Désignation de J. Michel Doyon: l’ex-bâtonnière l’avait recommandé

Le premier ministre Philippe Couillard n’a pas eu son mot à dire dans le processus de sélection du 29e lieutenant-gouverneur du Québec (LG), J. Michel Doyon. L’ex-bâtonnière du Québec Lu Chan Khuong a quant à elle été consultée et écoutée.

Mme Khuong a reçu l’appel de Norma Passaretti — l’une des deux membres temporaires du comité consultatif sur les nominations vice-royales mis sur pied par le chef du gouvernement fédéral, Stephen Harper, à l’automne 2012 — quelques jours à peine après avoir pris la barre du Barreau du Québec.

Mme Passaretti l’a invitée à soumettre trois candidatures « d’avocats ou d’avocates » au poste de représentant de la reine Elizabeth II au Québec. « Je me suis dit : “Si je peux faire une différence et contribuer à redonner du prestige à cette fonction tout en permettant à un avocat de l’occuper, je vais pousser pour un avocat” », relate-t-elle dans une entrevue téléphonique avec Le Devoir.

Mme Khuong a rencontré Mme Passaretti le 29 juin, soit deux jours avant d’être suspendue par le conseil d’administration du Barreau. « Je lui ai dit : “Je ne présenterai pas trois candidats. Je vais présenter un candidat : Michel Doyon. » Elle n’avait consulté préalablement ni le CA du Barreau ni « qui que ce soit » dans l’édifice Honoré-Mercier de la colline parlementaire où le premier ministre Philippe Couillard a ses quartiers.

Grâce à son « flegme », l’avocat-historien J. Michel Doyon apparaissait aux yeux de Mme Khuong comme la personne idéale pour assumer la fonction « purement symbolique » de LG du Québec.

Cinq candidats

Les membres du comité consultatif sur les nominations vice-royales, Norma Passaretti et Claude Rousseau, ont sondé dans un « délai assez court » des personnes de tous les horizons — des artistes, des sportifs, des gens d’affaires, des hauts fonctionnaires, des juges — afin d’établir une liste de cinq candidats au poste de LG pour M. Harper. « Cette liste demeure confidentielle », dit Mme Passaretti à l’autre bout du fil.

« Il y avait d’excellentes candidatures », mentionne M. Rousseau, précisant du même souffle avoir évalué « des dizaines » de candidats à la réputation sans tache et, de surcroît, au parcours professionnel et communautaire impressionnant. « Nous avons dû faire des choix déchirants », affirme-t-il, précisant avoir pris l’« exercice au sérieux ». « Nous avions une liberté de choix. Tout le monde pouvait poser sa candidature. Notre rôle n’était pas politique », insiste-t-il.

Lu Chan Khuong a appris le 21 juillet dernier que M. Harper avait jeté son dévolu sur M. Doyon. En pleine tourmente, « ça m’a fait sourire ». « Je trouve ça drôle parce qu’ils n’ont pas consulté le représentant du Québec, le gouvernement en place, et qu’ils ont finalement retenu mon choix », affirme-t-elle.

Les élus de l’Assemblée nationale se sont d’ailleurs plaints du processus de sélection du 29e LG du Québec. M. Harper a fait entorse aux principes de « relation ouverte et respectueuse » entre Ottawa et Québec en n’ayant pas eu le « réflexe » de consulter son homologue québécois, Philippe Couillard.

J. Michel Doyon a « tout un défi », soit celui de « faire aimer » le lieutenant-gouverneur auprès de la population québécoise, dit Lu Chan Khuong.

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