Plus d’employés de l’État ont décidé de prendre leur retraite

Louise Chabot
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Louise Chabot

La présidente de la Centrale des syndicats du Québec, Louise Chabot, met en garde les membres du Front commun préoccupés par le blocage des négociations contre tout départ à la retraite précipité.

Le nombre d’employés de l’État ayant décidé de prendre leur retraite a fait un petit bond depuis le dépôt des offres du Conseil du trésor, à la mi-décembre 2014. La Commission administrative des régimes de retraite et d’assurances (CARRA) a enregistré une hausse de 2689 demandes de rente de retraite entre la période du 1er janvier au 31 août 2015 et celle du 1er janvier au 31 août 2014.

Le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, demande aux quelque 550 000 employés de l’État d’acquiescer sans rechigner au report de l’âge de la retraite sans réduction de rente (de 60 à 62 ans), à la prolongation de la période de calcul des rentes (de 5 à 8 ans) et à l’alourdissement de la pénalité prévue en cas de départ à la retraite anticipé (de 4 % à 7,2 % par année), et ce, à compter du 1er janvier 2017.

Une personne âgée de 60 ans, comptant 33 années de service dans l’administration publique, toucherait une rente de retraite équivalant à 56,5 % de son salaire dans la foulée de telles modifications au Régime de retraite des employés du gouvernement et des organismes publics (RREGOP) — plutôt qu’une rente de retraite équivalant à 66 % de son salaire.

Ce sont des « montants importants », souligne Mme Chabot, déplorant du même souffle que le gouvernement se refuse toujours à jeter du lest sur cet « enjeu majeur » près de 10 mois après le début des négociations. La présidente de la CSQ dissuade toutefois les membres du Front commun de succomber au défaitisme. « On commente des offres patronales comme si elles s’appliqueraient telles quelles. On les conteste ! »

Départ de professeurs en pleine année scolaire ?

Dans le secteur de l’éducation, 894 employés de plus ont remis le « formulaire 079 » à la CARRA au cours des huit premiers mois de 2015 par rapport aux huit premiers mois de 2014.

Cela dit, le nombre de professionnels du réseau de l’éducation ayant demandé à la CARRA de faire des « scénarios » de retraite anticipée a, lui, connu une « hausse marquée », fait remarquer la Fédération autonome de l’enseignement (FAE).

D’ailleurs, la Coalition avenir Québec appréhende le départ à la retraite de « milliers de profs » à la veille du 1er janvier 2017 si le gouvernement ne revoit pas ses offres d’ici là. « Il faut vraiment se foutre des élèves pour mettre sur la table une mesure qui va forcer des enseignants à prendre leur retraite en plein milieu de l’année scolaire puis abandonner leurs élèves », a lancé le porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière d’éducation, Jean-François Roberge, à l’Assemblée nationale plus tôt cette semaine.

L’imposition des offres patronales par le biais d’une loi spéciale pourrait effectivement entraîner « un départ massif à la retraite » d’employés du réseau de l’éducation durant l’année scolaire 2015-2016, avertit Mme Chabot. Si rien n’est fait, les gestionnaires du réseau de l’éducation, mais également ceux du réseau de la santé et des services sociaux ainsi que de l’ensemble du secteur public seront aux prises avec un « grave problème », selon elle. « Des personnes vont se poser la question : “Est-ce que je pars avant le 1er janvier 2017 ? »

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