D’autres coupes substantielles frapperont la santé

Gaétan Barrette a refusé de révéler l’ampleur précise des nouvelles commandes du président du Conseil du trésor, Martin Coiteux.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Gaétan Barrette a refusé de révéler l’ampleur précise des nouvelles commandes du président du Conseil du trésor, Martin Coiteux.

Le Conseil du trésor impose au réseau de la santé d’autres coupes d’ici la fin de l’année en sus des compressions de 450 millions de dollars déjà connues.

« C’est clair que c’est un effort qui est très grand, très, très, très, très, très grand. Je ne vous le cache pas, a affirmé au Devoir le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette. J’ai ma commande [du Conseil du trésor] et tous les ministères ont leur commande. La mienne est substantielle », a-t-il souligné.

Gaétan Barrette a refusé de révéler l’ampleur précise des nouvelles commandes du président du Conseil du trésor, Martin Coiteux. « Je ne peux pas aller sur la place publique pour dévoiler les choses qui sont demandées par le Trésor », a-t-il fait valoir.

« On va livrer, s’est-il engagé. Il faut faire des choix, j’essaie de faire les bons. » Certains de ces choix sont de l’ordre de la gestion, a-t-il dit. Mais il n’a pas voulu préciser les choix qu’il entend faire dans la prestation des services.

Gaétan Barrette a indiqué qu’il rendra publics les choix qu’il entend imposer au réseau de la santé, mais sans préciser quand.

Pour les trois premiers mois de l’année, au 30 juin, les dépenses en santé ont grimpé de 4,5 %, ou de 373 millions. C’est 257 millions de plus que la limite de croissance des dépenses fixée par le Conseil du trésor pour 2015-2016, année de l’atteinte de l’équilibre budgétaire.

Cette hausse appréciable des dépenses est survenue avant la mise en oeuvre d’un plan de compressions de 450 millions, dont les grandes lignes furent divulguées en juillet dernier. Ce plan ne visait que les établissements de santé — les centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS), les centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux (CIUSSS) et les autres centres hospitaliers et instituts du réseau — et non pas les débours de la Régie d’assurance maladie du Québec (RAMQ), qui comprennent la rémunération des médecins et l’assurance médicaments. « C’est sûr que ce n’est pas compté, ça commence », a signalé le ministre.

Quant à la hausse des dépenses en santé de 4,5 % au premier trimestre — un niveau de croissance inférieur à la moyenne de 5,6 % des dix dernières années —, Gaétan Barrette a soutenu qu’il s’agissait d’une « fluctuation » normale.

Les frais accessoires sont là pour de bon

C’est dans ce contexte de restrictions que le ministre défendait, en commission parlementaire mardi, son amendement au projet de loi 20 pour officialiser les frais accessoires payés au médecin pour ces services assurés par la RAMQ. Dans un rapport diffusé la semaine dernière, la protectrice du citoyen demande au gouvernement de mettre fin à cette pratique qui représente 50 millions des 7 milliards versés aux médecins ou à leurs compagnies, une demande reprise par les partis d’opposition. « Je ne ramène pas des affaires dans le panier de services. Je ne suis pas capable », a-t-il dit. Gaétan Barrette s’est délecté mardi de la lecture d’une phrase de ce rapport pourtant critique du gouvernement : « Depuis trop longtemps, l’offre de services publique annoncée est, de loin, plus généreuse que les ressources disponibles. »

Les compressions dans la santé sont exacerbées par la pression à la hausse qui s’exerce sur les dépenses du réseau, pression liée au vieillissement de la population et à l’apparition de médicaments onéreux pour le traitement du cancer. « Il faut que je fasse des ajustements pour les personnes âgées, pour la santé mentale. J’ai la demande en cancer qui va aller en augmentant avec une industrie qui n’arrête pas de sortir des pilules », a-t-il mentionné. Ainsi, le ministre a donné l’exemple de cette nouvelle médication, autorisée récemment, pour guérir l’hépatite chez les toxicomanes : elle coûtera 1 milliard de dollars en cinq ans pour soigner 18 000 personnes. Gaétan Barrette fait des choix : les frais accessoires sont là pour de bon.

5 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 7 octobre 2015 06 h 25

    Pourquoi ?

    « On va livrer. Il faut faire des choix, j’essaie de faire les bons. » (Gaétan Barrette, ministre, MSSS)

    De cette citation, une idée-question :

    Plutôt d’essayer, pourquoi ne pas exercer un peu de pression sur la présidence du Conseil du Trésor qui, par ses interminables demandes d’austérité, semble chercher à ébranler la quiétude démocratique et économique de la nation-peuple du Québec … pour RIEN ?

    Pourquoi ? - 7 oct 2015 -

    • Sylvain Rivest - Inscrit 7 octobre 2015 10 h 00

      M. Blais vous vous méprenez les libéraux se doivent et vont livrer la marchandise. Le problème c'est que ce n'est pas pour le peuple qu'ils travaillent mais pour les chambres de commerce, les mêmes qui ont chahuté Pauline Marois et qui travaillent fort pour nous exploiter et nous appauvrir.

      Au moins si barette fournissait l’anesthésiant pour qu’on ne ressente pas la douleur de notre mort lente.

  • Christina Berryman - Abonnée 7 octobre 2015 11 h 48

    Qui mène ces apprentis sorciers?

    Une question à un test d'intelligence bien connu va comme suit: Que feriez-vous si vous vous rendiez compte que vous dépensez plus que vous ne gagnez? Réponses: réduire mes dépenses, augmenter mes revenus ou une combinaison des deux. Manifestement le boucher en chef n'a confiance qu'en des coupes qui entament la fibre et l'os. Son chef, quant à lui, courtise de basse façon diverses multinationales en ne les soumettant pas aux études du BAPE, par exemple, la cimenterie la plus polluanre, et en accordant à Transcanada tous les permis pour s'auto-évaluer, Au chapitre des redevances pétrolières et minières c'est le minimum! D'autres coupes en santé, alors que la population vieillit, m'apparaissentt être une manifestation d'une idéologie au service du 1%. Cette idéologie impose une approche qui définit les coûts en éducation comme une dépense plutôt qu'un investissement. Monsieur Couillard parle souvent aux brasseurs d'affaires mais à quand un discours à la nation à visage découvert? La démocratie c'est un gouvernement par le peuple pour le peuple. Nous nous en éloignons à vitesse grand V!

  • Louis - Inscrit 7 octobre 2015 16 h 02

    Dr. Barrettte et dr. Couillard,
    depuis plusieurs mois les administrateurs du milieu médical
    ne cessent de répéter que lachat pan-canadien des médicaments
    dégageraient des sommes substentielles.

    Vous êtes fédéralistes,
    vous êtes au pouvoir depuis plusieurs mois
    comment expliquer que cela n'a jamais été mis en place.

    Ce sont de telle réalité qui amène à désespérer des politicien(ne)s.

  • Lise Allard - Abonnée 7 octobre 2015 17 h 02

    Les services publics charcutés en privé

    Mardi 6 octobre sur le canal de l'Assemblée nationale, on pouvait voir le Ministre Barette en action alors qu'il plantait allègrement un clou de plus sur le cercueil de l'universalité des soins de santé au Québec. Malgré l'intelligence et la pertinence des interventions autour de la table, dont celles de la députée de Taillon, Diane Lamarre, la Ministre libéral, allergique aux débats, aux consultations et aux citoyens aura mis sa marque une fois de plus en y allant d'un article pour accomoder - sans discernement - la surfacturation de certains spécialistes. Ceux de la corporation qu'il représentait il y a peu et qui l'ont gratifié d'une prime de départ dans les sept (7) chiffres! Mais le pire là-dedans c'est que c'est le portefeuille qui décidera dorénavant des soins offerts aux gens dans le besoin. De grâce, cessons de croire qu'on a les dirigeants qu'on mérite. Les québécois valent mieux que ça, eux qui ont mis 40 ans à construire ce que ce gouvernement élu à 40% des voix et 70% de participation se plait à démolir.