québécoise. Certains voient d’un bon oeil l’arrivée possible de Justin Trudeau au pouvoir, même chez les péquistes. D’autres s’accommoderaient encore d’un gouvernement Harper respectueux des compétences du Québec. D’autres encore croient que ce scrutin scellera le dernier tour de piste du Bloc québécois.
 

En janvier 2006, Philippe Couillard, alors ministre de la Santé et des Services sociaux, avait salué chaleureusement la montée des conservateurs au Québec, après l’élection de 10 de leurs candidats québécois et d’un gouvernement minoritaire dirigé par Stephen Harper. « Ce sont de très bonnes nouvelles pour les fédéralistes québécois, avec la création claire d’une solution de remplacement au Québec qui permet de donner plus d’options aux Québécois que la simple alternance entre le Bloc et le Parti libéral du Canada », avait affirmé le ministre deux jours après le vote.

La sortie enthousiaste de Philippe Couillard tranchait avec la réaction mesurée de Jean Charest, cet ancien red tory qui se voyait condamné à faire des façons à un parangon de la droite réformiste. S’il avait signifié vouloir travailler avec le nouveau gouvernement conservateur dans l’optique d’un « fédéralisme d’ouverture », Jean Charest n’avait pas résisté à faire l’éloge de Paul Martin, défait la veille.

Lors de la présente campagne, Philippe Couillard s’est bien gardé de prendre parti. Il a plutôt choisi d’envoyer une lettre à tous les chefs de partis fédéraux, dans laquelle il insiste sur « la différence québécoise », « le respect de nos institutions, de nos compétences et de nos particularités », citant au passage la mention par la Cour suprême des valeurs sociales distinctes du Québec. « La reconnaissance de cette différence par les institutions de notre fédération ouvre la porte à son inscription dans notre Constitution », écrit-il. Devant cette invite, les Harper, Mulcair et Trudeau sont toutefois restés cois.

Correspondance

Philippe Couillard a tout de même reçu une lettre de la part de chacun des chefs, ce qui l’a rempli d’aise, bien qu’il eût pu se passer de celle de Gilles Duceppe, dont le parti est le seul que Philippe Couillard désigne comme un adversaire à Ottawa.

Le premier ministre a relevé 13 dossiers au sujet desquels il souhaitait obtenir des engagements clairs. Des enjeux classiques comme le Transfert canadien en matière de santé, la péréquation, le pouvoir fédéral de dépenser, les investissements en infrastructures mais aussi des sujets plus pointus comme le financement de Radio-Canada, l’obligation de bilinguisme pour les juges de la Cour suprême et le péage sur le nouveau pont Champlain.

Stephen Harper a vanté son « fédéralisme d’ouverture » et a présenté son parti comme le seul « qui respecte dans ses actions les compétences et l’esprit de la Constitution ». Il a énuméré quelques réalisations de son gouvernement qui ont bénéficié au Québec (strapontin à l’UNESCO, reconnaissance que les Québécois forment une nation, harmonisation des taxes de vente), mais il a défendu la formule de péréquation, la hauteur des Transferts en santé et son bilan environnemental. Mais pas un mot sur le pont Champlain et son péage.

Des louanges

D’entrée de jeu, Justin Trudeau a loué Philippe Couillard pour son « engagement indéfectible à l’égard du Canada et du fédéralisme canadien ». Le chef du Parti libéral du Canada propose un « vrai partenariat » et un « dialogue constant » entre Ottawa et les provinces, une intention vague qui doit se matérialiser par la tenue d’une rencontre annuelle des premiers ministres.

Justin Trudeau et Tom Mulcair ont répondu favorablement à plusieurs demandes de Philippe Couillard. En matière de lutte conte les changements climatiques, ils s’entendent pour établir une bourse du carbone. Tous les deux veulent discuter des transferts fédéraux en santé et de la péréquation, rétablir le financement de Radio-Canada et bannir le péage sur le pont Champlain.

Du point de vue du gouvernement Couillard, un gouvernement Harper a l’avantage d’être prévisible quand il s’agit de respecter les compétences, tandis que le PLC et le NPD, dont on craint leur inclination à la centralisation, sont prêts à répondre davantage à ses voeux, comme on l’a vu.

Déclin ?

À la Coalition avenir Québec, on attend du prochain scrutin une confirmation de l’analyse caquiste qui veut que l’option souverainiste ait amorcé un inexorable déclin. Si le Bloc ne fait pas mieux qu’en 2011, soit quelque 24 % des voix exprimées, ou à peine mieux, « ça accréditerait notre thèse que les Québécois décrochent de la souveraineté » et qu’un nouveau cycle s’ouvre qui ne soit pas à l’avantage des souverainistes, soutient-on dans l’entourage de François Legault.

Au Parti québécois, on a déjà escompté une performance médiocre du Bloc à l’élection. Mais il était « inimaginable » que Pierre Karl Péladeau ne montre pas aux côtés de Gilles Duceppe durant la campagne même si le PQ risque d’écoper. « La seule position raisonnable, acceptable et responsable du chef est de demeurer auprès du Bloc et de M. Duceppe jusqu’à la fin », résume-t-on. On se croise les doigts : une surprise est toujours possible étant donnée la division du vote dans les circonscriptions francophones.

L’élection fédérale survient trop vite pour Pierre Karl Péladeau, qui, en poste depuis la mi-mai seulement, n’a pu remobiliser les troupes souverainistes. D’une façon réaliste, on ne peut s’attendre à une montée immédiate de la ferveur nationaliste, convient-on.

Dans les cercles péquistes, on favorise l’élection d’un gouvernement minoritaire, ce qui devrait être le cas, une situation dont pourraient tirer parti les élus bloquistes, s’ils sont assez nombreux. On souhaite même l’élection d’un gouvernement libéral minoritaire.

L’arrivée au pouvoir de Justin Trudeau, qui se pose en digne héritier de son père sur la question du nationalisme québécois, aurait le mérite de « clarifier » la situation politique, de conduire à une « polarisation » qui opposerait Trudeau à PKP, qui, de son côté, est « clair et limpide » quant à sa volonté de faire du Québec un pays, avance-t-on.

Chose certaine, l’élection d’un gouvernement libéral à Ottawa, avec un contingent appréciable de députés du Québec, changerait la dynamique politique. Pour la première fois depuis 2006, il y aurait sans doute suffisamment d’élus québécois ministrables pour que Justin Trudeau puisse en garnir son cabinet. S’étant exclus du pouvoir à Ottawa en votant Bloc ou NPD aux dernières élections, les Québécois reviendraient dans le giron fédéral.

5 commentaires
  • Jacques Lapointe - Abonné 17 octobre 2015 03 h 37

    Le Bloc

    Je vote NPD à Ottawa et au prochain référendum, je voterai Oui, et je ne suis sûrement pas le seul. Je suis assez lucide pour savoir que le Oui, c'est pas gagner. Alors en attendant je vote pour celui que je pense va le mieux me représenter. Jacques Lapointe, abonné

    • Claude Richard - Abonné 17 octobre 2015 12 h 39

      Connaissez-vous beaucoup de fédéralistes qui votent souverainiste? Moi, je n'en connais pas, et pour cause. Le masochisme, eux, ne connaissent pas ça.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 17 octobre 2015 05 h 33

    Les Québécois reviendraient dans le giron fédéral.

    Pour ce que ça nous a donné dans le passé... Ces combats perpétuels, ces dossiers jamais fermés, ou ces bloquages infinis. Je ne vois pas l'avantage.

    «L'honneur» d'avoir des ministres fédéraux québécois ne nous a jamais servi, quoi qu'en dise le ROC, même si eux, les canadiens de l'ouest, ça leur a nui. D'où la réplique avec Harper d'ailleurs. Il semble que le pouvoir fédéral veut revenir au Canada-centre, comme je le prédisais il y a peu de temps.

    Toronto reprendra sa place à la direction de ce grand territoire où, même si ce n'est plus le «grand» de la Mère patrie, ils pourront diriger le «petit» Empire, comme se doit tout bon anglo-saxon. Que voulez-vous, c’est génétique selon leur interprétation de Darwin, c’est leur destinée. Selon leur vision des choses, cette fois-ci, ils pourront affirmer sans réserve ni doute : «This one is one of us».

    Et Couillard pourra enfin rentrer dans son rôle de valet de pied de Kathleen Wynne. Ça aura pris le temps que ça a pris, mais ils nous auront eus. Nous pourrons enfin profiter du calme après le combat qui dure depuis la Conquête et se reposer avec les lauriers du «vaincu».

    God save the queen.

    … À moins que… certains d’entre nous résistent encore et envoient une sentinelle dans la place pour surveiller et bloquer les fausses passes, en attendant que la décision se prenne ici. Une idée de même.

    La question devient : Est-ce que nous abdiquons ?
    Est-ce que nous considérons que nous vivons maintenant au Québec en territoire conquis sous la botte anglo-saxonne ?

    «Nous formons le seul groupe homogène de langue française en Amérique et nous voulons nous fondre dans la masse du plus grand groupe.» Dixit Couillard.
    Son souhait sera-t-il exaucé ?

    L’avenir est-il fermé ? La porte est-elle close ? Est-ce que nous capitulons ?
    Nous verrons mardi. Mais... n'attendez pas de cadeau de bienvenu, vous n'aurez qu'un soupir de soulagement arrivant de là-bas.

    PL

  • Dominique Roy - Abonnée 17 octobre 2015 09 h 15

    Comme disait l'autre "Un Québec indépendant dans un Canada fort''. N'être pas le seul, M. Lapointe, semble votre plus grande inquiétude. Le syndrôme du troupeau vous habite. L.B.

  • Charles Talon - Abonné 17 octobre 2015 10 h 25

    Nouveau gouvernement

    Nous avons vu dans le passé la valeur (nulle) d'une forte représentation au sein du gouvernement fédéral.... Rappelons très simplement la présence de 73 députés dernière PET quand il a rapatrié la constitution... Un seul a osé démissionner... Alors, l'avantage québécois d'être au cabinet, c'est de la bouillie pour les chats... Aucun gouvernement fédéral n'a jamais fait quoi que ce soit pour le Québec... à l'honorable exception de Brian Mulroney qui a osé avec Meech et le contrat d'entretien des F-18: résultat? La disparition du parti progressiste -conservateur... Les chefs fédéraux ont bien compris la leçon... S'il y a encore des québécois qui rêvent du pouvoir à Ottawa, ils n'ont vraiment pas de mémoire ou ils sont terriblement jeunes...